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Immobilisés, les gens du cirque en détresse

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Perrecy-les-Forges (France) (AFP)

Ils étaient en pleine tournée, ou avaient juste fait une halte pour faire paître leurs animaux, quand le confinement les a cloués sur place: sans recettes, les cirques tentent de survivre, comptant sur une solidarité parfois aléatoire.

"On s'est arrêté pour les animaux mais il y a eu le confinement. On n'a pas pu repartir": Louis et Lucie Bornot ont garé la caravane du "Cirque Circus", juste avant le 17 mars, sur un petit parking face au stade de Perrecy-les-Forges (Saône-et-Loire).

L'endroit était bien inhospitalier mais ce n'était que pour quelques jours. Les Bornot y sont depuis près de trois semaines, figés dans une situation qui les dépasse.

"On s'est mis à notre compte il y a deux ans seulement. On commençait à se lancer", poursuit Louis, 30 ans, à la tête du petit cirque familial.

"On comptait sur mars-avril, c'est un bon moment pour nous, avec les vacances de Pâques", raconte l'équilibriste-jongleur, très inquiet pour "les assurances des camions qu'il va falloir payer". "On n'a rien d'avance", lâche-t-il.

"Pour que le cirque ne coule pas", le couple passe des coups de fil aux magasins du coin "pour demander s'il y du travail". En vain pour l'instant.

"On mange des pâtes. Ou des œufs. Ou des pâtes aux œufs", explique son épouse Lucie. A ses pieds, sa fille Morgane, 5 ans, fait sa tambouille dans une bassine de plastique jaune, mélangeant à un fond d'eau des épis de blé ramassés dans un champ. "Je veux aller à l'école", marmonne-t-elle timidement.

La famille Kenner, elle aussi, a "encore des pâtes". "Et les enfants du chocolat". Mais "la caisse est vide", avertit Johnny. Avec son épouse Katia, il avait le 4 mars planté son minuscule chapiteau jaune rutilant sur un parking de Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or).

Après plusieurs spectacles, le petit cirque, également appelé "Circus", voulait en repartir juste avant le confinement pour poursuivre la tournée. "Mais la préfecture nous a dit non", se souvient Johnny, 34 ans.

"Ca commence à faire long. Faudrait remettre de l'argent dans la caisse, pour les prêts à rembourser", explique le jongleur-magicien. "Nous, on n'a pas de chômage partiel. On n'a pas d'aide".

- 25 cirques bloqués -

"Mais les gens sont très sympas", tempère Katia, trapéziste de 30 ans. "On nous a apporté un pack d'eau; on nous propose du foin" pour le poney et le lama, qui cherchent une herbe rare sur un bout de terre longeant le parking.

C'est parfois tout un réseau de solidarité qui se tisse pour les quelque 25 cirques actuellement bloqués en France, selon le blog topkapy.

Ainsi à Casteljaloux, petite commune du Lot-et-Garonne, la mairie a "répercuté via les réseaux sociaux" la détresse du Nouveau Cirque Zavatta, bloqué avec une centaine d'animaux, explique Christophe Henriot, directeur des services du village. "Les gens se sont manifestés spontanément pour du foin, de la paille..."

"Je n'aurais pas pensé à une telle solidarité. C'est exceptionnel", se félicite Jean Falck, dompteur. "Quatre éléphants, une vingtaine de dromadaires, une trentaine de fauves, des lamas... Ca bouffe, ces bêtes-là. On en a pour 3-400 euros par jour. Et on n'a aucune rentrée", explique-t-il. "Pour les fauves, j'ai encore pour dix jours de viande, pas plus", avertit-il.

La solidarité n'est cependant pas toujours évidente. A Perrecy-les-Forges, des habitants ont mis des prés à disposition de la dizaine d'animaux du petit cirque mais les robinets du stade juste en face de la caravane des Bornot sont coupés, les douches et les toilettes fermées.

S'il a lui aussi mis à disposition un terrain communal, le maire Claudius Michel rappelle que "les cirques sont interdits ici", expliquant avoir eu "plein de problèmes avec des cirques dans le passé".

"On a l'impression d'être des terroristes. Des fois qu'on vole les douches...", raille Lucie. Pour avoir de l'eau, le couple a donc dû se brancher sur la borne incendie. "Et maintenant, on nous traite de voleurs".

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