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France : face au Covid-19, médecins et soignants étrangers demandent leur intégration

Des soignants dans une unité de soins intensifs Covid à l'hôpital Franco-Britannique de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 15 avril 2020.
Des soignants dans une unité de soins intensifs Covid à l'hôpital Franco-Britannique de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 15 avril 2020. © Benoit Tessier, Reuters

Dans les hôpitaux français, entre 4 000 et 5 000 médecins et soignants étrangers travaillent avec un statut particulier, et se retrouvent souvent en première ligne face à l’épidémie de coronavirus. Ils espèrent que leur mobilisation leur permettra d'accélérer leur intégration "pleine et entière" au système médical français et de sortir de la précarité.

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C'était le 6 avril 2020, mais presque deux semaines après, le docteur Nefissa Lakhdara s'en souvient comme si c'était hier. La gynécologue obstétricienne algérienne réalise une césarienne sur une patiente atteinte du Covid-19 à la maternité du l'hôpital du sud francilien à Évry. Autour d'elle, toute l'équipe est constituée de soignants qui ont obtenu leurs diplômes à l’étranger.

"Les internes, le pédiatre, le réanimateur… C'était tous des Padhue", confie t-elle à France 24, en utilisant l'acronyme pour désigner les praticiens hospitaliers qui ont obtenus leur diplôme hors de l'Union européenne [Praticiens à diplôme hors Union Européenne].

Entre 4 000 et 5 000 praticiens sont actuellement dans cette situation qui leur permet d'exercer dans les hôpitaux français avec des contraintes et un statut subalterne. La plupart sont originaires de pays francophones du Maghreb et d'Afrique subsaharienne.

Ces soignants ont obtenu un diplôme de médecin, chirurgien, pharmacien, etc ; mais pour être pleinement intégrés, ils doivent repasser un concours ultra-sélectif visant à contrôler leurs connaissances, puis ils doivent travailler au moins trois ans sous un statut précaire, et moins bien payé, pour atteindre une titularisation en bonne et due forme.

"Les Padhue sont particulièrement présents dans les services d'urgences, de gériatrie, de réanimation, d'anesthésie, de gynécologie-obstétrique, car ce sont des domaines particulièrement pénibles avec des gardes très longues […]. Sans les Padhue, ces services critiques pour faire face au Covid-19 n'auraient pas pu fonctionner en période de pandémie", ajoute le docteur Lakhdara.

La mobilisation générale des personnels hospitaliers contre l'épidémie de coronavirus a remis sur le devant de la scène ces professionnels qui doivent subir de longues années de précarité avant d'être pleinement intégrés. Les Padhue font pourtant un travail similaire à  celui de leurs homologues diplômés en France ou dans l’Union européenne. Ils prennent notamment les mêmes risques face à l'épidémie de Covid-19.

Le site du Syndicat national des Padhue (SNPADHUE) rappelle ainsi que le premier soignant français mort dans la lutte contre le Covid-19, le docteur Jean-Jacques Razafindranazy, était un ancien Padhue. L'urgentiste d'origine malgache, âgé de 67 ans, avait repris la blouse à l'hôpital de Compiègne pour prêter main forte pendant l'épidémie. Il est décédé le 21 mars 2020 après avoir été infecté par le coronavirus.

Mêmes risques, même statut

Une lettre ouverte au Premier ministre ainsi qu'une pétition ont été publiées début avril pour demander l'intégration "pleine et entière" des médecins à diplôme étranger qui luttent contre la pandémie.

Ces derniers "méritent la reconnaissance de la République pour leur engagement en première ligne, alors que leur salaire est souvent dérisoire par rapport à ceux de leurs collègues, et qu'ils risquent de retourner à la précarité et à l'incertitude sur leur avenir en France une fois la crise surmontée. Ils sont à nos côtés dans une période où tous les soignants risquent leur vie tous les jours au service de notre pays", souligne la lettre ouverte.

L'un des premiers signataires de la lettre, Mathias Wargon, chef de service des urgences du centre hospitalier de Saint-Denis urgences, a expliqué au micro de RTL qu'il y avait deux types de médecins étrangers. Les "stagiaires associés qui sont des internes, mais en réalité sont des médecins dans leurs pays d'origine", gagnent 1 500 euros en moyenne. Les "praticiens associés",  dont certains ont passé le contrôle de connaissances, sont quant à eux payés entre "2 000 et 2 600 euros", contre 5 800 en moyenne pour un médecin hospitalier français, selon RTL.

Cette pétition, qui avait été signée par 35 000 personnes au 17 avril, intervient alors que la nouvelle loi santé prévoit de remplacer l'examen couperet par une sélection sur dossier, qui prendrait en compte le diplôme initial et le parcours professionnel – actes médicaux déjà réalisés, appréciations des chefs de service, etc. Le décret d'application n'a cependant toujours pas été publié.

Un véritable parcours du combattant

Ces changements administratifs auraient un impact important sur la vie quotidienne des Padhue. La titularisation s'apparente en effet à un véritable parcours du combattant, explique Duya Bamonpassy, qui est médecin, originaire de République du Congo et travaille aux urgences pédiatriques de l'hôpital de Soissons [dans les Hauts-de-France].

"J'ai passé mon diplôme de médecin généraliste à Sétif [Algérie] et ma spécialité de pédiatre à Dakar [Sénégal], mais on me demande de passer un concours sur des notions théoriques où il y a 300 candidats pour 10 places. C'est difficile de se préparer quand on fait des gardes de 24 heures à l'hôpital. Je ne compte pas les heures dans mon travail et, à côté, je suis une femme seule qui doit s'occuper de ses deux jeunes enfants", explique le docteur Bamonpassy .

A l'hôpital, elle côtoie des soignants camerounais, tunisiens, algériens et de République démocratique du Congo dans la même situation qu'elle. Tous espèrent sortir de ce statut qui les poussent à enchaîner des contrats sous-payés de courte durée, alors que leurs compétences sont très demandées.

"Une fois titularisée, je pourrais prendre des consultations externes et aider à désengorger le système. Ici, à Soissons, les gens attendent parfois trois ou quatre mois pour une consultation en pédiatrie", ajoute Duya Bamonpassy.

Le combat de ces praticiens précaires est soutenu par de nombreux médecins français, ainsi que d'anciens Padhue, qui ont fini par être pleinement titularisés.

"J'ai vécu ce qu'ils ont vécu et c'est une véritable injustice", explique le docteur Widad Abdi, que nous avions rencontrée au service de réanimation monté dans l'urgence à la clinique de l'Estrée à Stains [Seine-Saint-Denis]. La médecin anesthésiste-réanimateur, qui a été titularisée en 2011, est désormais secrétaire-général du SNPADHUE, pour soutenir leurs revendications.

"Mon métier n'a pas changé quand j'ai été titularisée, mais c'est une reconnaissance de l'investissement et du travail effectué […]. C'est comme sortir en plein jour, passer de l'illégalité à la légalité."

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