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Coronavirus : les centres d’archives collectent déjà les témoignages des confinés

Les archives départementales du Loiret participent à l'opération "Mémoire de confinement".
Les archives départementales du Loiret participent à l'opération "Mémoire de confinement". © Archives départementales du Loiret

Dès le début du confinement, des centres d'archives ont appelé la population à leur envoyer leur témoignage sur cette période si particulière. Ces documents récoltés aujourd'hui sur le vif serviront pour les générations futures.

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"Nous vivons un épisode exceptionnel, qui est déjà l'Histoire. Participez à la collecte #memoiredeconfinement !" C’est par ce message diffusé le 18 mars sur son compte Twitter, que les Archives départementales des Vosges ont lancé un appel aux témoignages en cette période de pandémie de coronavirus. "Envoyez vos témoignages, récits, photos ou vidéos, nous les conserverons pour l'éternité !"

À l’annonce du confinement, François Petrazzoler, chef de service aux Archives départementales des Vosges, s’est demandé ce qu’il pouvait faire en tant qu’archiviste pour se rendre utile. "Notre métier est de collecter la mémoire. J’ai pensé qu’il fallait également le faire pour cet événement planétaire. Nous avons l’habitude de courir après les témoignages sur les deux guerres mondiales comme lors de la Grande collecte sur 14-18 ou sur des événements plus anciens, mais nous sommes aussi en train de vivre un événement historique", explique-t-il.

Un témoignage spontané

Il y a cinq ans, lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, les Archives municipales de Paris avaient lancé une opération similaire. Quelques jours seulement après ces attaques, elles avaient notamment récupéré les hommages aux victimes déposés par les citoyens devant le Bataclan ou sur la place de la République, ainsi que d’autres documents produits en réaction à ces événements traumatisants.

Dans la même optique, François Petrazzoler a souhaité lui aussi réagir au plus vite : "Nous avons décidé de faire cette collecte maintenant, car le témoignage immédiat a une valeur que le témoignage d’après coup n’a pas. Quand une personne parle d’un événement passé, elle a tendance à le fantasmer et à y raccrocher ses sentiments actuels. La mémoire fait aussi son travail", souligne-t-il. Les Archives départementales des Vosges ont ainsi déjà reçu une cinquantaine de témoignages : "Les gens qui ont répondu à notre appel nous écrivent de manière très spontanée. Ils expriment les choses telles qu’ils les vivent. Ils nous envoient beaucoup de messages par mails, mais aussi des photos sur ce qu’ils font pendant leur confinement".

Un corpus pour les chercheurs du futur

Cet appel a fait des émules. Une dizaine de centres d'archives départementales ont lancé leur propre appel comme celui du Loiret. Pour Frédéric Pige, responsable du service du fonds historique et généalogique à Orléans, cela "a semblé être une évidence mais aussi une nécessité, celle de constituer un corpus de sources que des historiens, géographes, sociologues, ou encore économistes pourront utiliser pour analyser cette crise inédite que nous vivons tous de différentes façons".

"Les documents que nous attendons, issus de l’expérience intime, viendront compléter les archives que nous recueillerons par la collecte auprès des administrations et qui témoigneront de la manière dont les différentes institutions publiques ont géré la crise", précise-t-il.

D’autres centres d’archives plus spécialisés ont aussi saisi l’occasion. Aux archives nationales du monde du travail, il est apparu nécessaire de documenter la situation actuelle pour les recherches du futur. "Nous sommes dans un contexte très particulier, où plusieurs millions de Français découvrent le télétravail de manière très soudaine et généralement avec les moyens du bord et leur matériel personnel", décrit Marine Huguet, responsable du département des publics.

Comment les méthodes de travail (individuelles ou collectives) sont-elles touchées ? Qu'est-ce que cela implique dans le quotidien des travailleurs mais aussi dans celui des employeurs et des acteurs du dialogue social ? C’est à toutes ces questions que les archives du monde du travail vont chercher à répondre grâce à ces témoignages de toutes formes. "Cela peut être un mail expliquant comment ils ou elles travaillent en confinement, un enregistrement audio ou une vidéo, des photos de leur nouvel espace de travail, voire même une œuvre que cette situation leur aurait inspirée", précise Marine Huguet.

Une collecte qui dépasse les frontières de la France

Ce type de collecte n’est pas propre à la France. Il a été lancé dans de nombreux pays. Chez nos voisins belges, une page Facebook intitulée Covid-19 Archives lui est même consacrée. Elle s'inscrit dans un projet de l'Association des archivistes francophones de Belgique. Elle incite les internautes à y partager leurs documents personnels sur cette période de confinement. "Nous voulons collecter un maximum de tranches de vie et avoir un aperçu du quotidien des familles pendant cette crise. Il se passe actuellement quelque chose d’universel. Tous les pays du monde sont concernés", explique Marie Cappart, l'une des auteures de cette page.

Pour cette historienne belge, la situation actuelle met aussi en lumière l’importance du processus de numérisation des archives. Alors que les lettres et les journaux intimes sont de plus en plus délaissés, notre mémoire se retrouve désormais très souvent sur les réseaux sociaux. "Cela pose la question du support et de la sauvegarde de ces archives numériques. Après la crise, il faudra que les institutions soutiennent le processus de conservation et d’analyse de ce type d’archives ", note Marie Cappart.

Que nous le voulions ou non, nous vivons des moments historiques. Quand la crise sera passée, il faudra se souvenir, et...

Publiée par Covid19 Archives sur Mardi 7 avril 2020

Mais pour ceux qui préfèrent encore la version papier, les différents centres d’archives leur ouvriront leur porte dès la fin de la pandémie. "Quand le confinement sera terminé, nous arrêterons la collecte numérique mais nous continuerons à recevoir des témoignages écrits", affirme François Petrazzoler. "Les gens sont finalement très touchés par notre appel. Ils commencent à comprendre la valeur de leur propre témoignage. Tous ont de l’importance."

 

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