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Hollywood face au risque de contagion du Covid-19 sur les plateaux de cinéma

L'entrée des célèbres studios Paramount de Los Angeles, fermés pour cause de Covid-19, le 15 avril 2020.
L'entrée des célèbres studios Paramount de Los Angeles, fermés pour cause de Covid-19, le 15 avril 2020. © AFP

Les professionnels du cinéma américain réfléchissent à de nouvelles règles plus strictes afin de pouvoir reprendre au plus vite les tournages des films et des séries, arrêtés en raison de la pandémie de Covid-19.

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Reverra-t-on de sitôt de langoureux baisers sur nos écrans ? Le monde du cinéma est lui aussi touché par la pandémie de Covid-19 qui bouleverse les habitudes dans tous les domaines. Normes sanitaires et distanciation physique obligent, à Hollywood, plusieurs productions américaines sont en train d'édicter de nouvelles règles ultra-strictes pour leurs tournages à venir. Les producteurs européens pourraient s’en inspirer.

“Matrix 4”, “Mission Impossible : 7”, ou encore “Jurassic World 3″, de nombreuses créations cinématographiques sont paralysées à cause du coronavirus. À l’image de la série culte “Les Feux de l’amour”, obligée de cesser la diffusion d’épisodes inédits pour la première fois depuis sa création en 1973, les feuilletons télévisés et les séries destinées aux plateformes ne sont pas épargnées par cette crise exceptionnelle.

Les grands studios d’Hollywood ne savent pas quand les directives de santé publique leur permettront de reprendre la production, ni quels types de restrictions de distanciation physique les gouverneurs américains exigeront. En Californie, le gouverneur n'a pas donné de date ou de calendrier pour un déconfinement progressif de l'État le plus peuplé du pays, incitant ses concitoyens à continuer de respecter scrupuleusement les règles édictées très tôt dans la crise sanitaire. En attendant, ces dernières semaines, les grands producteurs d'Hollywood ont organisé des réunions avec les professionnels des métiers du cinéma pour évaluer ce à quoi pourrait ressembler les tournages post-confinement.

Chez les syndicats de Hollywood, qui jouent un rôle prépondérant dans les discussions, la puissante Directors Guild of America (DGA) a nommé Steven Soderbergh, réalisateur du film visionnaire “Contagion” en 2011, à la tête d'une “task force” chargée de consulter les "meilleurs épidémiologistes du domaine", et d’édicter un guide des recommandations sécuritaires et sanitaires nécessaires pour reprendre le travail.

Dépistages et plaque de verre pour tenir les équipes à l'écart

À court terme d’abord, des prises de température ou des test sanguins pourraient devenir nécessaires pour accéder aux plateaux de tournage, si tant est que des tests en quantité suffisante soient disponibles.

Les stars hollywodiennes, habituées à disposer de leurs habilleuses personnelles, devront s'habiller elles-mêmes. Les maquilleurs et les coiffeurs, qui retouchent les acteurs entre les prises, observeront les tournages depuis des écrans pour guider les comédiens munis de kits de maquillage personnels, indique le Los Angeles Times qui a enquêté auprès des grands studios de Hollywood.

Ce qui est certain, c’est que pendant le tournage, les membres de l'équipe seront plus espacés qu’à l’accoutumée. Certains producteurs envisageraient de tenir les acteurs et l'équipe technique à l’écart grâce à des plaques de verre, révèle le quotidien américain. Des équipes sanitaires seront amenées à désinfecter les décors et le matériel tout au long de la journée, ce qui risque également de ralentir considérablement la cadence des tournages.

Le nombre de personnages à l’écran pourrait aussi diminuer. "Je n'imagine pas vraiment tourner des scènes géantes avec des milliers de figurants dès le départ", confie au LA Times Tom Rothman, président du Sony Pictures Motion Picture Group. "Mais s'il y a des tests fiables, et si les gens peuvent venir au travail et bénéficier d'une distance sociale décente, je crois que les protocoles évolueront”.

