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Le vélo, un outil incontournable pour le déconfinement ?

Le vélo sera-t-il le grand gagnant de l'après Covid-19?
Le vélo sera-t-il le grand gagnant de l'après Covid-19? © François Guillot, AFP

Alors que les craintes s'accumulent quant aux risques sanitaires dans les transports publics lors du déconfinement, la pratique du vélo pourrait tirer son épingle du jeu. Plusieurs métropoles ont annoncé accélérer leurs aménagements cyclables en vue du 11 mai.

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La pratique du vélo sera-t-elle la grande gagnante de la crise sanitaire du Covid-19 ? Alors que la population française a les yeux rivés sur le 11 mai, date prévue du déconfinement, les inquiétudes montent quant à la reprise. Face aux risques sanitaires dans les transports en commun, les élus craignent que les usagers se rabattent massivement sur la voiture, au risque d'embouteillages monstres et d'explosion de la pollution de l'air. Les promoteurs du cyclisme estiment toutefois que le vélo pourrait être la solution à l'équation insoluble

"En plus d'être bonne pour la santé, la pratique du vélo est adaptée à la distanciation sociale. Il est plus facile de limiter les risques de contagion à vélo que dans les transports en commun", explique Olivier Schneider, président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), interrogé par France 24.

Le vélo, un mode de transport adapté contre le coronavirus

"On aura passé deux mois enfermés. On n'aura pas du tout envie d'aller s'agglutiner dans les transports en commun et le vélo est un mode de transport bien plus agréable. Mais, au-delà de ce bienfait individuel, il s'agirait de permettre que les gens ne prennent les transports qu'en cas de nécessité et que ceux qui y sont contraints puissent le faire dans de bonnes conditions", vante Olivier Schneider.

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Le recours massif à la voiture individuelle pourrait aggraver la crise sanitaire en relançant la pollution atmosphérique. Or, selon des chercheurs de Harvard University, la pollution aux particules fines, issue notamment du trafic routier, augmente la mortalité liée au coronavirus. D'autres scientifiques interrogent la capacité de ces particules à transporter le virus.

Les villes se saisissent du sujet

En Île-de-France, le déconfinement pourrait continuer la "révolution du vélo" après l'accélération de son usage à la suite des grèves de l'hiver dernier. La présidente de la région Valérie Pécresse estime possible "de passer de 400 000 à 800 000" personnes à vélo par jour, d'autant que la météo printanière s'y prête".

Pour y parvenir, elle travaille "avec le RER-vélo", un collectif d'associations, qui a imaginé neuf lignes cyclables, jusqu'à Mantes-la-Jolie ou Melun, permettant de mailler efficacement la région parisienne et ses grands pôles. L'idée est d'"expertiser tout ce qu'on peut faire, très rapidement", explique Valérie Pécresse à l'AFP.

Paris, qui a déjà multiplié les pistes cyclables, compte "favoriser les déplacements domicile-travail" à vélo après le déconfinement, indique à l'AFP l'adjoint à la mairie en charge des transports, Christophe Najdovski. Cela passera par "des aménagements légers, peu coûteux, rapides à mettre en œuvre, sécurisés et réversibles" sur la chaussée d'habitude réservée aux voitures et aux deux-roues motorisés, poursuit-il. La maire de Paris, Anne Hidalgo – en ballotage pour une réélection – ambitionnait déjà avant la pandémie de faire de sa ville une "capitale du vélo".

D'autres villes françaises ont fait part de leur intention d'accélérer leur propre plan vélo pour éviter une saturation des transports à la sortie du confinement : Rennes, Lille, Lyon, Grenoble, Nice... Montpellier a d'ores et déjà inauguré de nouveaux tronçons cyclistes.

À l'échelle mondiale, le cyclisme a également le vent en poupe. À New York, par exemple, toute une partie de la 2e avenue, à Manhattan, a été convertie en piste cyclable. La capitale colombienne Bogota a fait créer 76 km supplémentaires de pistes cyclables en faisant fermer des axes jusqu’à présent utilisés par les voitures. À Bruxelles, la "vélorution" est en marche puisque piétons et cyclistes seront prioritaires à l'intérieur de la Petite ceinture, et la vitesse des véhicules limitée à 20 km/h, dès que le déconfinement sera effectif.

