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Covid-19 : La Courneuve demande une exonération des loyers pour les plus pauvres

L'immeuble Balzac, à la Cité des 4000 à la Courneuve (Seine-Saint-Denis), en banlieue parisienne.
L'immeuble Balzac, à la Cité des 4000 à la Courneuve (Seine-Saint-Denis), en banlieue parisienne. © Philippe Lopez, AFP

La pandémie de Covid-19 a aggravé la crise socio-économique en Seine-Saint-Denis. Des familles exsangues ne peuvent pas payer leur loyer. Alors que les bailleurs proposent un échelonnement des traites, une amicale de locataires à La Courneuve a lancé une pétition pour en demander l'annulation pure et simple. 

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"J'ai été malade et je n'ai pas pu travailler en février. Depuis le confinement, je suis chez moi, je ne reçois rien pour ma paye. Et puis le loyer est venu... Je ne sais pas ce que je vais faire. Est-ce qu'il y a des aides ?" Veuve et mère de deux enfants, Aminata* vit dans le HLM du Mail de Fontenay, à La Courneuve, où elle doit s'acquitter d'un loyer mensuel de 368 euros par mois, après déduction des aides pour le logement (APL). Un loyer plafonné, mais impossible à payer au mois d'avril pour Aminata, alors que le confinement la prive de ses heures de ménage. 

Des appels à l'aide comme celui-là, Aly Diouara, président de l'Amicale des locataires du Mail de Fontenay, en reçoit plusieurs par jour depuis le début du confinement, le 17 mars. Dans cette immense barre, la dernière de cette taille (1 200 à 1 500 habitants pour 301 logements) encore debout dans la Cité des 4000, à La Courneuve, au moins un tiers des locataires éprouvent des difficultés à payer leur loyer. "Voire les 2/3, à vérifier", ajuste Aly Diouara, interrogé par Pas2Quartier.

Ce Courneuvien de 33 ans a créé l'Amicale en décembre 2016 pour fédérer les locataires face au projet de destruction de la "dernière barre symbolique" de la Cité des 4000, qui doit être démolie en 2026, selon son bailleur, Seine-Saint-Denis Habitat. Un horizon lointain pour ses habitants qui sont aujourd'hui dans une "urgence vitale". L'Amicale a donc lancé une pétition pour demander aux bailleurs publics et privés la suppression pure et simple des loyers du Mail de Fontenay, ainsi que pour tous ceux des foyers précaires de la Seine-Saint-Denis (93). Mardi 28 avril, 2 377 signatures avaient été récoltées. 

Bobigny ouvre la voie 

La démarche n'est pas inédite. Les demandes de suppression des loyers se multiplient aux quatre coins du 93, département le plus pauvre de France. La semaine dernière, l'Office public de l'habitat (OPH) de Bobigny a annoncé qu'elle devrait supprimer le paiement des loyers d'avril, dont les locataires sont censés s'acquitter début mai. Quelque 4 000 foyers sont concernés, pour un montant global de 1,6 million d'euros.

"Une décision sensée pour les locataires de Bobigny", réagit le directeur des études de la Fondation Abbé, Pierre Manuel Domergue qui estime néanmoins que ce n'est pas aux bailleurs de "payer le prix de la crise économique" mais à l'État de prendre ses responsabilités et d'assumer la solidarité. 

"Il faut savoir que trois mois de loyers dans le parc privé et social, cela représente une facture de 18 milliards d'euros", précise Manuel Domergue. "Les bailleurs sociaux vont subir cette crise économique alors qu'ils ont déjà subi pas mal de coupes depuis trois ans. Et au final, ce seront les locataires qui en payeront le prix", prévient-il. 

Pour l'Amicale du Mail, les locataires n'ont pas le temps d'attendre de savoir qui doit payer quoi.  "Tout le monde se refile le bébé : les bailleurs comme les élus s'en remettent à l'État pour ne pas avoir à mettre la main à la poche et l'État s'abrite derrière les mesures comme l'allongement de la trêve hivernale ou l'augmentation des APL", dénonce Aly Diouara qui attend un geste urgent des bailleurs pour tous les foyers précaires de la Seine-Saint-Denis. "Le temps de l'administration n'est pas celui de ceux qui ont faim. Qu'ils se battent dans leurs bureaux mais nous dehors, on veut vivre et on veut rester dans nos logements", ajoute-t-il. 

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À Bobigny, c'est la ville qui assumera 50 % de l'exonération des loyers, et la charge restante devrait être assumée par l'OPH de Bobigny. Pour sa part, Seine-Saint-Denis Habitat, le plus gros bailleur social du département avec 85 000 locataires sur 30 communes, a mis en place "une cellule sociale qui étudie les situations au cas par cas". Plus de 1 000 foyers du 93 ont également bénéficié d'un étalement de loyer, selon le bailleur contacté par France 24. 

La spirale de l'endettement 

C'est le cas d'Aminata. Mais pour Aly Diouara, la mesure n'est pas suffisante. "Le risque, c'est la spirale de l'endettement", explique-t-il. "Aminata a des problèmes de santé, elle a déjà du mal à nourrir ses enfants trois fois par jour… Et tout ce qu'on lui propose, c'est un échelonnement de ses loyers. Il faut arrêter cette spirale négative", insiste Aly. Il estime que le département du 93 a payé un tribut assez lourd à la crise du Covid-19 : surmortalité, chômage de masse, et plus qu'ailleurs, des difficultés à tenir confinement, notamment en raison de mauvaises conditions de logement.

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"On ne paye pas parce que l'épidémie a choisi le 93, mais parce que ce tribut est consécutif d'un ensemble d'inégalités cumulatives qui fait que la situation ici est plus dramatique qu'ailleurs. La crise sociale et sanitaire était déjà là, les dettes locatives étaient déjà là, la crise sanitaire n'a fait que les accentuer", rappelle Aly Diouara.   

Pour donner plus de poids à sa demande, l'amicale des locataires du Mail de Fontenay s'est associée a plusieurs associations du 93, à Saint-Denis, au Blanc-Mesnil, à Stains, etc. "Une fédération éphémère de forces vives s'est mise en place sur différentes communes, il va falloir nous répondre et mettre en place un nouveau contrat social de l'habitat." Aly l'assure, le combat ne s'arrêtera pas là. 

* Le prénom a été changé

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