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Coronavirus : ruée sur les armes à feu aux États-Unis

En Californie des longues files d'attente se sont formées devant les magasins d'armes à feu
En Californie des longues files d'attente se sont formées devant les magasins d'armes à feu © REUTERS - Patrick Fallon

Les Américains n’ont jamais acheté autant d’armes à feu qu'au mois de mars, a annoncé le FBI, en pleine épidémie de coronavirus. Une frénésie qui semble concerner en priorité des personnes qui n’avaient jamais ressenti jusqu’à présent le besoin de s'armer.

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Aux États-Unis, en cette période d’épidémie de Covid-19, il y a ceux qui se sont rués sur le papier toilette, et ceux qui ont pris d’assaut les magasins d’armes à feu. Il n’y a jamais eu autant de vérification des antécédents - un passage obligé dans beaucoup d’États américains pour acquérir une arme - qu’au mois de mars, a révélé le FBI, mercredi 1er avril. En tout, l’organisation fédérale a reçu 2,4 millions de dossiers d'acheteurs potentiels. Un record depuis la mise en place, en 1998, du système des "background checks".

Cette procédure est le moyen le plus fiable d’estimer l’engouement pour les armes à feu aux États-Unis, car il n’existe pas de données fédérales mensuelles sur l'ensemble des ventes directes. Le nombre record enregistré par le FBI correspond à une hausse de 44 % par rapport au mois de mars 2019.

Jeu dangereux de la NRA

La principale différence entre les deux époques ? Le coronavirus. Cet empressement des Américains à s’armer face à un ennemi qui ne peut pas être abattu d’un balle peut étonner. Pourtant, les deux semblent liés. Ainsi, le FBI a enregistré un pic de demandes de vérification des antécédents en Californie la semaine du 16 mars, lorsque le gouverneur de cet État a émis un ordre de confinement général. Les images des longues files d'attente devant les boutiques de vente d’armes dans la région de San Francisco avait alors fait le tour des médias et des réseaux sociaux.

Pour Jonathan Wackrow, un ancien agent du renseignement américain interrogé par CNN, la même dynamique qui a poussé les gens à acheter massivement des armes après la tuerie à l’école de Sandy Hook en 2012 et l’attaque terroriste de San Bernardino en 2015 est encore à l’œuvre cette fois-ci. “On sait qu’en période de crise, les gens ont peur, se sentent déboussolés et sans défense. L’achat d’une arme permet de leur donner un repère protecteur”, assure-t-il.

Mais il y a aussi des facteurs spécifiques à la situation sanitaire. “Les gens ont peur d’assister à une hausse des actes de violence si l’épidémie persiste, car elle entraînerait une hausse du nombre de personnes contaminées à laquelle les institutions - censées les protéger - ne pourraient plus faire face”, note Timothy Lytton, expert de l’industrie des armes à feu à l’université d’État de Géorgie, interrogé par le New York Times. Les Américains se prépareraient ainsi à se défendre en cas de défaillance de l’État.

La NRA ne fait rien pour les rassurer, bien au contraire. Le puissant lobby américain des armes à feu pousse à l’achat en nourrissant les peurs actuelles. “Il est plus urgent que jamais d’avoir chez soi les moyens pour défendre sa famille en ces temps où des prisonniers sont remis en liberté pour éviter la création de foyers d’épidémie liés à la surpopulation carcérale et où les premiers secours et agents de police répondent à certaines urgences en priorité”, a ainsi assuré Amy Hunter, porte-parole de l'organisation.

Le lobby a même diffusé une vidéo dans laquelle une survivante du cancer du sein, fusil automatique à la main, explique, l’air grave que “dieu seul décide si je dois survivre à la maladie, mais c’est à moi d’assurer ma protection quand éclateront les inévitables émeutes et que la police n’aura plus les moyens d’assurer notre sécurité”.

Engouement des “primo-acquéreurs”

Cette atmosphère anxiogène explique l’une des particularités de cette ruée vers les armes à feu : une majorité des acheteurs n’avaient, jusqu’alors, jamais possédé de pistolet ou de fusil. “Les vendeurs sont formels, ils voient un afflux sans précédent de clients qui n’avaient jamais mis les pieds dans leur magasin”, reconnaît au quotidien britannique The Guardian Mark Oliva, porte-parole de la National Shooting Sports Foundation, le principal regroupement de professionnels de l’industrie des armes à feu.

Un phénomène qui inquiète tout particulièrement les partisans d’un contrôle plus strict des ventes. “Il faut se préparer à une forte hausse des accidents liés à ces armes à feu qui se retrouvent entre les mains de personnes qui n’ont aucun entraînement dans leur maniement”, craint David Chipman, un porte-parole de Giffords, un centre de prévention des violences par armes à feu.

Le mélange armes et confinement pourrait aussi s’avérer explosif, d’après les activistes. “C’est très inquiétant quand on pense aux femmes qui se retrouvent confinées avec un compagnon abusif ou aux jeunes enfants qui risquent de tomber par hasard sur ces armes à feu”, détaille Shannon Watts, fondatrice de Moms Demand Action, une association de mères de famille qui milite pour réguler davantage le commerce des ces armes.

Les incidents impliquant des détenteurs d’armes à feu rendus nerveux par le Covid-19 se sont multipliés ces derniers jours. En Géorgie, un homme a été arrêté pour avoir pointé son pistolet sur deux femmes qu’il soupçonnait être contaminées. Au Nouveau Mexique, un jeune homme a accidentellement tué son cousin avec une arme qu’il portait sur lui “par mesure de protection contre l’épidémie”, a-t-il indiqué aux policiers qui l’ont arrêté.

De quoi pousser certains responsables locaux à fermer les points de vente d’armes à feu. C’est ce qu’a notamment tenté de faire un shérif en Californie la semaine dernière, avant de devoir faire machine arrière. Sa décision avait été accueillie par une forte hostilité de la part de la population locale et des activistes pro-armes. Un lobbying intensif jusqu’aux plus hautes sphères de l’État, détaillé par le Wall Street Journal, a finalement abouti à ce que le président Donald Trump ajoute les armes à feu à la liste des “activités essentielles et critiques” qui ne peuvent pas être affectées par les mesures de confinement. Au même titre que l’alimentation et l’énergie.

 

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