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Tour de France : entre incertitudes et télétravail, le cyclisme à l'heure du Covid-19

Le Colombien Egan Bernal avait remporté le Tour de France 2019.
Le Colombien Egan Bernal avait remporté le Tour de France 2019. © Anne-Christine POUJOULAT, AFP

Comme l'ensemble des compétitions sportives, les courses cyclistes sont à l'arrêt en raison de la pandémie de coronavirus. L'incertitude demeure sur les nouvelles dates pour les courses majeures, à commencer par le Tour de France. Équipes, organisateurs et coureurs tentent de faire face pour lutter contre le désœuvrement.

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Le report du Tour de France était attendu. Après l'allocution du président français Emmanuel Macron lundi 13 avril, il est devenu une certitude. Prévue initialement du 27 juin au 19 juillet, la Grande Boucle ne peut plus se tenir à ces dates en raison de l'interdiction de rassemblement décidée au moins jusqu'à la mi-juillet par le chef de l'État. L'Union cycliste internationale devrait officialiser son report mercredi 15 avril.

Selon le Dauphiné Libéré, dont les informations ont été confirmées par France Télévision, diffuseur de l'épreuve, le Tour de France s'élancera de Nice le 29 août pour s'achever sur les Champs-Élysées le 20 septembre.

De nouvelles dates qui entrent en conflit avec celles des autres compétitions cyclistes prévues à la fin de l'été, à commencer par la Vuelta, autre grand tour de la saison cycliste. Mais de l'aveu même de la plupart des acteurs du monde du cyclisme, le Tour de France reste la pierre angulaire du calendrier de la saison professionnelle et est davantage incontournable que son "petit" frère espagnol.

Un symbole de l'été

Certes, une Grande Boucle en septembre enlève forcément un peu de la magie propre au Tour de France, synonyme pour beaucoup de vacances d'été et de grande fête populaire, comme le souligne sur Franceinfo Béatrice Houchard, journaliste et auteure du livre "Le Tour de France et la France du Tour".

"Par rapport à d'autres compétitions comme l'Euro de football, je pense que c'est beaucoup plus que ça. C'est un symbole. C'est l'été, c'est le mois de juillet", explique la journaliste spécialisée.

L'organisation du Tour de France malgré la pandémie constituerait une belle victoire symbolique. En effet, depuis sa création en 1903, seules les deux Guerres mondiales de 1914-1918 et de 1939-1945 ont empêché la tenue de la Grande Boucle. Ce serait "le signe que la vie reprend ses droits", note Béatrice Houchard.

Le Tour, locomotive économique du cyclisme et d'ASO

Au-delà de ces considérations symboliques, il y a une vérité plus prosaïque : le Tour de France est surtout un pilier financier pour le budget des équipes engagées, au nombre de 22 pour l'édition 2020. Car si l'épreuve centenaire n'a pas lieu, "cela ouvre la possibilité d'un effondrement économique du secteur", prévient Jean-François Mignot, chercheur au CNRS et auteur d'une "Histoire du Tour de France" (éd. La Découverte).

"C'est très simple. Si le Tour n'a pas lieu, des équipes pourraient disparaître, des coureurs et des membres d'encadrement se retrouveraient sans travail", prédit Marc Madiot, président de la Ligue nationale du cyclisme.

"Nous avons besoin du Tour de France, mais le Tour a également besoin d'avoir des coureurs et des équipes au départ, on ne peut pas le faire qu'avec des voitures et une caravane publicitaire. C'est donc un moment pour se rendre bien compte que l'on a besoin les uns des autres", explique-t-il sur Cyclism'actu.

La menace ne tient pas aux primes reversées aux équipes par ASO, environ 2,3 millions d'euros sur l'édition 2019, selon l'association Sporsora, qui regroupe les acteurs de l'économie du sport. Mais tout simplement, explique Jean-François Mignot, parce que pour "beaucoup de sponsors d'équipes, la seule raison d'être dans le cyclisme plutôt qu'ailleurs repose sur le Tour de France. Si les sponsors consentent à investir, c'est pour que les téléspectateurs voient leur marque sur le maillot des coureurs pendant le Tour, car c'est la seule épreuve cycliste qui soit si massivement regardée".

"Il y a assez peu de disciplines sportives qui reposent à ce point sur un événement, qui plus est détenu par un privé" et non une fédération, souligne Bruno Bianzina, directeur général de l'agence Sport Market. Selon Sporsora, le Tour de France représente la moitié du chiffre d'affaires d'ASO, pourtant également détenteur d'autres courses prestigieuses du calendrier professionnel telles, que la Vuelta, le Paris-Nice, le Dauphiné ainsi que Paris-Roubaix.

Confinement rime difficilement avec entraînement

"Si tout le monde a besoin du Tour, le Tour a besoin du reste du calendrier", constate cependant Marc Madiot, également manager de l'équipe Groupama-FDJ, qui espère voir son poulain, Thibaut Pinot, s'imposer dans la Grande Boucle en 2020, après une édition 2019 frustrante au vu de son abandon.

En effet, un grand tour cycliste est une épreuve exigeante. Les 21 étapes, étalées sur trois semaines de course, représentent un effort quasi surhumain de la part des coureurs et nécessitent donc une préparation physique adéquate. En temps normal, la plupart des coureurs qui prétendent à un maillot jaune disposent d'une préparation millimétrée sur plus de six mois. Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, estime qu'il faudra que les coureurs aient pu reprendre l'entraînement depuis au moins deux mois pour que l'épreuve conserve son intérêt et son spectacle.

