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Covid-19 : remdesivir, un traitement antiviral nommé désir ?

Le remdesivir a été initialement développé par Gilead pour lutter contre le virus Ebola.
Le remdesivir a été initialement développé par Gilead pour lutter contre le virus Ebola. © Ulrich Perrey, AFP

Une étude américaine, publiée mercredi, a fait naître d’importants espoirs concernant l’efficacité de l’antiviral remdesivir pour traiter les patients atteints du Covid-19. Mais le même jour, les résultats d’une expérience similaire menée en Chine ont semblé prouver le contraire. Qui croire ? Décryptage avec plusieurs spécialistes des maladies infectieuses.

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Anthony Fauci, le M. Science de l’administration américaine, très écouté des médias, est satisfait. Les résultats d’une large étude sur l’efficacité de l’antiviral remdesivir dans la lutte contre le Covid-19, publiés mercredi 29 avril, semblent encourageants. Ce traitement développé par le laboratoire américain Gilead a un "effet positif clair et significatif" sur le temps de rémission des patients hospitalisés, s’est réjoui ce spécialiste des maladies infectieuses. Dans la foulée, la Maison Blanche aurait commencé à réfléchir à la possibilité de donner son feu vert à l’utilisation au quotidien du remdesivir en milieu hospitalier, a indiqué le New York Times.

L’étude qui a donné le sourire à Anthony Fauci a été menée sous l’égide des Instituts nationaux américains de santé (NIH) sur 1 063 patients aux États-Unis, en Europe et en Asie. À partir du 21 février, pour chaque malade à qui a été administré un traitement placebo, deux ont reçu du remdesivir et l’analyse préliminaire des résultats a montré que les patients traités avec le remède de Gilead pouvaient espérer se remettre du Covid-19 quatre jours plus tôt que les autres. Le taux de létalité du virus s’est révélé être aussi légèrement inférieur pour les individus qui ont pris du remdesivir.

Un remède déjà prometteur contre d’autres coronavirus

"Bien sûr, c’est moins bien que si le temps de rémission avait été amélioré de 100 %, mais ça n’en demeure pas moins une preuve que ce traitement peut aider à stopper la maladie", a précisé Anthony Fauci.

C’est peut-être la preuve que la communauté scientifique attendait. Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, le remdesivir est considéré comme l’une des armes les plus prometteuses en attendant un vaccin. Ce qui le rend particulièrement attractif, c’est qu’il cible spécifiquement le mécanisme qui permet à des agents pathogènes comme les coronavirus de "se répliquer et d’amplifier leur charge virale dans le corps hôte", précise Isabelle Imbert, spécialiste des antiviraux à l’université Aix-Marseille. En outre, il s’attaque à un processus "propre à ces virus et qui ne se déroule pas naturellement dans le corps humain, ce qui le rend moins nocif pour l’organisme et améliore son rapport avantage-risque", ajoute-t-elle.

Développé initialement par Gilead pour lutter contre Ebola, le traitement a prouvé une certaine efficacité contre les différents coronavirus qui ont vu le jour depuis le début des années 2000. "Il a produit des résultats très encourageants lors d’essais sur des animaux exposés au Sras [Syndrome respiratoire aigu sévère, qui a sévi entre 2002 et 2004] et au Mers [un coronavirus apparu en 2014 au Moyen-Orient]", rappelle la chercheuse française.

Qu’une vaste étude semble confirmer les espoirs placés dans le remdesivir n’a pas échappé aux marchés financiers. L’annonce des résultats a suffi pour faire monter en flèche l’indice boursier à New York, soulignant l’importance que revêt cette percée scientifique aux yeux des investisseurs.

