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Les soignants étrangers, incontournables du système de santé britannique

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Londres (AFP)

Comme Joan Pons Laplana, infirmier espagnol dans un service de soins intensifs dans le nord de l'Angleterre, nombre de soignants étrangers du service public de santé britannique se retrouvent aujourd'hui en première ligne du combat contre la pandémie de nouveau coronavirus.

Loués pour leur travail acharné ou pleurés lorsqu'ils succombent, les employés étrangers du Service national de santé (NHS) sont, à l'instar de leurs collègues britanniques, applaudis tous les jeudis soirs par la population. Il y a quelques semaines encore, leur avenir était remis en question avec le Brexit, dont la réduction de l'immigration était un thème central.

"Personne ne m'a demandé d'où je viens au cours des dernières semaines", explique Joan Pons Laplana, 45 ans, à l'AFP. "Parfois, les accents les plus difficiles à comprendre sont britanniques", plaisante l'infirmier, qui vit au Royaume-Uni depuis 20 ans et travaille au Sheffield Teaching Hospital (nord de l'Angleterre) aux côtés d'Allemands, d'Italiens, de Portugais, de Philippins, d'Indiens et bien sûr de Britanniques.

Ce mélange cosmopolite est loin d'être inhabituel dans les hôpitaux du Royaume-Uni.

Selon des chiffres publiés en juillet 2019 par le Parlement, plus de 153.000 travailleurs du NHS sont étrangers, sur un total de 1,2 million, représentant 200 nationalités. "Environ 65.000 sont des ressortissants de pays de l'Union européenne - 5,5% du personnel du NHS en Angleterre. Quelque 52.000 sont originaires d'Asie", précise le rapport.

"Le NHS dépend de l'importante contribution" des travailleurs étrangers, souligne Alex Baylis, un responsable du centre de réflexion sur la santé King's Fund. "C'est devenu flagrant ces dernières semaines, alors que les membres du personnel du NHS se plient en quatre pour s'occuper de patients atteints du coronavirus".

- Louanges de Boris Johnson -

Après sa sortie de l'hôpital, où il avait été soigné après avoir été testé positif à la maladie, le Premier ministre conservateur et chantre du Brexit Boris Johnson avait tout particulièrement remercié deux infirmiers: Luis, Portugais et Jenny, Néo-zélandaise.

Le gouvernement britannique a indiqué mercredi que 69 soignants sont à ce jour décédés du coronavirus. Certains sont étrangers, notamment Alice Sarupinda, une infirmière zimbabwéenne, et Jenelyn Carter, une aide-soignante philippine, et nombre d'autres appartiennent à des familles issues de l'immigration.

Depuis le référendum de juin 2016 où les Britanniques ont voté pour la sortie de l'UE, mise en oeuvre fin janvier, plus de 11.600 travailleurs européens du NHS ont quitté le pays, dont 4.783 infirmiers, selon des chiffres publiés en novembre dernier.

"Indépendamment du Brexit, le NHS aura besoin de personnel venant de l'étranger", analyse Alex Baylis, du centre de réflexion King's Fund. "Avec près de 100.000 postes vacants, un recrutement international éthique est la seule option réaliste pour répondre au manque de personnel au sein du NHS pour au moins les cinq prochaines années".

- Changement de politique -

Déjà, la crise sanitaire provoquée par le nouveau coronavirus a amorcé un changement de la politique officielle.

En mars, le ministère de l'Intérieur a annoncé que les visas de 2.800 soignants en première ligne, qui expiraient cette année, seraient prolongés gratuitement pour 12 mois afin de permettre à ceux-ci de "se concentrer sur la lutte contre le coronavirus".

Mais pour l'opposition libérale-démocrate, c'est insuffisant. Elle a appelé cette semaine l'exécutif à "donner à tous les ressortissants étrangers travaillant au NHS (...) un permis de séjour permanent".

Le King's Fund a aussi exhorté le gouvernement à supprimer une taxe de plusieurs centaines de livres dont doivent s'acquitter tous les ans la plupart des étrangers non-européens, dont les soignants, pour accéder aux soins de santé, gratuits, qu'ils contribuent à fournir.

Les travailleurs étrangers du NHS seront-ils mieux lotis une fois passée la pandémie?

Joan Pons Laplana, qui jusqu'au Brexit ne s'était jamais senti étranger au Royaume-Uni, est sceptique: ce soutien "restera pour un moment avant que l'on ne recommence à accuser les migrants de tous les maux".

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