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Grippé par le Covid-19, le secteur viticole français craint pour son avenir

L'inquiétude est grande pour les viticulteurs français.
L'inquiétude est grande pour les viticulteurs français. © Sébastien Bozon, AFP

La filière viticole, la seconde de la balance commerciale hexagonale avec les spiritueux, est particulièrement fragilisée par la crise du coronavirus et les conséquences du confinement. Au point, selon Jean-Marie Fabre, président des Vignerons indépendants de France, de mettre en danger la pérennité de certaines exploitations.

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Exportations en chute libre, circuits de commercialisation paralysés, salons vinicoles annulés, ventes en recul... Le secteur viticole français, qui emploie directement et indirectement jusqu’à 500 000 personnes, est frappé de plein fouet par les conséquences de la pandémie de coronavirus

La crise sanitaire et le confinement ont paralysé ce secteur-clé de l’économie française, qui a produit 4,2 milliards de litres de vin en 2019, soit 17 % de la production mondiale, et qui avait enregistré un chiffre d’affaires à l’export record l'année dernière (près de 13 milliards d’euros avec les spiritueux). Et ce, malgré un contexte international difficile, dû à la taxe imposée par le président américain Donald Trump sur les vins français et aux incertitudes liées au Brexit.

Tout en saluant le soutien du gouvernement, qui a engagé d’importants moyens pour soutenir l’économie française, et l’annonce, samedi 18 avril, du ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, de sa volonté de mettre en place un "plan spécifique" pour aider le secteur viticole, la filière craint pour son avenir.

“Le secteur est réellement en danger”

“Depuis le confinement, nos entreprises présentes sur tout le territoire viticole français ont observé sur les quinze derniers jours du mois de mars entre 50 et 70 % de perte de chiffre d’affaires, et, selon les projections, autour de 80 à 90 %, voire plus sur certaines entreprises pour le mois d’avril, et certainement le mois de mai”, déplore Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants de France.

“Le secteur viticole est réellement en danger, notamment pour les TPE et PME artisanales, qui représentent 56 % de la production française et dont la pérennité est menacée”, confie à France 24 le dirigeant syndical, lui-même vigneron à Fitou, en Occitanie. 

Jean-Marie Fabre rappelle que la crise du coronavirus est apparue alors que la filière, la seconde de la balance commerciale française et qui génère entre 55 et 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, a commencé à être affectée à partir du mois d’octobre par l’application d’une forte taxe américaine sur les produits viticoles français à l’entrée sur le territoire des États-Unis.

“Ensuite, notre activité commerciale a énormément souffert de la fermeture des marchés asiatiques, opérée dès le début du mois janvier, en raison de la progression de l’épidémie de Covid-19 en Chine. Elle a même été quasi-nulle, voire nulle”.

L'Asie est une zone importante pour la viticulture française, notamment en termes de développement et de croissance sur le marché chinois. En y ajoutant le Japon, la Corée du Sud et Singapour, cette zone équivaut, selon Jean-Marie Fabre, au premier secteur commercial pour le vin français. En particulier celui des vignerons indépendants, à la tête de TPE et PME qui commercialisent des vins à forte valeur ajoutée.

“Et enfin, des pans entiers de notre activité commerciale sont arrêtés depuis le 17 mars, en raison du confinement en France et dans la zone euro. Cela a provoqué l’arrêt de la commercialisation et la paralysie de secteurs stratégiques pour la consommation, comme la restauration, les bars et l’activité dans les zones touristiques”, ajoute-t-il.

“Double peine”

Une paralysie généralisée qui a affecté l’ensemble des acteurs de la filière. “L’alerte est générale parce que la situation de nos entreprises, qui sont d’ailleurs de gros employeurs de main d’œuvre, est la même partout sur l’ensemble du territoire, que l’on soit à Bordeaux, en Occitanie ou dans la vallée du Rhône, poursuit Jean-Marie Fabre. Le coronavirus a plus affecté de manière sanitaire certaines régions, comme celle de nos collègues dans le Grand Est, mais finalement, que je sois malade ou pas, que je sois vigneron en Alsace ou en Champagne, les enjeux restent les mêmes”.

D’autant plus que les viticulteurs, dont certains partagent sur les réseaux sociaux leur quotidien en cette période de crise avec le hashtag "#lavignecontinue", doivent continuer à travailler pour entretenir leur vignoble en vue des vendanges de septembre, sans pouvoir vivre de leur travail. Certains parviennent à résister grâce aux réseaux de la grande distribution qui continuent à fonctionner presque normalement en France et en Europe, ou profitent de quelques ventes en ligne.

“Contrairement à certains secteurs, le monde viticole a dû maintenir ses salariés, l’activité au vignoble n’ayant pas baissé, bien au contraire surtout au printemps, alors que l’ensemble de nos réseaux de distribution sont arrêtés et que l’impossibilité de commercialiser nos produits nous empêche de tirer des revenus, précise Jean-Marie Fabre. En réalité, il s'agit d’une double peine, car nous ne pouvons pas avoir recours au chômage technique ou partiel sous peine de perdre définitivement l’intégralité de notre production pour 2020, et nous payons donc des charges sans rentrer de trésorerie"

C’est dans ce contexte que des acteurs du monde viticole,  qui est confronté au risque que les chais soient pleins au moment d'accueillir la récolte 2020, ont proposé au gouvernement d’adopter des mesures complémentaires adaptées aux spécificités de leur secteur. 

“Avec les Vignerons indépendants de France, nous avons salué la réactivité et l’écoute des pouvoirs publics qui ont pris de bonnes mesures, mais, vu les spécificités de nos entreprises viticoles, nous avons établi une liste de cinq propositions complémentaires, explique Jean-Marie Fabre. Nous avons notamment demandé que des exonérations de charge patronales et de cotisations sociales des chefs d'exploitations. Nous sommes en discussion avec le gouvernement, afin d'obtenir la mise en place de dispositifs identiques à ceux des secteurs de la restauration, de l’hôtellerie ou encore celui du tourisme, qui nous permettraient bénéficier de ce type d’exonérations”.

Des mesures destinées à sauver les entreprises, et à leur permettre d’envisager une reprise, alors que le déconfinement se profile, et que le Comité national des interprofessions des vins (CNIV) s'attend à une chute des ventes de l'ordre de 40 à 50%.

 

 

 

 

 

 

 

 

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