En France, les tests de dépistage du Covid-19 peinent à s'imposer

Test d’échantillon au Covid-19 à l’hopital Henri Mondor, à Créteil, en France, le 6 mars 2020.
Test d’échantillon au Covid-19 à l’hopital Henri Mondor, à Créteil, en France, le 6 mars 2020. AFP - THOMAS SAMSON

Écartée un temps par le gouvernement, la généralisation des tests de dépistage du coronavirus est devenue une priorité pour combattre la pandémie. Mais la France souffre d’une pénurie de matériel et des incertitudes demeurent quant à la fiabilité des tests d’immunité. France 24 fait le point.

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"Tester tous les résidents et tous les personnels à compter de l'apparition du premier cas confirmé." Le 6 avril, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé une "vaste opération de dépistage" du Covid-19 dans les Ehpad, particulièrement frappés par la pandémie.

Si cette vaste opération est destinée aux personnes âgées résidant dans des instituts médicalisés, le gouvernement planche sérieusement sur la généralisation du dépistage au sein de la population française.  

Généraliser les tests virologiques, une doctrine nouvelle en France

Certains pays en ont fait une priorité dès le début de la crise. En Corée du Sud, à Taïwan ou encore en Allemagne, des plans de dépistage massifs ont été mis en place pour repérer et isoler les personnes malades et endiguer la contagion. Une mesure efficace si l’on n’en croit la faible mortalité dans ces pays par rapport à d’autres, comme la France, l’Italie ou l’Espagne, qui ont appliqué en priorité des mesures de confinement.

Le 16 mars, alors qu'Emmanuel Macron annonçait la réduction drastique des déplacements sur le territoire français, l’Organisation mondiale avait lancé un appel international à tester systématiquement "chaque cas suspect". Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, estimait alors que certains pays étaient trop focalisés sur les mesures de distance sociale et que plus d’efforts devaient être portés à l’identification des cas de contamination.

Quelques jours plus tard, le 21 mars, le ministre de la Santé Olivier Véran annonçait que la France allait accroître ses capacités de dépistage, jusqu’ici réservées aux personnes prioritaires parmi lesquelles le personnel soignant, les personnes âgées et les personnes présentant des troubles sévères.

Embouteillages au sein des laboratoires

En France, des tests PCR (réaction en chaîne par polymérase), pour détecter la présence du virus, sont aujourd’hui accessibles à tous, à condition d’être muni d’une ordonnance médicale. On recherche alors la présence directe du virus dans un prélèvement naso-pharyngé. Mais ils doivent être réalisés sur un temps court car ils ne révèlent plus la présence du virus si le patient n'a plus de symptômes. 

Sur le terrain, pourtant, la situation est parfois plus compliquée. "J’ai commencé à tousser alors que j’étais confiné avec ma femme enceinte et mon fils", explique Marc, père de famille résidant dans les Yvelines, en région parisienne. "Mon médecin m’a prescrit un test. Seule une commune voisine pouvait le faire. Mais on a décalé mon rendez-vous car le laboratoire d’analyse où devaient être envoyés les échantillons était surchargé de demandes. Au bout d’une semaine, ma toux était passée. J’ai laissé tomber, je ne peux pas savoir si c’était le coronavirus". 

Pour le Dr Claude Cohen, président du Syndicat national des médecins biologistes, interviewé par France 24, cet exemple est à relativiser même s’il reconnaît une pénurie sur le terrain. "Nous avons le personnel nécessaire mais nous manquons de matériel de test, de protection et d’outils pour effectuer les analyses. Sans compter qu’une centaine de laboratoires seulement sont habilités à analyser ces échantillons. En Allemagne, ils ont été plus réactifs pour acheter le matériel et ils ont la capacité de produire certains tests. En France, nous avons un gros problème de dépendance et le marché international pour ce type de matériel est extrêmement tendu." 

Fin mars, un collectif de 92 soignants a exhorté le gouvernement français, par voie d’avocats, à publier les "contrats relatifs aux tests de dépistage du Covid-19". Le 2 avril, sur TF1, le Premier ministre a annoncé une augmentation "considérable" des tests pour passer de 20 000 à 30 000 par jour. 

Incertitudes autour des tests d’immunité

Si les tests PCR permettant de détecter la présence du virus affichent un haut niveau de fiabilité, la réalité est toute autre pour les tests sérologiques visant à mesurer l’immunité face à la maladie. Des études sont en cours pour évaluer l’efficacité de cette méthode, qui consiste à identifier les anticorps indiquant qu’un patient a été infecté, afin d’évaluer son degré d'immunité.

Pourtant, ces tests sanguins, sont déjà pratiqués par certains laboratoires sur le sol français. Ils sont autorisés à la seule condition d’être labellisés "CE" (qui répond aux normes européennes). "Aucun de ces tests n’a été validé par les instances scientifiques, déplore le Dr Claude Cohen. La labellisation n’est absolument pas un indicateur de fiabilité. Il n’y a aucun pays qui pratique ces tests en routine dans la population. Le silence du gouvernement sur le sujet est incompréhensible". 

Interviewé sur France 24, Jean Mariani, Professeur Émérite à Sorbonne Université, met, lui aussi en garde contre le risque d’emballement. "On ne peut pas se permettre de faire un dépistage massif sans des tests fiables. C'est un élément essentiel à acquérir au plus vite".

La possibilité d’estimer le degré d’immunité de la population est un facteur clé pour endiguer la pandémie et la méthode suscite beaucoup d'espoirs. En France, comme ailleurs, la course aux tests a déjà débuté. La région Grand Est a mis en place, jeudi 9 avril, un plan d’achat de plusieurs millions. Ces tests sérologiques devraient être disponibles dès le début de la semaine prochaine, a précisé Alexandre Mora, directeur de cabinet de la collectivité, "lorsque nous aurons la certitude de leur efficience".

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