Une étude chinoise qui dit le contraire

Mais ils auraient peut-être dû prêter davantage attention à ce qui se passait en Chine. En effet, le jour même où Gilead et les NIH annonçaient leurs résultats, une équipe de chercheurs chinois publiait des conclusions bien moins encourageantes dans la très respectée revue britannique The Lancet. Leur expérience, menée sur 237 patients en état grave dans dix hôpitaux de la province d’Hubei (région d’où est partie l’épidémie), semble indiquer que le remdesivir ne fait guère de différence. "Malheureusement, notre étude montre que ce traitement n’apporte pas de bénéfice spécifique par rapport à un placebo", écrit Bin Cao, auteur principal de l’article.

Alors, retour à la case départ ? Difficile de trancher car "les deux études semblent être de qualité équivalente", note Stephen Evans, chercheur en pharmacoépidémiologie au département de statistique médicale de l’École d’hygiène et de médecine tropicale à Londres.

Il apparaît en outre malaisé de les comparer car il manque des informations sur certains des postulats de base de ces expériences. "On ne sait pas, par exemple, à quel stade de la maladie le remdesivir a été administré dans chacun des cas, et s’il y a eu des combinaisons avec d’autres traitements, ce qui peut avoir des impacts majeurs sur les résultats", détaille Jonathan Stoye, virologue au Francis Crick Institute de Londres.

Ainsi, "les études menées sur le Sras de 2002 ont démontré que plus on tardait à utiliser le remdesivir, moins il était efficace", rappelle Étienne Decroly, virologue directeur de recherche au CNRS, contacté par France 24. Dans l’expérience chinoise, il est spécifié que les patients étaient tous "dans un état grave", ce qui pourrait expliquer pourquoi leurs résultats sont moins prometteurs.

Cependant, les travaux chinois présentent quelques avantages à même de faire de l’ombre à l’expérience américaine. D’abord, cette étude a été menée à terme, alors que les essais sont encore en cours côté américain, et "on sait, généralement, que les analyses intermédiaires ont tendance à produire des résultats plus positifs que les résultats finaux", souligne Derek Hill, spécialiste d’imagerie médicale à l’University College de Londres. En outre, la communication autour de l’essai des NIH est très avare en détail – il n’y a pas encore eu de publication scientifique complète –, ce qui ne permet pas de l’évaluer correctement.

Faible nombre de participants

Mais l’étude menée dans la province de Hubei souffre d’un défaut majeur : les 237 patients testés. "C’est trop peu pour pouvoir tirer des conclusions définitives car ce faible nombre de participants introduit des incertitudes considérables quant à la portée des résultats", assure Stephen Evans. Une impression partagée par tous les experts interrogés.

Stephen Evans va même encore plus loin en soutenant que la différence du nombre de patients entre dans les deux expériences peut être la seule raison pour laquelle elles n’arrivent pas à la même conclusion. "Les quatre jours gagnés par les personnes traitées au remdesivir dans l’essai américain se situent dans la marge d’erreur liée à l’incertitude de l’expérience chinoise", explique-t-il. En d’autres termes, l’équipe chinoise aurait pu constater un taux de rémission plus rapide similaire s’il y avait également eu environ 1 000 participants pour leur étude.

C’est pourquoi tous ces scientifiques attendent les résultats d’autres tests à grande échelle concernant le traitement de Gilead, comme l’essai clinique Discovery, mené par l’Inserm français depuis le 24 mars et qui concerne également un millier de personnes. De toute façon, pour qu’un traitement puisse être validé et commercialisé, "il faut habituellement qu’il y ait deux grands essais cliniques qui démontrent son efficacité", souligne Derek Hill, de l’University College de Londres. Autant dire que Donald Trump, qui veut autoriser son utilisation immédiate, prend à nouveau des libertés avec la prudence scientifique.

En attendant les résultats des autres études, une chose est sûre pour Stephen Evans : "Même si les preuves de son efficacité ne sont pas encore complètes, on peut au moins estimer que le remdesivir est le nouvel étalon à l’aune duquel seront comparés les autres traitements actuellement en développement."

 

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