Témoignage

Le coronavirus dans les Ehpad (3/3) : l'insoutenable attente des familles

En Charente, des salariés d'Ehpad confinés volontaires avec les résidents.
En Charente, des salariés d'Ehpad confinés volontaires avec les résidents. © Stéphane de Sakutin, AFP (archives)

L'épidémie de coronavirus fait craindre une hécatombe dans les résidences pour personnes âgées dépendantes. Quand un résident d'Ehpad est touché par le Covid-19, l'annonce est souvent difficile à gérer pour les familles, qui ne peuvent pas voir leur proche.

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Pascaline Coppeaux attend des nouvelles. Sa mère Ginette, 77 ans, réside depuis août 2016 à l'Ehpad Saint-Vincent-de-Paul, à Nogent-sur-Oise, dans les Hauts-de-France – un des clusters de l'épidémie de coronavirus en France. Sa grand-mère Geneviève, 94 ans, y est également admise depuis début mars, quelques jours à peine avant le début du confinement.

Comme tous les autres résidents, Ginette et Geneviève sont chacune confinées, seules, dans leur chambre. La mère de Pascaline n'est plus capable de s'exprimer et est placée dans une unité dédiée aux Alzheimer sévères. Ils sont douze. "Cela ne doit pas être facile de tous les garder à distance, s'interroge Pascaline. Ma mère a l'habitude de se déplacer beaucoup la nuit", précise Pascaline, avant de se reprendre : "Mais bon, depuis qu'elle est malade, la question ne se pose plus".

Mardi 24 mars, le téléphone de Pascaline, mère de famille installée à Nantes, a sonné. "L'Ehpad m'a prévenu que ma mère avait de la fièvre depuis quatre jours, avec une poussée à 40 °C la nuit d'avant", raconte-t-elle. Pas de toux, mais une gêne manifeste au niveau respiratoire. Impossible de savoir si elle est touchée par le Covid-19, faute de tests. Les personnes âgées restent les cibles privilégiées du Covid-19, avec un taux de mortalité qui grimpe à 14,8 % chez les plus de 80 ans.

"Ma mère ne rentre pas dans les cases"

Mercredi 25 et jeudi 26 mars. Pascaline et ses deux frères prennent des nouvelles. La fièvre ne baisse pas. "À partir de quand on fait quelque chose ?", s'enquiert-elle au personnel médical. "Si elle a de la température, c'est bien qu'il y a une infection !" Elle ne comprend pas, pose des questions, s'entête. Comme pour calmer sa frustration, Pascaline, 45 ans, reste "scotchée aux infos".

Vendredi 27 mars, le personnel soignant annonce qu'un test au Covid-19 a finalement été fait sur sa mère et qu'il s'est révélé positif. Ginette est, depuis, isolée avec toutes les personnes touchées dans une unité spécialisée, conformément aux mesures gouvernementales. "Le personnel est équipé de blouses et de lunettes pour se protéger, c'est déjà ça", glisse-t-elle.

Le personnel de l'Ehpad laisse entendre à la fratrie que Ginette, au vu de sa pathologie et de son âge, ne sera pas hospitalisée en cas d'urgence. "On me fait comprendre qu'elle ne rentre pas dans les cases", s'indigne-t-elle. Une décision qu'elle vit comme une injustice puisque dès le 6 mars, Emmanuel Macron estimait que "notre priorité absolue [était] de protéger les plus fragiles face au virus. Ce sont des personnes qui ont d'autres pathologies, ce sont les personnes démunies, et ce sont nos aînés". Dans la région des Hauts de France, 181 résidents sont confirmés positifs et 44 sont décédés, selon les données communiquées par l'Agence régionale de santé le 31 mars.

"Les médecins ne sont pas optimistes"

Samedi 28 mars, Pascaline attend des nouvelles. L'Ehpad reste injoignable entre 12 h et 20 h. C'est finalement un médecin régulateur qui appelle son frère le dimanche pour leur indiquer que, "suite à votre demande", Ginette sera transférée au CHU de Creil, dans le service Covid, dès lundi. "Ils pourront ainsi la fournir en oxygène", lui assure-t-on. 

Au CHU, les médecins sont transparents sur l'état de santé de sa mère. "Ils ne sont pas optimistes", reconnait-elle. Ils ne peuvent pas lui délivrer de la chloroquine car elle affiche un taux d'oxygène trop élevé dans le corps ; elle risquerait une crise cardiaque. En cas d'intubation, le personnel médical a également prévenu que la rééducation serait très lourde si elle s'en sortait. "De toute façon, comme tout le monde ne peut pas être réanimé, ma mère ne fera pas partie du lot", présume Pascaline.

Dimanche 29 mars, la Nantaise a pu avoir sa grand-mère, toujours à l'Ehpad et en bonne forme. Elles se sont parlées par visioconférence. "Elle va bien mais ça la saoule d'être enfermée dans sa chambre, elle n'a qu'une envie, c'est de sortir", raconte-t-elle.

Depuis lundi, aucune amélioration pour Ginette. Elle est toujours sous masque respiratoire et a un patch pour éviter une salivation trop importante. Pascaline Coppeaux et ses frères ne peuvent pas aller la voir. Les services Covid des hôpitaux sont confinés. Résignée et impuissante, Pascaline attend des nouvelles.

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