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Covid-19 : de nouveaux résultats du Pr Raoult sur la choroquine relancent la polémique

L'hydroxychloroquine, que Sanofi vend sous la marque Plaquenil,  est à l'étude dans le monde entier comme des armes potentielles dans la lutte contre le coronavirus.
L'hydroxychloroquine, que Sanofi vend sous la marque Plaquenil, est à l'étude dans le monde entier comme des armes potentielles dans la lutte contre le coronavirus. Damien Meyer AFP/File

Alors que le monde entier se penche sur les possibles effets de la chloroquine pour lutter contre le coronavirus, de nouveaux résultats du professeur Raoult parus vendredi, vantant les mérites du traitement, suscitent de vives critiques du monde médical français. 

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Les divergences autour de l'hydroxychloroquine pour traiter le coronavirus ne faiblissent pas, bien au contraire. Tandis que l'Agence du médicament a alerté sur de possibles risques cardiaques induits par ce médicament pour les malades du Covid-19, de nouveaux résultats du professeur Raoult, vantant les mérites de l'hydroxychloroquine, ont suscité vendredi 10 avril de nouvelles critiques du monde médical. 

"L'hydroxychloroquine [dérivé de la chloroquine, un médicament contre le paludisme, NDLR] associée à l'azithromycine [un antibiotique, NDLR], administrée immédiatement après le diagnostic, est un traitement sans danger et efficace contre le Covid-19", affirme le résumé de l'étude, présenté jeudi à Emmanuel Macron lors de sa visite surprise à l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) Méditerranée Infection du professeur Didier Raoult. 

>> À lire : Coronavirus : la prescription du Plaquenil, dérivé de la chloroquine, désormais autorisée en France

L'essai a porté sur 1 061 patients testés positifs au nouveau coronavirus (contre quelques dizaines dans les études précédentes), qui ont reçu pendant "au moins trois jours" ce traitement promu par le spécialiste des maladies infectieuses. 

Difficile de tester l’efficacité du traitement 

Après 10 jours, plus de neuf sur dix (91,7 %) avaient une charge virale nulle, c'est-à-dire qu'on ne trouvait plus de coronavirus dans leurs prélèvements, et cinq personnes (0,5 %) sont décédées, des patients de 74 à 95 ans. 

Ce pourcentage est "significativement plus bas" que chez "les patients traités sous d'autres régimes, à la fois à l'IHU et dans tous les hôpitaux publics marseillais", affirme ce résumé. L'intégralité de l'étude n'est toutefois pas encore rendue publique. 

Mais nombre de scientifiques font valoir qu'en raison de la manière dont l'étude est élaborée, rien ne permet d'en conclure que le traitement "évite l'aggravation des symptômes et empêche la persistance du virus et la contagiosité dans la plupart des cas", comme l'affirment les conclusions. 

"Malheureusement, en l'absence de bras comparatif [un groupe témoin recevant un placebo, NDLR], c'est extrêmement difficile de savoir si le traitement est efficace ou pas", a expliqué vendredi Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur et membre du conseil scientifique Covid-19, sur RMC/BFMTV. 

"Sans groupe témoin, ces résultats ne permettent pas de valider, ni d'exclure, l'intérêt du traitement appliqué", dit aussi la revue Prescrire dans un communiqué. Elle note également que "l'évolution dans les 10 jours a été le plus souvent favorable, comme c'est le cas quand les symptômes sont peu marqués, même sans traitement". 

Remise en cause 

"Ces résultats sont juste nuls et non avenus, ça ne nous apprend rien sur l'efficacité du traitement", s'est emportée l'épidémiologiste Catherine Hill, en rappelant que d'après les données publiques disponibles, au moins 85 % des gens guérissent spontanément, sans aucun traitement. 

L'épidémiologiste, aujourd'hui à la retraite, a relevé auprès de l'AFP un probable biais de sélection des participants, avec des patients testés positifs qui n'auraient sans doute jamais développé de symptômes, ou très légers.  

L'IHU propose en effet de réaliser des tests de façon large aux patients qui se présentent dans ses murs (le texte publié évoque 38 617 patients testés entre le 3 mars et le 9 avril), alors que dans le reste du pays, ces tests sont encore réservés en priorité aux patients hospitalisés et au personnel soignant. 

De fait, les participants à l'essai du Pr Raoult diffèrent du tableau habituel des cas de Covid-19 confirmés : moins de formes graves (95 % de patients avec un degré de gravité "bas", contre 80 % en moyenne dans les autres cohortes de patients), un âge moyen relativement jeune (43 ans) et une majorité de femmes (53,6 %, alors que les hommes sont plus susceptibles de développer les formes graves de la maladie). 

Le 3 avril, l'International Society of antimicrobial chemiotherapy, qui avait publié la première étude du Pr Raoult, avait déjà fait part de ses préoccupations, expliquant que l'article ne correspondait pas aux "standards de qualité attendus".

La chloroquine au centre du débat mondial 

L'infectiologue français est au centre d'un débat mondial sur l'utilisation de la chloroquine et de l'hydroxychloroquine pour combattre le Covid-19, qui s'est déplacé sur le plan politique. 

Certains médecins, certains pays et des élus appellent à administrer largement ce médicament. Mais une vaste partie de la communauté scientifique et des organisations sanitaires appellent à attendre une validation scientifique rigoureuse, mettant en garde contre les risques possibles pour les patients, notamment cardiaques. 

Un essai européen baptisé "Discovery" a été lancé dans plusieurs pays pour tester quatre traitements, dont l'hydroxycholoroquine, et d'autres études étudiant spécifiquement son efficacité ont démarré, notamment au CHU d'Angers. 

En attendant les résultats, la France a adopté une position prudente : l'hydroxychloroquine est autorisée à l'hôpital uniquement, et seulement pour les cas graves.

Une prudence justifiée, a insisté vendredi l'Agence du médicament (ANSM) : "les malades du Covid sont plus fragiles sur le plan cardiovasculaire et donc plus susceptibles que les personnes lambda d'avoir des problèmes avec des médicaments qui sont délétères pour le cœur" tels que l'hydroxychloroquine, a expliqué à l'AFP Dominique Martin, directeur général de l'ANSM. 

Selon le texte mis en ligne par l'IHU, "aucune toxicité cardiaque n'a été observée" parmi les patients traités. 

Avec AFP

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