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Ukraine: une série TV, bouée de sauvetage pour des ados en détresse

Katia, s'exprime lors d'un entretien avec l'AFP, le 21 février 2020 à Kiev et raconte les souffrances  vécues après avoir annoncé qu'elle était lesbienne
Katia, s'exprime lors d'un entretien avec l'AFP, le 21 février 2020 à Kiev et raconte les souffrances vécues après avoir annoncé qu'elle était lesbienne GENYA SAVILOV AFP
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Kiev (AFP)

Sa mère l'a rejetée et ses camarades de classe l'ont harcelée lorsque Katia, alors âgée de 13 ans, a annoncé être lesbienne. Deux ans plus tard, une série télévisée lui a permis de réaliser qu'elle n'était pas seule.

"C'était très dur", raconte à l'AFP Katia, qui préfère taire son nom de famille. "Ma mère m'a dit que je n'existais plus pour elle", poursuit cette jeune fille replète, plutôt aguerrie et âgée aujourd'hui de 15 ans.

A l'époque, dans son école à Kryvy Rig, ville industrielle dans le centre du pays, ses camarades de classe ont cessé de lui parler. Face à la pression, "à un moment donné, j'ai fini par me lever devant toute la classe et dire +Je suis hétéro, ça va+", explique-t-elle.

Sa bouée de sauvetage est venue bien plus tard et de manière inattendue: une mini-sérié télévisée ukrainienne, baptisée "Hirondelles précoces" et consacrée aux problèmes de l'adolescence.

Regardée par plus de 3 millions d'Ukrainiens, la série lancée en novembre aborde des sujets comme la violence scolaire et familiale mais aussi l'homosexualité et le problème des suicides, thèmes largement tabou dans cette ancienne république soviétique.

Elle connaît désormais une seconde vie avec sa mise en ligne en mars par son producteur Novy Kanal après la fermeture des écoles en raison du confinement décrété en Ukraine pour empêcher la propagation du nouveau coronavirus.

En la regardant, "j'ai pour la première fois senti que je n'étais plus seule", raconte Katia, "j'ai vu qu'il y a beaucoup d'ados LGBT, ceux qui ont des problèmes avec leurs mères. Ils s'en sortent et moi aussi, je vais m'en sortir".

Au début et à la fin de chaque épisode, la série affiche le numéro vert de l'ONG internationale La Strada offrant une aide psychologique et juridique aux adolescents.

Résultat: le nombre d'appels a monté en flèche dépassant 6.000 le premier mois de la diffusion, contre un millier auparavant, a indiqué à l'AFP Aliona Kryvouliak, coordinatrice des lignes vertes de La Strada.

La plupart portaient sur la violence à l'égard des enfants, le harcèlement et l'envie de suicide, certains concernaient l'alcool et la drogue, il y avait aussi des appels d'enfants LGBT.

Katia aussi a téléphoné. "Ils m'ont dit une chose importante: que ma maman a peut-être simplement peur pour moi", se souvient-elle. "Cela m'a aidé à me réconforter et à la comprendre".

- Violence accentuée -

Le confinement a déclenché une nouvelle vague d'appels à La Strada.

"Le nombre de plaintes concernant la violence parentale et les abus vis-à-vis des enfants a augmenté", constate Mme Kryvouliak, qui relève un lien entre des comportements agressifs et la consommation croissante d'alcool par des parents, dont certains ont perdu leur emploi, en cette période de huis clos familial.

Le fait que ces adolescents se tournent vers La Strada reflète les manquements du système de soutien gouvernemental, admet Aksana Filipichina, collaboratrice de la représentante du Parlement pour les droits humains.

Un des pays les plus pauvres d'Europe, l'Ukraine dont les services sociaux souffrent d'un manque chronique de financement s'est néanmoins dotée en 2018 d'une loi réprimant le harcèlement scolaire, qui a donné lieu à quelque 200 condamnations, souligne-t-elle.

Mais des cas comme celui de Katia, n'impliquant pas de violences physiques, sont plus difficiles à traiter, concède la responsable.

Le producteur et scénariste Ievguen Tounik, qui a puisé dans l'expérience de sa propre adolescence en travaillant sur la série, espère lancer le tournage de la seconde saison cette année.

"Quand j'apprends que des enfants commencent à discuter avec leurs parents, que des parents ont regardé la série et font plus attention (...), j'éprouve de la satisfaction pour le travail effectué", note le jeune homme.

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