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Les ambulanciers privés, "grands oubliés" de la crise sanitaire

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Lyon (AFP)

En pleine crise sanitaire, l'activité des 55.000 ambulanciers privés a chuté de 50% à 90%. Un apparent paradoxe mais le report des opérations non urgentes et des soins programmés a vidé leurs carnets de commandes. Et la profession se sent "oubliée".

A cette situation qui fait craindre de nombreuses faillites, s'ajoute pour beaucoup un sous-équipement en matériel de protection pour le transport des patients "Covid-19" ou suspectés d'être porteurs du virus.

"Pour répondre aux besoins, on nous a demandé de maintenir un minimum d'activité, malgré une chute de 80% des transports programmés. On a répondu présents mais nous sommes peu sollicités. On est les grands oubliés de la crise sanitaire", déplore auprès de l'AFP Philippe Lauriot, président de la Fédération nationale des ambulanciers privés (FNAP).

"La situation est catastrophique", renchérit Jean-Claude Maksymiuk, président de la Fédération nationale des transports sanitaires (FNTS).

"Personne ne parle de nous. On ne se demande pas comment les malades du Covid-19 arrivent à l’hôpital !", regrette-t-il. "On applaudit à juste titre les soignants mais, nous, rien, on se sent abandonnés".

Emmanuel Macron a néanmoins salué leur profession, parmi d'autres, dans son allocution lundi soir.

Près de Lyon, Yannick Patin, des Ambulances de l'Horloge de Tassin-la-Demi-Lune, redoute "une baisse d'au moins 50% de son chiffre d'affaires en avril".

Les transports programmés (dialyse, chimiothérapie, radiothérapie, rééducation, hospitalisations et sorties d’hôpital...) "représentent 80% de notre chiffre d'affaires. La plupart sont annulés, en dehors des dialyses et de certaines chimios", explique l'ambulancier qui a mis ses cinq salariés au chômage partiel.

D'habitude, dit-il, "on a 8 à 12 ou 15 transports quotidiens avec nos deux ambulances. Aujourd'hui, c'est 3 ou 4 maximum, et encore ça dépend des jours. Le week-end dernier, aucun appel, alors que d'ordinaire on travaille beaucoup", déplore-t-il.

"Des masques ont été distribués il y a une dizaine de jours: une boîte de 50 par société et par semaine. Avant, c'était le système D. On en équipe les ambulanciers et les patients quand ils n'en ont pas".

Il s'est aussi débrouillé pour récupérer des blouses, combinaisons, gants et lunettes.

-"Ca va dévisser !"-

Pour les urgences, selon la gravité des cas, le Samu envoie un véhicule de réanimation, les pompiers ou une ambulance privée. "Théoriquement, les ambulances interviennent au domicile, les pompiers sur la voie publique. Mais ces derniers sont souvent sollicités chez le patient".

Et certains ambulanciers évoquent une "guerre entre blancs et rouges" (entre ambulances et pompiers).

Placés sous la double tutelle des ministères des Transports et de la Santé, les ambulanciers privés regrettent d'être souvent vus comme de simples "transporteurs" alors qu'ils réalisent massages cardiaques, administration d'oxygène, pose d'attelles...

Ne relevant pas juridiquement des personnels de santé, ils ne sont pas prioritaires pour les masques FFP2 et, s'ils sont contaminés par le Covid, cela n'est pas considéré comme une maladie professionnelle.

Certains ont fait valoir leur droit de retrait pour défaut de sécurité.

"Pas dans mon entreprise", souligne M. Patin, plaidant par ailleurs pour une "annulation des charges", Urssaf et autres. "Les décaler, c'est reculer pour mieux sauter".

Côté protections contre le coronavirus, "c'est scandale à tous les étages", estime pour sa part M. Lauriot, "même si cela dépend des régions".

Ce responsable dénonce par ailleurs la concurrence des "bénévoles, Croix Rouge, sécurité civile, qui transportent aujourd'hui des patients, avec la bénédiction de l’État".

Avec les pertes abyssales en vue, "le secteur va connaître beaucoup de défaillances d'entreprises. Les petites seront les premières à morfler. Ca va dévisser !", se désole-t-il.

Le secteur, très morcelé, comprend 5.500 entreprises, la plupart familiales avec une dizaine d'employés maximum, et 55.000 salariés. Il existe aussi de gros acteurs comme Keolis Santé (groupe SNCF) ou Transdev.

Selon une enquête de la FNAP réalisée auprès de 600 entreprises, 96,3% d'entre elles connaissant une chute d'activité, 471 sont en arrêt partiel et 30 en arrêt total.

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