"Il faudra forcément faire des courses avant le Tour, on n'a pas le choix. On ne peut pas se présenter sur le Tour sans entraînements et sans courses", ajoute Marc Madiot, interrogé par Cyclism'actu. "Reporter le Tour de France fin août permet d'offrir aux coureurs un peu de temps pour s'organiser."

De plus, avec le confinement décrété dans une majorité de pays pour enrayer la propagation du Covid-19, les coureurs enfermés chez eux se retrouvent désavantagés. Tandis que dans d'autres contrées, comme en Belgique, en Allemagne ou encore aux Pays-Bas, les cyclistes professionnels peuvent encore s'entraîner librement. Une situation qui n'est pas sans créer des tensions. Fin mars, Harm Vanhoucke, coureur de la formation Lotto-Soudal, a ainsi été agressé lors d'une sortie d'entraînement en Belgique par un automobiliste lui reprochant le non-respect des consignes sanitaires. Oliver Naesen, un compatriote belge qui évolue chez AG2R la Mondiale, a préféré passer son compte sur l'application Strava – où les sportifs ont l'habitude d'étaler leurs performances– en privé face à la vague de reproches et d'insultes.

Cette disparité des situations et des consignes sanitaires risquent également de créer un cyclisme à deux vitesses lors de la reprise, comme s'en inquiète Marc Madiot.

"Aujourd’hui, en Europe, les Latins sont à l’arrêt alors, qu’au Nord, il n’y a pas de restrictions. Par exemple, mon coureur suédois Tobias Ludvingsson peut s’entraîner sans problème. Idem pour les coureurs colombiens qui sont rentrés chez eux et qui peuvent aligner les kilomètres en altitude. Ils ont un avantage énorme sur nous", explique le directeur sportif français. "Il faut que le ministère trouve très vite une solution pour permettre à nos athlètes de s’entraîner sinon on ne sera pas au niveau."

Ayant donc réfléchi à une hypothèse de reprise rapide de l'entraînement en extérieur, l'UNCP a fait des propositions au ministère des Sports. "Nous souhaitons qu’après la deuxième quinzaine de confinement, c’est-à-dire après le 15 avril, les coureurs puissent, sur dérogation et avec une attestation de leur employeur, retourner travailler. Cela se ferait seul, en extérieur, pourquoi pas seulement une heure ou deux", explique le syndicat des coureurs professionnels.

L'essor du e-sport cycliste

"Nous n’avons plus aucune visibilité sur le calendrier et nous n’aurons rien avant la fin du mois de mai, déplore Marc Madiot. "On essaie de compenser par du home trainer (une machine d'entraînement sur lequel on fixe son vélo et on s'entraîne en statique, NDLR), de l’entretien physique. Mais ce n’est que du court terme. On peut tenir quinze jours, pas plus. Ce n’est pas comme ça qu’on prépare le Tour de France même si la situation sanitaire de notre pays et la santé de toutes et tous restent plus importants."

Le 'home trainer' reste tout de même l'outil privilégié par les coureurs pour tenter de conserver leurs jambes. Ces dernières années ont vu l'émergence et la démocratisation des modèles connectés qui communiquent, au moyen de capteurs de puissance, avec des logiciels pour simuler une course cycliste sur un écran relié au dispositif. Les 'home trainers' connectés simulent même les pentes pour toujours plus de réalisme.

Depuis le début du confinement, les ventes de ces types de 'home trainer' se sont envolées et les plateformes de simulation ont vu leurs chiffres exploser : celle du leader actuel du marché, Zwift, a notamment battu son record de fréquentation à plusieurs reprises durant la pandémie. En attendant de retrouver le bitume, les deux jeunes espoirs de la formation de Marc Madiot, Valentin Madouas et David Gaudu, passent des heures à s'entraîner et se défier dessus.

"Toute initiative pour stimuler les coureurs dans la période actuelle, je prends. Pourquoi pas ?", tranche Marc Madiot. "Dans la situation où nous sommes, il ne faut rien s’interdire. Il ne s’agit pas de remplacer la vraie course. Sur ce type de vélo, on n’a pas les mêmes sensations, de vitesse, d’équilibre, de placement que dans un peloton", nuance le manager de l'équipe Groupama-FDJ.

Conscient de l'opportunité unique qu'offre le confinement, les plateformes rivalisent de tentatives pour tailler des croupières à Zwift. Road Grand Tours (RGT Cycling), un concurrent, offre gratuitement ses services durant la durée du confinement alors que Zwift a maintenu son système d'abonnement mensuel.

Des courses jouées en virtuel

D'autres misent sur les interactions avec les coureurs professionnels. Avec l'annulation du Tour des Flandres, un des cinq "Monuments" de la saison cycliste, la plateforme Bkool a convaincu 13 coureurs professionnels de jouer virtuellement les 32 derniers kilomètres du tracé du "Ronde". Et c'est le Belge Greg Van Avermaet, qui a remporté l'épreuve virtuelle, alors que la victoire réelle lui échappe depuis des années.

Le Tour de Suisse, qui a traditionnellement lieu en juin, a lui décidé de déplacer l'épreuve dans le monde virtuel. La course se déroulera du 22 au 26 avril et réunira 19 équipes professionnelles de trois coureurs sur la plateforme Rouvy, partenaire de l'épreuve.

Le 1er avril, un site spécialisé avait plaisanté en affirmant que le Tour de France se déroulerait finalement sur simulateur. Un scénario extrême qui – fort heureusement pour la beauté du sport — n'aura pas lieu.

 

 

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