L’idée est donc de produire des films et des séries de moindre envergure, avec moins de caméras, moins de figurants, moins d’acteurs et avec des cinéastes à multiples casquettes. “Un réalisateur, par exemple, pourrait devoir doubler son rôle de directeur de la photographie pour réduire le nombre de personnes sur le plateau”, indique le LA Times.

Toutefois, ces dispositifs ne protègent pas tous les corps de métier de façon égale. “Les plus vulnérables sont les techniciens : les éclairagistes, les machinistes, les électriciens, etc”, estime le producteur Jean de Meuron. “On ne peut pas les tenir à deux mètres les uns des autres... Le premier assistant est juste à côté du cadreur, ils sont à quelques centimètres de distance”.

Les assureurs empêchent la reprise des tournages

L’un des principaux enjeux pour les producteurs américains est de rassurer les assureurs, craintifs à l'idée qu’un acteur ou qu'un technicien malade du Covid-19 pendant un tournage n'entraîne l'interruption de toute une saison ou de la chaîne de production d’un film. Or, sans l’engagement des compagnies d'assurance, les tournages ne pourront pas reprendre.

En France, faute d’avoir su convaincre les assurances de prendre en charge le risque sanitaire lié à la pandémie après le 11 mai, aucun plateau ne reprendra une activité normale. Dix-huit producteurs de cinéma et de l’audiovisuel ont appelé, dans un courrier le 20 avril, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, à les soutenir face aux assureurs. “Après deux mois de blocage, les pertes enregistrées dépassent les 200 millions d’euros, elles augmenteront de manière exponentielle si la reprise est différée au-delà de la date retenue pour le déconfinement, le 11 mai", écrivent les signataires de la lettre.

L'Islande, la Suède et le Danemark, nouvel eldorado du cinéma

À défaut de pouvoir tourner dans leurs pays d’origine, certaines grosses productions n’ont pas attendu. Netflix a par exemple déclaré qu'il tournait déjà dans des pays comme l'Islande ou la Corée du Sud où, même si des restrictions sur les grands rassemblements existent, des tests généralisés et des réponses plus rapides ont permis de contenir la propagation du coronavirus.

En Lettonie, où seuls 15 décès et 849 cas de Covid-19 sont recensés dans le dernier bilan de l’université John Hopkins, l’équipe de “Warhunt”, avec Mickey Rourke dans le rôle principal, a réussi un tour de passe-passe. Elle a avancé ses dates de tournage juste avant la fermeture des frontières pour continuer à tourner ce film d’horreur fantastique avec l’aval des autorités locales.

Autre solution de repli pour les semaines à venir, des producteurs hollywoodiens lorgnent sur la Suède et le Danemark, où les productions locales ont repris sur des plateaux stérilisés avec respect de la distanciation physique.

Innovations et expérimentations cinématographiques

Pour les cinéastes qui ont fait le choix de ne pas fuir, le Covid-19 pousse à l’innovation et à l'expérimentation de nouvelles techniques. Le producteur de "Las Vegas Parano", Stephen Nemeth, se prépare ainsi à faire son prochain film depuis sa maison de Hollywood Hills, où il est en mesure d’héberger une équipe réduite le temps d’un bref tournage. "On pourrait avoir des productions hyper-régionales, hyper-fermées”, comme à Malibu ou Hollywood Hills, raconte-t-il à l’AFP. “C’est ce que je suis en train de faire et je vous jure que je ne suis pas le seul”.

Le producteur oscarisé du film “Démineurs”, Nicolas Chartier, envisage quant à lui de faire un film “pour des cacahuètes”, via Zoom ou Skype, dans lequel quatre couples parlent d’un meurtre. “Les acteurs se filmeraient eux-mêmes chez eux, avec leurs propres vêtements et sans maquillage”, explique le Français.

D’autres étudient la possibilité de remplacer les figurants humains par des trucages informatiques dans les scènes de foule, mais “cela coûterait une fortune”, relève Nicolas Chartier. Dans tous les cas, nul doute que sur nos écrans, comme dans de très nombreux domaines, il y aura un avant et un après Covid-19.

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