Football : avec Newcastle, les Saoudiens rêvent de briller à leur tour en Angleterre

Les joueurs de Newcastle fêtent leur victoire sur le terrain d'Oxford, en février 2020.
Les joueurs de Newcastle fêtent leur victoire sur le terrain d'Oxford, en février 2020. © Adrian Dennis, AFP

Le rachat du club anglais de Newcastle permettrait à l'Arabie saoudite de s'offrir une prestigieuse vitrine en Premier League. Mais l'opération suscite d'importantes réticences, parmi les défenseurs des droits de l'homme comme chez certains rivaux régionaux de l'Arabie saoudite.

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Le royaume d'Arabie saoudite n'avait pas encore officiellement vu le jour, lorsque le Newcastle United Football Club (NUFC) remportait pour la dernière fois le championnat d'Angleterre. Depuis 1927, ce club du Nord-Est de l'Angleterre tente de revenir tout en haut de l'affiche, échouant de peu à deux reprises, en 1996 et en 1997, derrière Manchester United. À cette époque-là, NUFC comptait dans ses rangs le meilleur buteur du championnat, l'Anglais Alan Shearer. Depuis, le club n'a dû se contenter que d'une troisième place en 2003, et il a connu quelques périodes difficiles ponctuées par plusieurs passages en deuxième division. "Les supporters souffrent depuis longtemps, car le club n'a rien gagné depuis des décennies", explique à France 24 Miguel Delaney, responsable de la rubrique football pour le quotidien The Independent

De nouveau en Premier League depuis 2017, les "Magpies" connaissaient une saison plutôt poussive (13e sur 20 après 29 journées), avant qu'elle ne soit suspendue à cause de la pandémie de Covid-19. Elle pourrait cependant rester dans les annales de ce club si le consortium emmené par le Fonds d'investissement public (PIF) saoudien, que pilote le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS), parvient à racheter ce club historique. Selon la presse anglaise, une avance non remboursable d'environ 20 millions d'euros a déjà été versée au propriétaire du club, Mike Ashley, dans le cadre d'une offre de rachat de 80 % du club pour une somme totale de 345 millions d'euros.

Il revient désormais à l'English Premier League (EPL), institution chargée du Championnat d'Angleterre, de valider cette opération. Elle fait face actuellement à d'importantes difficultés économiques provoquées par la pandémie et l'arrivée d'un nouvel acteur de poids représente logiquement une bonne nouvelle pour l'économie du football professionnel anglais. Mais elle se doit de vérifier si les acquéreurs potentiels remplissent également d'autres critères qui ne sont pas d'ordre financier.

Ce n'est pas le cas selon l'organisation non-gouvernementale Amnesty International qui a adressé un courrier au président de la Premier League, Richard Masters, pour l'avertir du risque en matière d'image que court son institution. "Tant que ces questions [sur les droits de l'Homme en Arabie saoudite] ne seront pas réglées, la Premier League risque d'être bernée par ceux qui veulent utiliser le prestige et le glamour de la Premier League pour couvrir des actions profondément immorales", a écrit Kate Allen, directrice britannique d'Amnesty. En janvier dernier, l'ONG qualifiait de "désastreux" le bilan de ce pays en ce qui concerne les droits de l'Homme et plusieurs associations accusent Riyad de vouloir laver à coups de pétrodollars son image considérablement ternie par le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre 2018.

Le sport pour changer d'image

Le Qatar a, lui aussi, écrit aux présidents et dirigeants des clubs du championnat d'Angleterre en leur demandant d'ouvrir une enquête pour déterminer si les responsables de ce consortium saoudien étaient "les bonnes personnes" pour diriger Newcastle. Depuis plus de quinze ans, ce petit pays voisin de l'Arabie saoudite a fait du sport un des axes de sa diplomatie. Cette politique s'est notamment traduit par un investissement massif dans certains clubs à l'étranger, comme le PSG, la création du groupe audiovisuel beIN Sports, spécialisé dans l'acquisition et la gestion de droits télévisés, et l'organisation d'événements majeurs, le prochain étant la Coupe du monde de football en 2022. Or le Qatar affirme que l'Arabie saoudite a mis en place un système de piratage de ses chaînes sportives depuis 2017 et a porté plainte devant l'Organisation mondiale du commerce contre le royaume wahhabite pour "violations de la propriété intellectuelle".

Cette démarche illustre la rivalité grandissante dans le domaine du sport entre Doha et Riyad, qui ont connu une vive crise diplomatique en 2017. Ces deux pays investissent très massivement dans ce secteur, à la fois pour diversifier leurs économies très dépendantes des rentes hydrocarbures et pour projeter une autre image sur la scène internationale. Et l'Arabie saoudite s'est montrée particulièrement active au cours des derniers mois, comme en atteste l'organisation en janvier de la finale de la Supercoupe d'Espagne ou du rallye Dakar.

Posséder un club évoluant dans le prestigieux championnat anglais de football constituerait une victoire importante pour le pouvoir saoudien. Il pourrait ainsi imiter le prince saoudien Abdullah Bin Mossaad Bin Abdulaziz Al-Saoud qui, après une longue bataille juridique, est devenu fin 2019 l'actionnaire majoritaire du club de Sheffield United Football Club, brillant cette saison. Des hommes d'affaire saoudiens qui rêvent probablement de connaître un jour la même réussite que le Cheikh Mansour. Ce membre de la famille royale émiratie s'est offert en 2008 le club de Manchester City, avec lequel il déjà remporté quatre titres de champion d'Angleterre, ainsi que de nombreuses coupes nationales.

Les supporters de Newcastle espèrent logiquement d'un destin similaire pour les Magpies. Mais comme le constate Miguel Delaney, beaucoup de fans se montrent partagés. "Ils sont au courant des critiques formulées contre l'Arabie saoudite. Mais certains sont ravis et affichent déjà sur leurs profil twitter des portraits de MBS ou le drapeau saoudien", explique le journaliste britannique. Ils ne veulent qu'une seule chose : que Newcastle joue désormais les premiers rôles dans le football anglais et européen, à l'instar des autres clubs du Vieux Continent qui ont déjà largement profité de l'argent des États du Golfe.

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