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Blé, riz, maïs... Le Covid-19 accentue les tensions sur le marché des céréales

Sécheresse et canicule font flamber le blé et les céréales sur les marchés mondiaux des matières premières agricoles cet été
Sécheresse et canicule font flamber le blé et les céréales sur les marchés mondiaux des matières premières agricoles cet été AFP/Archives

Tandis que les principaux producteurs de blé annoncent des récoltes en baisse, le coronavirus ralentit les chaînes asiatiques de logistique et de transport du riz. De quoi faire craindre chez les pays importateurs de céréales une hausse des prix, au moment même où leurs ressources financières se dégradent.

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Associée au changement climatique, la crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus menace-t-elle la sécurité alimentaire mondiale ? Aujourd’hui, les feux sont à l’orange pour le blé. Afin qu’ils ne passent pas au rouge, il faut espérer la pluie dans les prochaines semaines. Notamment dans le bassin de la mer Noire, l’un des greniers européens de blé.

"Pas de panique pour l’heure", rassure Michel Portier, PDG d’Agritel, un cabinet international expert en stratégie agricole. "Mais il faut rester vigilant, car si les pluies ne tombent pas dans cette région, les marchés risquent de se crisper fortement. "

Des prévisions peu optimistes

Les prévisions pour la prochaine récolte 2020/21 ne poussent guère à l’optimisme. Sur les huit premiers exportateurs de blé (Argentine, Kazakhstan, Ukraine, Australie, Canada, Russie, États-Unis, Union européenne), tous annoncent une production en baisse de 10 millions de tonnes au total.

La Russie, elle, prévoit de voir la sienne augmenter du même montant, ce qui signifie que la récolte mondiale pour 2020/21 devrait être quasi-équivalente à celle de l’an dernier. Encore faut-il que la météo soit généreuse en pluie avec le pays de Vladimir Poutine. Et qu'il accepte de partager sa récolte avec les pays étrangers. Un sujet brûlant sur lequel certains dirigeants politiques soufflent le chaud et le froid.  

Des restrictions à l’exportation

Face à la crise du coronavirus, le chef de l'État russe a en effet annoncé, le 18 mars, que son pays pourrait limiter l’exportation de certains produits alimentaires, et notamment du blé.

Deux semaines plus tard, le Kazakhstan et l’Ukraine s’associaient à Moscou pour mettre en place des mesures de restriction des exportations. Toutefois, ces dernières ont eu un impact limité : les cours du blé  n’ont augmenté que de 5 % à 8 % ces dernières semaines, jusqu’à ces derniers jours, où les prix s’orientaient à la hausse : le 15 avril, la tonne de blé à Paris s’adjugeait à 200 dollars - un record depuis 2018.

Dans le même temps, les prix du maïs, de l’huile de palme, du colza et du soja chutaient de près de 10 %. La raison : ces matières premières agricoles utilisées dans la fabrication de l’éthanol ou du biodiesel ont été entraînées par le plongeon des prix du pétrole.

Inquiétudes au Maroc

Certaines régions pourraient être plus touchées que d'autres. Une note confidentielle du cabinet Agritel alerte sur les difficultés à venir au Maghreb. "Dans cette région, les récoltes ne s’annoncent pas bonnes", note Michel Portier. D’où les précautions prises par l’Algérie qui ne cesse d’importer les précieux grains indispensables à l’alimentation de ses citoyens.

Les inquiétudes des analystes d’Agritel se concentrent sur le Maroc. Après avoir atteint une production de 5,6 millions de tonnes pour le blé tendre et 2,4 millions de tonnes pour le blé dur en 2015/16, la production pourrait chuter cette année respectivement à 2,1 et 0,8 en raison de problèmes climatiques (absence de pluie et fortes chaleurs). Les stocks, légèrement supérieur à 3 millions de tonnes, sont au plus bas depuis 2013/14.

Résultat : le 1er avril, Rabat a suspendu les droits de douane à l’importation sur le blé dur, mais aussi sur les lentilles, les pois chiches, les fèves et haricots secs. Entre avril et octobre 2019, les droits sur le blé importé étaient de 140 %. Un retournement de situation lourd de conséquences.

"Le marché local va rapidement manquer de blé tendre pour la minoterie industrielle", peut-on lire dans la note confidentielle d’Agritel. Estimées à 6 millions de tonnes cette année, les importations marocaines de blé pourraient atteindre des records. "Sur le plan international, remarque Sébastien Abis, directeur du club Demeter consacré aux questions agricoles, cette crise sanitaire devrait augmenter les difficultés alimentaires pour les pays les plus vulnérables."

Un riz impacté par le coronavirus, mais pas de crise de l’offre

Coté riz, la tension est redescendue d’un cran. Le gouvernement vietnamien a finalement décidé le 7 avril dernier de rouvrir ses exportations, après avoir annoncé le 26 mars qu’il les fermait jusqu’à fin mai. Il autorise un quota de 800—000 tonnes à l’exportation en avril et mai, soit 40 % de moins que l'année dernière. "Le gouvernement vietnamien voulait juste faire un point sur ses stocks, afin de s’assurer qu’ils répondaient à sa demande intérieure", explique Patricio Mendez Del Villar, expert au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Les craintes viennent également d’Inde, premier exportateur mondial de riz. Depuis le 24 mars, date d’entrée en vigueur du confinement, le pays voit ses rizeries tourner au ralenti, faute de main d’œuvre. La logistique et le transport sont également touchés par la crise sanitaire, rendant difficiles la transformation du riz paddy et son acheminement vers les ports.

Bien décidé à éviter que l’Inde se retrouve, comme en 2008, avec des stocks qui se dégradent et perdent de la valeur sur le marché international, le Premier ministre Narendra Modi a appelé les États de la fédération à accélérer le retour à la normale. D’autant plus que la récolte de riz a été excellente cette année : le pays a produit 117 millions de tonnes de riz en 2020, pour une consommation annuelle intérieure de 100 millions, soit une capacité de 17 millions de tonnes pour les ventes à l’étranger, contre 10 millions l’année dernière.

Inflation des cours au Sénégal et en Côte d'Ivoire

Le ralentissement des exportations de l’Inde et du Vietnam n’est pas dû à un problème d’offre, comme en 2009, mais à une désorganisation causée par la crise sanitaire mondiale. Pour autant, son impact sur les cours est important. Il y a quelques jours, le riz thaïlandais flirtait dangereusement avec les 580 dollars la tonne, soit une augmentation de 30 % depuis janvier 2020.

Un prix inquiétant, notamment pour les pays africains. "Les stocks du Sénégal et de la Côte-d’Ivoire ne devraient pas dépasser deux mois, estime Patricio Mendez Del Villar, et on note déjà au Sénégal une augmentation de 7% des prix sur les marchés locaux ces derniers jours, contre 2 à 3 % habituellement à cette période."

Une nouvelle arme diplomatique pour la Chine

Quant à la Chine, elle dispose de 60 % des stocks de riz mondiaux, soit 100 millions de tonnes. Contrairement à la crise alimentaire de 2009, dans laquelle elle n’avait joué aucun rôle, elle dispose désormais d’une véritable arme alimentaire.

"Cette arme, elle va sans doute la mettre au service de sa diplomatie, notamment en Afrique", prévoit l’expert du Cirad. Et d’ajouter : "La pandémie révèle le rôle de la Chine en tant que régulateur mondial du marché du riz." Un comble, quand on sait que le pays, pour nourrir sa population, continue d’importer en quantité importante du riz à bas prix, tout en garantissant une rémunération correcte et attractive à ses propres producteurs.

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