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Journal de bord d'un réanimateur: "Il va falloir puiser dans nos ressources"

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Paris (AFP)

Praticien dans un hôpital de la région parisienne, en première ligne pour traiter la déferlante de malades du coronavirus, un anesthésiste-réanimateur livre tous les jours pour l'AFP, sous couvert d'anonymat, le résumé de sa journée en pleine crise sanitaire.

- Lundi 13 avril -

"Je pense ce soir que le vrai défi et les vraies difficultés ne font que commencer.

Pendant un mois, l’ensemble des personnels soignants, hospitalier ou non, ont réorganisé leur vie professionnelle pour participer à la prise en charge des patients atteints par ce virus.

Le manque de personnel paramédical, l'absence de dialogue avec notre direction au quotidien, le manque de reconnaissance pour certains, les difficultés financières pour d’autres, les inquiétudes face à un système public hospitalier en train de s'éteindre -- disait-on encore il y a quelques semaines lorsque nous manifestions devant le ministère de la Santé et que de nombreux chefs de service démissionnaient -- tout a été balayé en l'espace de quelques jours, voire quelques heures.

Cette capacité d'abnégation a été vraisemblablement nécessaire pour nous permettre d'avancer, ensemble, à l'écoute de nos supérieurs, de notre direction. Et de soigner ceux qui en avaient et en ont encore besoin dans les meilleures conditions, ou parfois les moins mauvaises possibles.

Ces quelques semaines ont été rendues possibles par l’effervescence créée à l'hôpital.

Par cette mise en lumière soudaine de l'hôpital public et de la réanimation, métier souvent méconnu du grand public, par une certaine envie de participer à quelque chose d'historique, et par une dose d'incertitude et de stress nous laissant sans cesse sur le qui-vive.

Les services de réanimation et les gens qui y travaillent ont été au centre de toutes les préoccupations, peut-être même plus, par moment, que les malades eux-mêmes.

Les motivations ont certainement été diverses.

Si certains ont juste souhaité faire leur métier comme d’habitude, d'autres ont peut-être eu le sentiment de participer à une mission humanitaire d'envergure.

Peu importe, sincèrement, je crois qu'il n'y avait rien de malsain là-dedans. Nous n'avions pas le choix et surtout nous avions envie de le faire.

Les gens sont venus sans condition et sont encore là. Je ne sais pas si la guerre sanitaire le sera, mais il est vraisemblable que la guerre de la réanimation est en passe d’être gagnée, pour reprendre les termes de notre Président.

Les services de réanimation sont moins sous pression. Les unités Covid commencent à être démontées dans l'hôpital où je travaille, temporairement ou définitivement, nous verrons.

C’est maintenant qu'il va falloir puiser dans nos ressources.

Accepter de continuer encore plusieurs semaines alors que les personnels sont épuisés. Accepter de continuer à faire fonctionner ces unités Covid alors que beaucoup d’autres reprendront leur activité médicale habituelle.

Accepter de poursuivre cette mission alors que l'hôpital ne sera plus au centre des préoccupations et que les médias parleront économie, enseignement, politique. Accepter que les applaudissements cessent. Nous le ferons, j'en suis certain.

Mais cette phase là risque indéniablement d’être encore plus difficile.

Malheureusement, la lutte contre le Covid et l'union sacrée que nous avons connue à l'hôpital pendant quelques semaines, laissent déjà la place aux mêmes dysfonctionnements, aux mêmes conflits et aux mêmes combats quotidiens qui ont été mis de côté il y a à peine un mois.

Cette "guerre" sera peut-être moins palpable, mais tout aussi réelle et primordiale pour la lutte contre cette épidémie et la santé de nos patients."

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