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Coronavirus : volte-face sur les masques en France et aux États-Unis

Des boîtes de masques sur une chaîne de montage de l'usine de fabrication de masques de protection Valmy à Mably, dans le centre de la France, le 28 février 2020.
Des boîtes de masques sur une chaîne de montage de l'usine de fabrication de masques de protection Valmy à Mably, dans le centre de la France, le 28 février 2020. © Philippe Desmazes, AFP

Face aux incompréhensions grandissantes du grand public et à la multiplication des prises de position de médecins pro-masque, le discours officiel sur le port du masque a évolué ces derniers jours, notamment en France et aux États-Unis.

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Bientôt tous masqués ? Après avoir martelé que les masques étaient inutiles contre la pandémie de coronavirus quand on n'est pas malade, le discours officiel a changé dans plusieurs pays cette semaine, au risque d'alimenter la confusion du public, voire des accusations de mensonge.

En France, l'Académie de médecine a jugé, vendredi 3 avril, qu'un masque "grand public" devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant et après le confinement. Le gouvernement français lui-même a infléchi sa position en annonçant la fabrication de masques "alternatifs", autres que médicaux.

"Nous encourageons le grand public, s'il le souhaite, à porter (...) ces masques alternatifs qui sont en cours de production", a affirmé vendredi le numéro deux du ministère de la Santé, le Pr Jérôme Salomon.

>> À voir : En France, le confinement comme nouveau mode de vie

Mercredi, la populaire animatrice de télévision Marina Carrère d'Encausse, également médecin, avait assuré que les propos officiels sur l'inutilité supposée des masques pouvaient s'apparenter à un "mensonge" fait "pour une bonne cause", c'est-à-dire pour les réserver aux soignants.

Plusieurs enquêtes journalistiques, de Mediapart et France 2 notamment, révèlent en effet que la position officielle sur l'inutilité du port du masque a été décidée en raison de la pénurie de masques en France.

Des tutoriels de fabrication de masques artisanaux circulent largement sur Internet, parfois émanant d'hôpitaux ou de sociétés savantes. Le collectif français Stop postillons en propose sur son site (stop-postillons.fr). Lancé par des médecins, il parle "d'écrans anti-postillons" pour le grand public plutôt que de masques, afin d'éviter les confusions avec le matériel pour soignants.

En Allemagne, l'Institut Robert-Koch, l'établissement de référence en santé publique, a encouragé vendredi les citoyens à porter en public des masques faits maison. Il n'y a "pas encore de preuve scientifique" qu'ils limitent la propagation du virus, mais cela "semble plausible", a estimé son président Lothar Wieler.

En Europe centrale, le port du masque est obligatoire en République tchèque et en Slovénie, et l'Autriche l'a généralisé dans les supermarchés.

Revirement spectaculaire de Trump

Mais la volte-face la plus spectaculaire est venue des États-Unis : le président Donald Trump a annoncé que les autorités sanitaires conseillaient désormais aux Américains de se couvrir le visage lorsqu'ils sortent de chez eux.

"Il y a une vraie inflexion aux États-Unis et l'OMS est en train de réviser ses recommandations", déclare à l'AFP le Pr KK Cheng, spécialiste de santé publique à l'université de Birmingham (Angleterre), favorable au port généralisé du masque.

Depuis le début de l'épidémie, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux gouvernements répètent que les masques doivent être uniquement utilisés par les soignants, les malades et leur entourage proche, en disant s'appuyer sur des données scientifiques.

>> À voir : Rivalités internationales pour l'achat de masques médicaux

Pour les promoteurs du port généralisé du masque, ce discours était avant tout destiné à éviter que le grand public se rue sur ceux réservés aux soignants (les masques chirurgicaux et les FFP2, plus protecteurs) et aggrave une pénurie déjà existante.

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De fait, vue d'Asie, où le recours au masque est culturellement valorisé, la réticence occidentale a surpris.

"La grosse erreur aux États-Unis et en Europe, à mon avis, c'est que les gens ne portent pas de masques", déclarait le chef du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, Gao Fu, le 27 mars au magazine Science.

Le possible danger des aérosols

Autre facteur : l'hypothèse selon laquelle le coronavirus pourrait se transmettre via l'air expiré (les "aérosols" dans le jargon scientifique). Objet de nombreuses spéculations, ce mode de transmission n'est pas encore scientifiquement prouvé.

Mais on suspecte que "le virus puisse se transmettre quand les gens ne font que parler, plutôt que seulement lorsqu'ils éternuent ou toussent", a déclaré vendredi sur Fox News le très respecté spécialiste américain Anthony Fauci, conseiller de Donald Trump.

S'il était confirmé, ce mode de transmission expliquerait la haute contagiosité du virus, également transmis par des patients sans symptômes. C'est en intégrant cette éventualité que les autorités sanitaires américaines ont recommandé le port du masque.

Auparavant, New York avait déjà franchi le pas : le maire, Bill de Blasio, a demandé jeudi aux habitants de se couvrir le visage lorsqu'ils sortent. "Ça peut être une écharpe, quelque chose que vous avez fabriqué, un bandana", a-t-il affirmé.

Car pour éviter la ruée sur les masques médicaux, ce sont les masques faits maison ou fabriqués par l'industrie textile qui sont mis en avant dans le monde entier.

Les scientifiques qui les promeuvent soulignent qu'ils servent à éviter de contaminer les autres plus qu'à se protéger soi-même. "Beaucoup de gens pensent que porter un masque les protège de la contamination, alors que cela permet en fait de réduire les sources de transmission", dit à l'AFP le Pr Cheng.

"Cela fonctionne si tout le monde en porte, et dans ce cas, un masque très basique suffit, car un bout de tissu peut bloquer les projections" contaminées émises par un malade, ajoute-t-il. "Ce n'est pas parfait, mais c'est beaucoup mieux que rien".

"La pandémie évolue, les preuves et nos avis aussi"

De son côté, l'OMS s'en tient encore à sa position initiale, en craignant que l'usage généralisé du masque donne un "faux sentiment de sécurité" et fasse oublier les indispensables mesures-barrières (distanciation sociale, lavage des mains...).

Toutefois, son patron, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a concédé mercredi qu'elle continuait à "évaluer l'usage potentiel du masque de manière plus large". "La pandémie évolue, les preuves et nos avis aussi", a-t-il glissé.

Une étude parue vendredi dans la revue Nature lui donnera du grain à moudre : elle conclut que le port de masques chirurgicaux réduit la quantité de coronavirus dans l'air expiré par des malades (l'expérience a été faite avec d'autres coronavirus que le Sars-CoV-2, responsable de l'épidémie actuelle).

"Cette étude apporte un fort niveau de preuve en faveur du port du masque", a commenté un scientifique qui n'y a pas participé, le Dr Rupert Beale, du Francis Crick Institute de Londres. "Les responsables de santé publique doivent immédiatement en prendre note."

Avec AFP

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