Covid-19 : la France est "très loin" de l'immunité collective, selon l'Institut Pasteur

Un homme portant un masque est assis sur un poteau avec son chien en laisse, place Vendôme à Paris, le 21 avril 2020.
Un homme portant un masque est assis sur un poteau avec son chien en laisse, place Vendôme à Paris, le 21 avril 2020. © Christophe Archambault, AFP

Moins de 6 % des Français ont été infectés par le coronavirus, selon des estimations publiées mardi par l'Institut Pasteur. Un niveau "très loin" des 70 % de personnes touchées par le Covid-19 qu'il faudrait pour atteindre une immunité collective.

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Environ 3,7 millions de personnes, soit 5,7 % de la population française, devraient avoir été infectés par le Covid-19 à l'horizon du 11 mai, selon des modélisations publiées mardi 21 avril par l'Institut Pasteur. Ce niveau semble très insuffisant pour éviter une deuxième vague épidémique si toutes les mesures étaient intégralement levées après le 11 mai.

La proportion de personnes ayant déjà été contaminées serait plus élevée en Île-de-France (12,3 %) et dans le Grand Est (11,8 %), deux des régions les plus touchées par l'épidémie, précise l'Institut.

"Pour que l'immunité collective soit suffisante pour éviter une deuxième vague, il faudrait 70 % de personnes immunisées. On est très en-dessous", explique l'auteur principal de l'étude, Simon Cauchemez. Par conséquent, "au sortir du confinement, si on veut éviter une deuxième vague importante, des mesures doivent être maintenues", ajoute-t-il.

"Sans traitement, ni vaccin, ni immunité collective..."

Odile Launay, infectiologue à l'hôpital Cochin à Paris, a fait un constat similaire, le 19 avril sur France 24, estimant que l'immunité collective "paraît difficilement possible". La spécialiste des maladies infectieuses a expliqué qu'"avant (d'y) arriver, il (faudrait) qu'on s'attende à un nombre extrêmement élevé de personnes infectées et hospitalisées, ce qui paraît peu faisable".

La perspective d'un rebond de l'épidémie obligera à un "déconfinement" très progressif à partir du 11 mai, a d'ailleurs prévenu dimanche le Premier ministre Édouard Philippe, selon qui les Français ne retrouveront "pas tout de suite et probablement pas avant longtemps" leur "vie d'avant".

"Sans traitement, ni vaccin, ni immunité collective, il y aura forcément une deuxième vague", a assuré Bernard Jomier, médecin et sénateur de Paris, à Public Sénat. "L'enjeu sera de tout faire pour que cette deuxième vague ne soit pas aussi forte que la première".

La faible part de population infectée est due au confinement lui-même

Réalisée par l'Institut Pasteur en collaboration avec l'agence sanitaire Santé publique France et l'Inserm, l'étude se base sur des modélisations mathématiques et statistiques.

Ces outils permettent de croiser les données sur les décès et sur la probabilité de mourir quand on est infecté, afin de parvenir à une estimation de la part de population infectée (5,7 %). C'est encore deux fois moins que ce qu'estimait, le 8 avril sur FranceInfo, Jean-François Delfraissy, président du Comité scientifique Covid-19, pour qui "l'immunité populationnelle" était "de l'ordre de 10 à 15 %."

"L'intervalle d'incertitude est important, entre 3 et 10 %", note Simon Cauchemez. "(Mais) que ce soit 6 %, 10 % ou même 20 %, ça ne change pas vraiment la nature du problème, qui est que dans tous les cas, on sera très loin des 70 % dont on aurait besoin pour pouvoir faire une sortie du confinement sans problème."

La faible part de population infectée est due au confinement lui-même, relève l'étude, selon laquelle "le nombre moyen de personnes infectées par un cas est passé de 3,3" avant le confinement "à 0,5 pendant". Le but du confinement, mesure prise par de nombreux autres pays, était d'empêcher un afflux massif de patients au même moment, qui aurait dépassé les capacités du système hospitalier.

Avec AFP et Reuters

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