Coronavirus: l'Assemblée ausculte l'action du gouvernement

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Paris (AFP)

Une quarantaine de députés face au Premier ministre et son ministre de la Santé, et une avalanche de questions, mais "pas un tribunal de l'inquisition": coup d'envoi mercredi de la mission d'information sur le coronavirus, avant sa transformation en commission d'enquête.

Le titulaire du perchoir Richard Ferrand (LREM) doit devenir président et rapporteur général de cette mission, dont la réunion constitutive se tient à 16H30, avant sa première audition à 18H00 par visioconférence.

Edouard Philippe et Olivier Véran répondront aux interrogations des 31 membres de cette mission, issus de tous les bancs, auxquels s'ajoutent les présidents des huit groupes politiques.

Manque de masques, de tests, pénurie de médicaments, mais aussi ajustement des mesures économiques et sociales, et encore reproches d'imprévoyance envers l'exécutif seront au menu, en relais des interrogations des Français.

La mission aura rendez-vous chaque mercredi par visioconférence et pourra, outre des auditions, demander au gouvernement et à l’administration des informations complémentaires par écrit.

Ce n'est qu'au "retour à la normale" post-épidémie que cette mission se dotera des pouvoirs d'une commission d'enquête, pour mener notamment des investigations sur pièces et sur place. Son rapporteur général sera alors un député LR, ce qui "coupe court à tout débat sur un verrouillage", observe-t-on de source parlementaire LREM.

A ce stade, les députés ne doivent pas "se tromper", prévient un ministre: "C'est un exercice d'information, de transparence" qui ne doit pas verser dans l'"empêchement de la gestion de la crise" pour le gouvernement.

Il s'agit de comprendre "comment les décisions se sont enchaînées", mais la mission et la commission d'enquête qui en découlera ne sont pas "un tribunal de l'inquisition" a renchéri mercredi Richard Ferrand.

Le patron des députés "marcheurs" Gilles Le Gendre plaide pour "union nationale" et "éthique collective", un pari qui "sera tenu" avec M. Ferrand à la barre, pronostique une source gouvernementale.

Les sénateurs LR prévoient également une commission d'enquête à la chambre haute, "quand le moment sera venu", selon leur chef de file Bruno Retailleau.

- "Critique rationnelle" -

Majorité et oppositions de droite comme de gauche ont à coeur de continuer à "faire vivre la démocratie", en maintenant notamment les questions au gouvernement chaque mardi au Palais Bourbon et chaque mercredi au Palais du Luxembourg, en effectifs ultra réduits.

D'autant qu'en plein état d'urgence sanitaire, le Parlement a délégué une partie de ses prérogatives au gouvernement, tout en maintenant sa mission de contrôle.

Dès mi-mars, M. Ferrand avait mis sur la table cette mission d'information "sur l'impact, la gestion et les conséquences" du coronavirus, coupant l'herbe sous le pied des oppositions.

Et lorsque Damien Abad (LR) a ensuite annoncé son intention de créer à l'automne une commission d'enquête, l'élu du Finistère a répondu que c'était à l'Assemblée de se saisir du sujet "de manière pluraliste".

"Nous ne serons pas dans les querelles idéologiques mais dans les questions concrètes", assure à l'AFP M. Abad, qui prévoit après le temps de la gestion de crise celui de la "relance économique" puis de "l'analyse politique".

Pour leur part, les députés communistes, "pas conquis" par l'initiative de la majorité, continuent d'envisager de lancer leur propre commission d'enquête.

Pour les insoumis, "la cohésion nationale n'est pas un chèque en blanc". S'estimant dans son rôle en exprimant une "critique rationnelle", leur chef de file Jean-Luc Mélenchon a jugé mercredi "un peu excessif" le ton d'Emmanuel Macron à l'égard de l'opposition.

Alors que plusieurs plaintes quant à la gestion de la crise ont été déposées en justice, le chef de l'Etat avait qualifié mardi "d'irresponsables" ceux qui "cherchent déjà à faire des procès alors que nous n'avons pas gagné la guerre".

Dans un communiqué, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a jugé pour sa part "inacceptable" d'être "exclu" de la mission comme le RN notamment, Joachim Son-Forget devant siéger au nom des non-inscrits.

Interrogée sur France 2 mercredi, Marine Le Pen a dit ne "rien" attendre de l'audition du soir faute de présence du "premier parti de l'opposition", plaidant que "le confinement ne peut pas non plus confiner la démocratie".