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Covid-19: optimisme prudent aux Etats-Unis sur un tournant

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Washington (AFP)

Plus précautionneux que jamais, le très écouté docteur Anthony Fauci a estimé jeudi que les Américains pourraient peut-être prendre des vacances d'été, mais sous conditions, alors qu'une stabilisation du nombre d'hospitalisations laisse croire à un premier tournant dans la pandémie de Covid-19.

Comme d'autres pays frappés avant eux, les Etats-Unis attendent le retour à la normale. Le président Donald Trump est pressé de rouvrir le pays et faire repartir une économie sinistrée.

Mais les experts universitaires et gouvernementaux, à l'image du docteur Fauci, préviennent que même si le pic tant attendu de l'épidémie était atteint, la réouverture ne pourra se faire du jour au lendemain. Le pays devra s'armer de patience, disent-ils, et changer durablement ses habitudes tant qu'il n'y aura pas de vaccin, afin de se préparer à répondre à une deuxième vague -- puisque le coronavirus n'aura pas disparu.

Les regards sont dans l'immédiat tournés vers New York. Chaque jour d'avril, l'Etat a enregistré plus de 8.000 nouveaux cas par jour, submergeant ses services de réanimation. Mercredi, le gouverneur Andrew Cuomo a affirmé que les mesures de confinement et de fermeture des commerces, décrétées il y a 18 jours, portaient leurs fruits, et que le nombre d'hospitalisations nouvelles commençait à baisser.

Mais des variations d'une journée à l'autre ne forment pas une tendance. Le gouverneur fera le bilan des dernières 24 heures jeudi en milieu de journée.

Les Etats-Unis, grands comme un continent, ne sont pas frappés avec la même intensité. La ville de Washington, 350 km au sud de New York, a été jusqu'ici relativement épargnée, par exemple. Le modèle utilisé par les autorités de la capitale prévoit un pic... seulement à la toute fin du mois de juin.

Le modèle le plus cité (IHME), qui prend en compte comment l'épidémie a évolué en Chine et en Europe, a ces derniers jours revu à la baisse plusieurs fois le bilan prévu de la première vague aux Etats-Unis: de 93.000 à 82.000 puis à 60.000 décès.

Le "pic" américain serait atteint ce week-end, selon ce modèle utilisé notamment à la Maison Blanche, mais considéré comme trop optimiste par certains Etats, qui préfèrent marier plusieurs modèles, à la façon des prévisions météorologiques, aucun modèle n'étant parfait.

"C'est grâce aux Américains qui font du bon boulot. Distanciation sociale, etc. Continuez!" a tweeté Donald Trump.

- "New normal" -

A quand le déconfinement? Peut-être pas avant juin, a prévenu le maire de New York, Bill de Blasio, jeudi.

Il sera forcément graduel et régional, a expliqué Anthony Fauci, directeur de l'Institut américain des maladies infectieuses, représentant de la communauté scientifique dans le groupe de travail de la Maison Blanche qui conseille Donald Trump sur l'épidémie.

D'abord parce que les ordres de confinement ont été décrétés Etat par Etat, par les gouverneurs, et non nationalement par le président, qui n'a émis que des consignes de distanciation et de télétravail jusqu'au 30 avril.

Mais aussi, et surtout, car il y a des poches rurales où le nombre de cas double encore tous les deux jours.

Alors que la Californie, par exemple, après avoir craint le pire, a été suffisamment rassurée pour commencer à faire don à d'autres Etats de respirateurs artificiels et d'équipements médicaux. L'Etat de Washington, qui enregistra le premier cas de Covid-19 le 21 janvier, a fermé mercredi l'hôpital temporaire que l'armée avait installé, afin que d'autres Etats puissent en bénéficier.

Plutôt qu'un retour à la vie d'avant, il faut se préparer à une "nouvelle normalité"", disent des experts.

"Tant que la plupart des gens n'ont pas d'immunité, reprendre nos activités normales fera repartir à toute vitesse les contagions", a écrit Tom Frieden, ancien patron des Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC).

Il propose des conditions à tout déconfinement: des tests de dépistage largement disponibles; des plans pour isoler les malades, et retracer et placer en quarantaine leurs contacts; et une mise à niveau générale des hôpitaux pour encaisser toute future vague.

"Quand cela se fera, nous devrons rouvrir le robinet graduellement plutôt que d'ouvrir en grand les vannes d'un coup et de risquer une explosion de nouveaux cas", écrit-il sur le site Think Global Health.

Les restaurants pourraient avoir à rouvrir avec un nombre limité de tables, les écoles pourraient ne pas toutes rouvrir en même temps.

Les Américains pourront-ils sortir de chez eux et profiter des vacances d'été? "Cela pourrait être au rendez-vous", a répondu Anthony Fauci, sur CBS jeudi, mais sans relâchement des mesures barrières.

La distanciation sociale fera partie du décor encore longtemps, a-t-il dit. Il suggère même, à moitié sérieusement, que les Américains abandonnent la pratique de se serrer la main.

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