"Urbanisme tactique"

"Les métropoles n'ont certes pas attendu le Covid-19 en matière de vélo. La plupart avaient déjà fait un travail de planification et d'identification des grands axes. Cependant, créer des aménagements cyclables, c'est un travail de longue haleine et le déconfinement est prévu pour le moment pour le 11 mai", rappelle Olivier Schneider. "Dans cette urgence, les villes recourent donc à ce qu'on appelle pompeusement l''urbanisme tactique'".

L’"urbanisme tactique", est à l’origine une pratique citoyenne où les riverains aménagent le quartier sans attendre les autorités. Aujourd'hui, ce mode d'aménagement dans l'urgence et avec les moyens du bord se trouvent investis par les collectivités en vue de la fin du confinement.

"L'idée c'est de redistribuer l'espace public en faveur des cyclistes mais aussi des piétons", explique le président de la FUB. "L'un des avantages de ces aménagements temporaires, c'est qu'on peut expérimenter des choses. Et avec le confinement et en absence de circulation intense, les villes peuvent aménager très vite et en toute sécurité pour leurs agents."

Cependant, cette tactique a ses limites comme le pointent du doigt des consultants en urbanisme. Dans une tribune, ils réfutent l’idée d’une "solution magique, créant au passage une confusion curieuse sur les temporalités : entre temporaire et définitif, entre rapidité et urgence". Ils craignent que ces décisions hâtives se fassent au détriment d'une réflexion à long terme sur la ville de demain.

"Il y a clairement des effets d'annonce dans le flot de déclarations actuelles. Mais il faut noter qu'on est actuellement dans le plus long entre-deux-tours qu'ait jamais connu la France et, lors des municipales, la place du vélo a été débattue. On n'a jamais été autant d'accord pour faire avancer la place du vélo," note Olivier Schneider. "Alors, certes; il pourrait y avoir une tentation de revenir aux vieilles habitudes, mais le fait qu'un retour à la normale va prendre du temps peut contribuer à pérenniser ce temporaire."

Mais ce temporaire devra être bien conçu et Olivier Schneider plaide pour que les collectivités réfléchissent non plus en termes de simples tronçons cyclables mais mènent une réflexion sur un maillage efficace du territoire en termes d'aménagement cyclables.

Amener les gens sur les pistes cyclables

"L'un des enjeux sera tout de même d'amener les gens sur ses pistes cyclables. On n'arrivera à rien si on a des pistes vides et des embouteillages de voitures à côté", explique le président de la FUB. "Il faut aussi qu'il y ait tout un système autour des vélos qui se mette en place. Si on a des pistes cyclables mais qu'on ne peut ni garer, ni acheter ou faire réparer son vélo, c'est normal que les pistes restent vides."

Un des enjeux sera donc d'équiper la population en vélo pour espérer rompre avec les vieilles habitudes. En plus des primes existantes pour acheter des vélos électriques et des vélos cargo, la FUB défend l'idée d'un chèque de 100 euros pour "financer la remise en état de vélos", qui sommeillent aujourd'hui dans des caves ou de bourses à vélos d'occasion, dans le respect des gestes barrière. Les réparateurs de vélos, qui font partie des commerces prioritaires, mais dont beaucoup ont fermé, pourraient rouvrir avant le 11 mai. Preuve d'un succès à venir : les magasins de vélo prévoient déjà une déferlante de clients à leur réouverture, selon le journal économique les Échos.

"Le vélo présente un autre avantage : c'est un mode de déplacement bon marché. Ce qui n'est pas négligeable, alors que beaucoup de personnes auront été atteintes économiquement par la crise du Covid-19."

Toutefois, Olivier Schneider admet que le vélo ne saurait être une solution magique au casse-tête du 11 mai pour éviter une seconde vague de Covid-19.

"Le vélo n'est qu'un outil parmi d'autres dont la France doit se saisir si elle veut réussir son déconfinement", avertit-il.

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