Accéder au contenu principal

Covid-19 : les anti-confinement, la nouvelle arme de campagne de Donald Trump

Des manifestants contre les mesures de confinement devant le Capitol à Olympia, la capitale de l'État de Washington.
Des manifestants contre les mesures de confinement devant le Capitol à Olympia, la capitale de l'État de Washington. REUTERS - Lindsey Wasson

Les manifestations contre les mesures de confinement dans plusieurs États américains rappellent les débuts du mouvement libertarien et de droite radicale Tea-Party des années 2010. Elles présentent aussi une opportunité politique pour le président Donald Trump, toujours très critiqué pour sa gestion de la crise du Covid-19.

Publicité

Ils étaient plus de 2 500 à Olympia, capitale de l’État de Washington, et des centaines à Denver, dans le Colorado, dimanche 19 avril. Comme dans le Michigan, l’Ohio, le Minnesota ou encore le Kentucky les jours précédents, ces manifestants ont bravé les interdictions de se rassembler pour protester contre les mesures de confinement mises en place dans ces États pour lutter contre la propagation du Covid-19.

Ces activistes ont été dépeints, tour à tour, comme l’avant-garde d’un nouveau Tea-party — ce mouvement libertarien anti-Obama du début des années 2010 — au temps du coronavirus ou comme des pions dans la stratégie de Donald Trump pour assurer sa réélection. Le président américain s’est, en effet, empressé de soutenir ces manifestations par une série de tweets appelant à “libérer” ces États du joug supposé de gouverneurs, souvent démocrates, qui s’opposeraient à un retour à la vie normale.

Individualisme forcené

Mais ces manifestations n’ont pas “une dimension politicienne à l’origine”, affirme Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis à l’université Paris 2 et auteur de “Rien ne sera plus comme avant : l’Amérique au temps du coronavirus” (aux éditions V.A. Press), contacté par France 24. Selon lui, il ne s’agirait pas d’un mouvement partisan, lancé pour défendre un Donald Trump critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire.

“C’est fondamentalement une question constitutionnelle : ces manifestations renvoient au rapport des Américains au confinement et illustrent la réticence de certains à abandonner leur liberté d’aller et venir pour protéger les plus fragiles, ceux qui sont les plus menacés par la propagation du virus“, assure le chercheur français. D’après lui, ces rassemblements sont une manifestation de l’individualisme forcenée d’une partie des Américains. 

Au Kansas, un tribunal a ainsi jugé illégale, samedi, la décision du gouverneur de l’État d’interdire les rassemblements de plus de dix personnes dans les lieux de culte au motif que cette restriction contrevenait à la liberté religieuse de chacun.

En ce sens, la multiplication des manifestations contre les mesures de confinement rappelle les débuts du Tea Party. “Il y a le même ADN dans les deux mouvements”, confirme au site Vox Adam Brandon, un libertarien qui a participé à l’éclosion du Tea Party au début des années 2010. À l’époque aussi, ces activistes manifestaient contre ce qu’ils percevaient comme des entraves gouvernementales à leurs libertés fondamentales. Les partisans du Tea Party avaient ainsi érigé l’Obamacare comme le symbole de l’État empiétant sur leurs libertés individuelles, en cherchant à leur imposer un mode d’assurance santé.

Mais le mouvement actuel anti-confinement n’a pas été comme le Tea Party, financé dès l’origine par de riches soutiens du parti conservateur, tels que les frères Koch qui en ont fait une arme anti-Obama. “Au début, les manifestations n’étaient pas pro-Trump, il se trouve simplement que la plupart des personnes qui y participent appartiennent aussi à l’électorat de base du président”, note Jean-Éric Branaa.

Opération récupération tous azimuts

Tout a changé avec le rassemblement dans le Michigan, mercredi 15 avril, où les pancartes pro-Trump étaient omniprésentes. De par son ampleur, la manifestation, qui a mobilisé plusieurs milliers de personnes, a propulsé le mouvement anti-confinement sur le devant de la scène médiatique. Mais cette fois-ci, des alliés de Donald Trump étaient à la manœuvre. L’organisation de cette action a été en partie financée par le Michigan Freedom Fund, une organisation proche de Betsy DeVos, la secrétaire à l’Éducation de Donald Trump. Le rassemblement a aussi été soutenu par le Michigan Conservative Coalition qui opère également sous le nom de Michigan Trump Republicans pour organiser des événements en l’honneur du président, a découvert le quotidien britannique The Guardian.

Rebelote en Idaho deux jours plus tard, où la manifestation a été soutenue par l’Idaho Freedom Foundation, une organisation libertarienne liée à l’empire financier des frères Koch. Entre-temps les médias favorables à Donald Trump, à commencer par Fox News, ont déroulé le tapis rouge aux soutiens de ce mouvement anti-confinement.

Enfin, le président lui-même a porté le message de ces protestataires par trois tweets appelant à “libérer” le Michigan, la Virginie et le Minnesota. Quatre jours plus tôt, il avait déjà signalé son intention de surfer sur la vague de ce mécontentement naissant en tweetant qu'un de ses films préférés était “les révoltés du Bounty”, une œuvre de 1962 qui narre l’histoire d’une mutinerie sur le navire Bounty contre un capitaine trop strict et cruel. “C’était une manière pour Donald Trump de donner son assentiment aux militants anti-confinement pour manifester”, note Jean-Éric Branaa.

Cette récupération politique par le camp pro-Trump du mouvement anti-confinement n’a pas échappé aux gouverneurs des États concernés par ces manifestations. “De mon vivant, je n’ai jamais assisté au spectacle d’un président américain qui encourage des individus à violer des mesures de confinement qui sont des lois des États”, s’est emporté Jay Inslee, gouverneur démocrate de l’État de Washington. Plusieurs juristes ont aussi émis des doutes sur la légalité de ces injonctions  à "libérer" des États qui pourraient très bien être pris pour des appels à renverser des gouverneurs démocratiquement élus.

“Il est clair que Donald Trump a décidé de souffler sur ces braises”, analyse Jean-Éric Branaa. Pour lui, le président tente d’utiliser les manifestants comme un atout dans son bras de fer contre les gouverneurs, qu’il cherche à faire passer pour les véritables responsables de la crise économique engendrée par le coronavirus. “Il se présente comme celui qui veut libérer le pays en le remettant au travail, tandis que les gouverneurs l’en empêchent”, résume le politologue.

C’est, en réalité, le grand retour du Donald Trump de la campagne de 2016, qui se présentait comme le candidat des petites gens contre l’establishment. Pour Jean-Éric Branaa, la récupération politique du mouvement anti-confinement “marque la fin de phase de gestion sanitaire de la crise par la Maison Blanche et le début de l’exploitation politicienne de la situation”. Avec l’élection de novembre 2020 en ligne de mire.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.