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Face au coronavirus, les initiatives se multiplient pour venir en aide aux Ehpad

Fin mars, le ministre de la Santé a préconisé un isolement individuel" des pensionnaires des Ehpad afin d'"aller plus loin" dans la protection des personnes âgées, particulièrement vulnérables face au coronavirus. 
Fin mars, le ministre de la Santé a préconisé un isolement individuel" des pensionnaires des Ehpad afin d'"aller plus loin" dans la protection des personnes âgées, particulièrement vulnérables face au coronavirus.  AFP/Archives

Alors que la pandémie de coronavirus continue de se propager en France, la situation des Ehpad cristallise les inquiétudes. Face au manque de matériel des soignants et à la détresse psychologique des résidents, des initiatives se mettent en place pour soutenir ces établissements à risque.

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Ils sont heurtés de plein fouet par la crise sanitaire. Les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) font l'objet de fortes préoccupations alors que la pandémie de coronavirus continue de se propager en France. Sur les 10 328 morts recensés depuis le début de la pandémie, 3 237 décès sont survenus au sein des Ehpad français.

Si le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé, lundi 6 avril, le lancement d'une vaste opération de dépistage dans ces maisons de retraite médicalisées particulièrement exposées au risque de surmortalité, la pression sur ces établissements reste très forte.

Manque de masques, pénurie de surblouses, détresse des résidents coupés de leur famille pour éviter tout risque sanitaire supplémentaire... La situation des Ehpad est critique. Et face à ce contexte inédit, des initiatives se mettent en place pour soutenir le personnel et les résidents.

"On va créer une économie de la sur-blouse"

"Il y a la problématique forte du masque, mais aussi celle de la surblouse, que l'on a tendance à oublier", explique Emmanuel Sallaberry, maire de Talence (Gironde) contacté par France 24. À la demande des quatre Ehpad que recense sa commune, l'édile a lancé, mercredi 8 avril, un appel visant à mobiliser une armée de petites mains pour confectionner des surblouses à destination des personnels travaillant au sein des Ehpad talençais.

"Les capacités de production d’éléments jetables ne sont pas suffisantes pour permettre de couvrir tous les besoins", déplore le maire. "On s'aperçoit que les stocks s'épuisent, les fournisseurs font les fonds de tiroirs... L'idée est donc de mettre en place un système de blouses lavables qui pourront être mises à disposition des quatre Ehpad de Talence, qui comptent quelque 500 résidents".

Pour cela, Emmanuel Sallaberry a partagé sur les réseaux sociaux le patron de fabrication d'une sur-blouse selon un modèle conçu à partir de recommandations nationales. "Elles doivent être facilement portables et doivent pouvoir être enfilées à chaque fois que quelqu’un rentre dans une chambre et retirée dès lors qu'elle en sort".

Quelques heures après la publication du modèle, nombre d'administrés avaient déjà manifesté leur enthousiasme. Face à la pénurie de matières premières tels que le fil et les élastiques, une commerçante a récupéré les produits dont elle disposait dans sa mercerie pour réapprovisionner les volontaires. "On va créer ainsi une économie de la surblouse", abonde le maire qui explique que des kits contenant fils et élastiques seront mis à disposition des couturiers, qui viendront ensuite en mairie déposer leur production.

"On est sur un besoin concret, criant, rapide, qui peut être couvert", ajoute-t-il, précisant qu'à ce stade, l'opération mise en place se limite à l'échelle de la commune. "On répond à un besoin localisé et on a besoin de passer à la vitesse supérieure pour conserver des conditions sanitaires irréprochables dans nos Ehpad".

Des clubs de plongée offrent leur oxygène

En région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), la solidarité s'organise au sein des clubs de plongée. Fermés à cause du confinement, ceux-ci ont répondu à l'appel du docteur Di Meglio, spécialiste de la médecine hyperbare (oxygénothérapie) et président du comité régional Paca de la Fédération française d'étude des sports sous-marins (FFESSM).

L'objectif : offrir de l'oxygène en récupérant les réserves des clubs de plongée afin de fournir une solution transitoire aux malades Covid des Ehpad, dans l’attente de leur prise en charge par l'hôpital.

"Ce matériel peut être utilisé pendant quatre à douze heures, en fonction de la capacité de la bouteille d'oxygène et de son mode d'utilisation", a expliqué le médecin à France 3 Paca. En quelques jours seulement, 90 clubs de la région ont proposé leurs kits d'oxygénothérapie pour subvenir aux besoins des Ehpad. 

"L'humain est en train de révéler ce qu’il a de meilleur dans beaucoup de choses", réagit le maire de Talence, Emmanuel Sallaberry. Outre les initiatives visant à renforcer la sécurité sanitaire, le maire observe un renforcement du lien entre soignants et résidents qui, confinement oblige, ne peuvent plus recevoir de visites. "Des membres du personnel ont dormi sur les sites", explique-t-il. "On a renforcé le coté présentiel, le coté écoute et le coté pédagogique parce qu'il peut exister une détresse psychologique", conclut-il, évoquant la nécessité de mettre en place "une présence et une vigilance accrues".

Des lettres d'inconnus pour un soutien psychologique

"C'est terrible cette situation, les personnes n’ont plus de visites, c'est déjà dur d'être en Ehpad, mais si en plus les résidents sont coupés de toute relation avec leur famille, c'est insupportable". Ces mots, prononcés par son père - membre de la Fondation  Partage et Vie - ont suffi à faire naître dans l'esprit de Mathilde d'Alançon l'idée d'une correspondance épistolaire de grande ampleur, afin de briser l'isolement des personnes vivant en Ehpad.

C'est entre cousins, âgés de 13 à 24 ans, que les membres de la famille d'Alançon-Duron ont lancé l'initiative 1 Lettre 1 Sourire. Avec pour slogan "Ne confinons pas l'amour", le principe de ce projet est d'inviter toute personne à écrire une lettre à destination d'une personne âgée isolée en Ehpad, afin de l'aider à garder un contact avec l'extérieur.

"Nos premiers partenariats ont été avec la Fondation Partage et vie, mais on a très vite été contactés par d’autres directeurs d’établissements et des psychologues", explique Mathilde d'Alançon, 21 ans, contactée par France 24. "Nous avons alors monté des systèmes de partenariats avec plusieurs Ehpad et disposons désormais d'un onglet sur notre site qui permet d’inscrire directement un nouvel établissement". Six cents Ehpad ont déjà rejoint le mouvement.

Tout le monde peut participer, à condition de disposer d'un ordinateur et d'un accès à Internet, afin de rédiger une lettre personnelle via le site. "Il faut parler avec son cœur", sourit la cofondatrice du site. Une fois écrites, "les lettres sont reçues sur une base de données. On les relit pour être sûr qu’il n’y a pas de mot indélicat, puis on les envoie aux Ehpad par mail." Un système de cagnotte permet également à l'auteur de la lettre de participer, s'il le souhaite, aux frais d'impression.

Le projet séduit et les lettres sont toujours plus nombreuses. Au total, 43 600 lettres ont été envoyées depuis le début du confinement. "Tout le monde, à son échelle, apporte son petit soleil", exprime Mathilde d'Alançon. "C'est très encourageant dans un moment noir comme celui-là."

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