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Covid-19 en Équateur : situation dramatique dans la ville de Guayaquil

Vue aérienne du cimetière de la banlieue de Guayaquil, la capitale économique de l'Equateur, le 12 avril 2020.
Vue aérienne du cimetière de la banlieue de Guayaquil, la capitale économique de l'Equateur, le 12 avril 2020. © José Sánchez AFP,

Des corps abandonnés, une odeur de mort aux abords des hôpitaux et des conteneurs en guise de dépôt pour les cadavres. La situation à Guayaquil, capitale économique de l'Équateur, montre les failles du gouvernement dans la gestion du coronavirus.

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Guayaquil est-elle devenue l'une des villes d'Amérique latine les plus affectées par la pandémie de Covid-19 ? La situation dans la capitale économique de l'Équateur le laisse penser. Des centaines de cadavres ont été laissés chez eux, voire dans les rues, enveloppés de plastique noir, durant plusieurs jours. Des habitants ont diffusé sur les réseaux sociaux des vidéos de corps abandonnés et des appels au secours de familles voulant enterrer leurs morts.

La puanteur de la mort flotte aux abords des hôpitaux. Devant les cimetières se forment de longues files de véhicules chargés de cercueils en carton.

Plus de 700 corps récupérés

Rien qu'à Guayaquil, port de 2,7 millions d'habitants sur la côte Pacifique, "le nombre (de corps) récupérés dans les habitations avec la force spéciale a dépassé les 700", selon Jorge Wated, chef d'une force spéciale déployée depuis trois semaines par le gouvernement pour collecter les cadavres.

Au total, cette force spéciale, policière et militaire, a collecté 771 cadavres dans des domiciles, auxquels s'ajoutent 631 corps dans les hôpitaux dont les morgues sont pleines, a-t-il ensuite précisé sur Twitter, sans préciser les causes de ces quelque 1 400 décès.

Selon les chiffres officiels, la province de Guayas concentre 72 % des cas de coronavirus, et Guayaquil, sa capitale, compte à elle seule environ 4 000 malades du Covid-19. 

L'Équateur (17,5 millions d'habitants) est, après le Brésil, le deuxième pays le plus touché d'Amérique latine par la pandémie. Officiellement, il dénombre 7 500 cas et 333 morts. Il a décrété l'urgence sanitaire et la fermeture des frontières.

Inhumations sans la présence de la famille

Les inhumations se déroulent sans la présence des proches des victimes. Les noms des défunts figurent sur un portail électronique créé par le gouvernement pour que les proches sachent où leurs morts sont enterrés.Des voisins du cimetière de Pascuales ont posté des vidéos qui montrent des camions remorquant des conteneurs frigorifiques entrant sur le site escortés par des policiers.

Faute de place dans les morgues, la municipalité de Guayaquil a fait placer près des hôpitaux et de la police médico-légale des conteneurs qui servent de dépôt pour les cadavres.

Et le pire est à venir. Selon des déclarations de Jorge Wated il y a près de deux semaines, "les experts médicaux estiment malheureusement (...) que les décès dus au Covid atteindront dans les prochains mois entre 2 500 et 3 500, rien que dans la province de Guayas".

Le président Lenin Moreno a annoncé, dimanche, avoir décidé de réduire de moitié son salaire et ceux des autres fonctionnaires de l'État devant la crise économique liée à la pandémie et la chute des prix internationaux du pétrole. À Guyaquil, le taux de pauvreté atteint 11,2 %, selon des chiffres officiels de décembre. Chômage et sous-emploi touchent 20 % de la population active.

Le pays devrait enregistrer une contraction d'au moins 4 % de son économie en 2020 à cause du coronavirus et de la chute des cours du pétrole, a déclaré dimanche le ministre de l'Économie Richard Martinez. Les autorités tablaient au départ sur une croissance de 0,7 % cette année, après un recul de 0,08 %.

L'Équateur est privé actuellement d'exportations pétrolières par des ruptures sur ses deux oléoducs, dont la réparation prendra un mois selon les autorités.

Sous programme avec le Fonds monétaire international, le pays a demandé la semaine passée un moratoire sur le paiement de 811 millions de dollars d'intérêts sur sa dette publique qui approche 41,8 milliards de dollars, afin de dégager des ressources pour lutter contre le coronavirus.

Le pays a vécu en octobre une dure crise sociale (huit morts) après le doublement des prix des carburants – finalement annulé – consécutif à la suppression de subventions. Lenin Moreno avait transféré le gouvernement à Guyaquil et accusé son prédécesseur et ex-allié Rafael Correa (2007-2017) d'avoir "activé" un "plan de déstabilisation" aidé par le Venezuela.

Avec AFP

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