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Virus/Golfe: les travailleurs étrangers premières victimes de la crise

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Abou Dhabi (AFP)

"Je ne sais pas si je dois être heureux ou triste", dit Noureddine, un jeune Indien transféré dans un centre de quarantaine après avoir été infecté par le nouveau coronavirus, comme les neuf autres travailleurs immigrés qui partageaient son dortoir exigu à Abou Dhabi.

L'économie des pays du Golfe riches en pétrole repose entre autres sur cette main d'oeuvre à bas coût, dont beaucoup viennent du Pakistan, Népal, Sri Lanka et d'Inde et dont la plupart sont logés dans des lieux délabrés.

Mais la pandémie de Covid-19 cumulée à la chute des prix du pétrole a paralysé l'économie du Golfe, et beaucoup de travailleurs immigrés, hier indispensables, sont désormais malades ou au chômage, à la merci de leurs employeurs.

Parmi eux, Noureddine a été hospitalisé après avoir été contaminé, puis conduit dans un centre de quarantaine dans l'émirat d'Al-Aïn, à la frontière avec Oman.

Ici, "il n'y a ni internet ni télévision. Mais la situation dans ma chambre était encore pire", dit-il. Il devait alors "partager la salle de bain avec 20 à 30 personnes".

Malgré des mesures drastiques pour enrayer la pandémie, les pays du Golfe accueillant le plus grand nombre d'immigrés --Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Koweït et Qatar-- continuent d'enregistrer une hausse des cas de contamination.

Les étrangers constituaient 70 à 80% des cas sur son sol, selon Ryad.

Pour réduire la contagion, les travailleurs immigrés ont été relogés dans des endroits plus propices à la distanciation sociale et des centres de dépistage ont ouvert.

Et dans certains pays, des drones polyglottes survolent leurs quartiers en diffusant des messages de prévention.

- "Gratitude" -

Les Emirats ont une "dette de gratitude" envers la main d'oeuvre immigrée, a affirmé un porte-parole du pays. Outre l'accès aux soins, les Emirats leur fourniront nourriture et logement, et assoupliront les règles d'immigration si leurs visas expirent.

Pourtant, de tous les pays du Golfe, les Emirats est celui qui a le plus insisté pour que les travailleurs immigrés soient rapatriés par leurs pays d'origine.

Au 20 avril, quelque 22.900 travailleurs étrangers ont été rapatriés du pays grâce à 127 vols prévus à cet effet, malgré la suspension des vols commerciaux, selon des responsables émiratis.

Mais l'Inde, dont 3,2 millions de citoyens travaillent aux Emirats, a refusé, invoquant le cauchemar logistique que représenterait leur rapatriement et mise en quarantaine.

Le Bangladesh a accepté, à contrecoeur.

"Si nous ne les rapatrions pas (...) ils ne recruteront plus de gens de chez nous quand la situation s'améliorera", a estimé le ministre des Affaires étrangères A.K. Abdul Momen, ajoutant que des milliers de travailleurs illégaux et des centaines de prisonniers seront également rapatriés par étapes.

Le Pakistan a aussi donné son feu vert aux rapatriements, bien qu'à Dubaï, des diplomates pakistanais ont appelé leurs concitoyens à ne plus se rendre au consulat, n'ayant plus de places sur les vols de rapatriement.

"Nous sommes inquiets pour nos frères dans le Golfe. Le confinement et les fermetures des magasins ont privé de nombreux Pakistanais de leur gagne-pain", a souligné le chef de la diplomatie pakistanaise Shah Mehmood Qureshi.

- "Je veux rentrer" -

Les conditions de vie et de travail des travailleurs immigrés les exposent davantage au risque d'infection au nouveau coronavirus, alerte Rothna Begum, de l'ONG Human Rights Watch.

"Les immigrés qui continuent de travailler sont placés dans des bus où la distanciation sociale est impossible et envoyé sur des sites où elle n'est pas appliquée, où les équipements de protection ne sont pas disponibles", ajoute-t-elle.

Et les mesures prises dans les pays du Golfe n'ont fait qu'accroître leur vulnérabilité, regrette-t-elle.

"Je veux rentrer dans mon pays avant le ramadan, je n'ai pas d'argent et je ne veux pas rester plus longtemps ici", plaide un travailleur égyptien à Koweït City.

Dans l'émirat de Sharjah, aux Emirats arabes unis, Javed Paresh, un ouvrier pakistanais, fait partie des dizaines de milliers de personnes inscrites au consulat de son pays pour être rapatrié au plus vite.

"Je n'ai pas été payé depuis six mois. Je veux juste rentrer chez moi et voir ma famille. Ils vont mourir de faim car je n'ai pas pu leur envoyer de l'argent depuis plusieurs mois", se lamente-t-il.

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