Coronavirus : comment les IVG sont-elles organisées durant le confinement ?

Une conseillère du mouvement français pour le planning familial de Rennes, en France.
Une conseillère du mouvement français pour le planning familial de Rennes, en France. © AFP (archives)

En plein confinement, les professionnels inquiets demandent un allongement des délais de pratique des interruptions volontaires de grossesse (IVG) en France. De nombreuses patientes désireuses d'avorter ont peur de se déplacer.

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Depuis l'annonce du confinement en France le 17 mars, le numéro vert du Planning familial chargé de répondre aux questions de sexualité, de contraception et d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) est pris d'assaut. "Au bout du fil, en majorité, ce sont des femmes qui viennent de faire un test de grossesse et d'apprendre qu'elles sont enceintes. Elles sont inquiètes, elles se demandent si elles peuvent avorter en période de confinement", raconte Sarah Durocher, coprésidente nationale du Planning familial, interrogée par France 24 le 1er avril. 

Le gouvernement, de son côté, a pris des mesures d'urgence. Il a annoncé dès le mardi 23 mars avoir classé les IVG par comme des "interventions urgentes" de façon à ce que leur continuité soit assurée. 

Les appels au Planning familial sont très nombreux, preuve que l'information n'est pas passée depuis quinze jours. "Certaines femmes pensent qu'elles n'ont pas accès à l'avortement, à tort ! Les IVG ne sont pas interrompues pendant le confinement, les professionnels continuent leur travail", rappelle le Planning familial. "Si une femme est enceinte et que cette grossesse est non désirée, elle peut se rendre dans un cabinet médical, chez une sage-femme, un centre de santé réalisant des IVG", indique Sarah Durocher.

Car si les femmes appellent plus, elles se déplacent moins. Elles viennent moins avorter qu'avant la période de confinement. C'est le constat que font les praticiens de l'IVG. "Les jeunes femmes ont peur de sortir et nos consultations sont en diminution", alerte ainsi Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne, fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, interrogée par France Inter.

Les IVG par médicaments privilégiées

Sur le terrain, des blocs dédiés aux avortements par aspiration, nécessitant des anesthésies locales ou générales, ont été réquisitionnés pour les réanimations de patients atteints du Covid-19, constate le Planning familial.

Le discours se veut pour autant rassurant : "Nous veillons à la continuité. Cela ne veut pas dire que les femmes ne peuvent pas avorter, mais elles avortent de façon différente", indique Sarah Durocher. En France, au moment d'une IVG, les femmes ont habituellement le choix entre plusieurs méthodes d'avortement : par médicaments ou par aspiration. "Dans le contexte du Covid-19, le choix de la méthode est restreint et les IVG médicamenteuses sont privilégiées."

Téléconsultation, concentration des examens et de l'IVG en une seule et unique visite médicale… Des solutions sont à l'étude par l'ensemble des professionnels de l'IVG pour répondre à toutes les demandes dans le délai le plus bref, tout en limitant les déplacement des patientes.

De leur côté, les militantes du Planning familial ont recensé chaque centre pratiquant des IVG encore ouverts et chaque service hospitalier disponible. Elles orientent les femmes qui appellent vers des solutions de proximité, en fonction de leur situation. "Si certains centres sont fermés au public, des antennes assurent l'accueil téléphonique et des échanges sur les réseaux sociaux", indique encore Sarah Durocher. (Numéro vert gratuit du Planning Familial : 0 800 08 11 11 du lundi au samedi de 9 h à 20 h).

Grande inquiétude pour les mineures et les victimes de violence

La principale inquiétude des associations se concentre sur les femmes isolées, les mineures, et les victimes de violences, qui déjà en temps habituel ont des difficultés d'accès aux IVG. Elles redoutent que certaines se retrouvent ainsi hors du délai légal pour avorter et réfléchissent à des stratégies de détournement.

"Il leur est impossible de téléphoner devant les personnes avec qui elles sont en confinement et doivent attendre un moment où elles sortent pour pouvoir nous appeler, ce qui augmente sensiblement le stress" a constaté le Planning familial, qui a dressé une liste des raisons invoquées par les femmes ayant appelé le numéro vert. "La confidentialité est impossible à maintenir et l'IVG médicamenteuse est souvent impossible au domicile des parents si ceux-ci ne doivent pas être au courant", ajoute encore l'association. "Le manque d'argent pour réaliser un test de grossesse et le fait qu'il n'y ait pas de structure ouverte à proximité", font aussi partie des freins à l'accès aux IVG à la suite de l'épidémie de Covid-19.

Des praticiens prêts à braver la loi 

Face à l'urgence de la situation, plus d'une centaine de professionnels de l'IVG ont publié une tribune dans le journal Le Monde le 31 mars. Ils demandent à l'État un allongement des délais recommandés de pratique des IVG pour passer de 5 à 7 semaines de grossesse pour une IVG médicamenteuse à domicile. "Cette option est validée par l'OMS et ne présente pas de danger particulier", indiquent ces acteurs de l'avortement en France. 

Concernant l'IVG par aspiration, les praticiens souhaitent pouvoir "à titre exceptionnel pendant la durée du confinement, réaliser des aspirations jusqu'à 16 semaines d'aménorrhée, soit 14 semaines de grossesse." "Ces difficultés vont obliger nombre de femmes à conserver leur grossesse contre leur gré, mettant en danger leur autonomie et l'avenir des enfants nés dans ces conditions", alertent-ils.

Les signataires de la tribune l'ont dit, dans ce contexte ils n'hésiteront pas, s'il le faut, à se "mettre hors-la-loi". Parmi eux, Ghada Hatem, la gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, prévient que si ces revendications ne sont pas entendus elle procédera "probablement, peut-être" à des avortements hors délais.

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