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Etats-Unis: Pour les soignants guéris, la peur du coronavirus demeure

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Washington (AFP)

Après trois semaines en quarantaine, Justin Jara retourne mardi au travail dans son hôpital de l'agglomération américaine de Detroit, mais il ne croit pas vraiment le test selon lequel il a des anticorps contre le nouveau coronavirus.

"J'ai peur de reprendre le travail", dit-il à l'AFP. "Un médecin m'a dit que j'étais immunisé, mais ce n'est pas encore prouvé scientifiquement".

Comme Justin, infirmier de 26 ans, des dizaines de milliers de soignants aux Etats-Unis et dans le monde, contaminés par le virus responsable du Covid-19 et rétablis, ignorent ce qu'ils risquent encore. Rien qu'aux Etats-Unis, au moins 9.000 soignants font partie des cas confirmés.

Ils ignorent leur niveau de risque, car le virus, Sars-Cov-2, qui reste sans traitement prouvé et sans vaccin, garde ses mystères: Causera-t-il des séquelles à long terme sur les poumons, voire les reins et d'autres organes? Peut-on être réinfecté? Et en cas d'immunité, durera-t-elle une saison comme pour le rhume, ou pour la vie comme pour la rougeole?

Les soignants n'ont pas l'option du télétravail. Ils sont attendus sur le front: de retour à l'endroit même où ils été contaminés.

Justin est tombé malade fin mars, à une époque, qui paraît si ancienne maintenant, où les infirmiers de son unité ne portaient pas de masques, car en théorie, elle était "propre", sans "corona". Mais un patient, malgré un test négatif, était en fait infecté.

Justin s'en est sorti avec de fortes fièvres, des douleurs musculaires et le souffle court.

Il retrouvera mardi un hôpital chamboulé: les 35 lits de son unité sont désormais 100% Covid. Justin a dû apprendre, en ligne, à manier les nouvelles machines à oxygène omniprésentes. Une nouvelle règle impose que les infirmiers ne rentrent dans les chambres que quelques fois par jour, sauf urgence, afin de limiter le risque de contagion.

Et l'attirail de protection est absolument obligatoire: masques, visière, blouses, gants.

"Je vais faire très attention pour ne pas être réinfecté", dit Justin.

- Protéger ses proches -

Plus d'un mois après sa contamination, Richard Whelan, chirurgien colorectal de 63 ans à New York, n'a pas de preuve qu'il a les anticorps, car contrairement à Detroit, les tests ne sont pas encore largement disponibles dans la métropole. Son Covid l'a cloué au lit 12 jours, Richard était "terrassé".

Son hôpital, Lenox Hill, a annulé les opérations non urgentes et le médecin prête main forte dans une unité de 24 lits Covid. Il y porte, comme tout le monde, masques et blouses.

"Je ne veux pas contaminer ma femme et ma fille", dit le docteur.

L'incertitude concerne aussi sa propre récupération. "Je ne veux pas encore donner mon plasma sanguin car j'en ai besoin, j'ai besoin de mes anticorps pour me protéger", explique le sexagénaire à l'AFP, alors que New York organise la collecte de plasmas de gens guéris dans l'espoir qu'ils dopent des malades.

De l'autre côte du continent, à Seattle, où l'épidémie a commencé tôt, Terry West, infirmière aux urgences d'un petit hôpital, reconnaît un certain "soulagement" d'avoir fait partie de la première vague et d'avoir survécu. Elle a repris le 5 avril.

Mais quelle tranquillité d'esprit, quand son mari, passé par un cancer des poumons, reste vulnérable?

"Je continue à mettre blouse, masques et gants. Je ne veux pas tenter le diable", dit l'infirmière, 55 ans, qui n'a eu que des symptômes modérés.

Même si le risque est considéré comme faible, elle ne veut pas ramener de particules virales sur ses vêtements ou ses cheveux.

Terry n'a donc pas moins la peur au ventre que ses collègues non infectées.

L'infirmière tente quand même un peu le diable: elle se porte régulièrement volontaire pour entrer dans les chambres des patients les plus risqués, ceux qui sont aidés par un type de machines à oxygène qui relâchent dans la pièce l'air expiré (et souillé).

Si les collègues "ont des enfants ou une personne âgée à la maison, je veux bien y aller à leur place", dit Terry.

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