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Italie: Marino, anesthésiste en unité Covid, "entre peur et bonheur d'être utile"

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Rome (AFP)

La difficulté de porter de longues heures des combinaisons stériles qui étouffent, le risque de la contamination, la peur pour soi et pour ses proches mais aussi le sentiment d'être utile. Marino De Rosa est anesthésiste dans l'unité Covid d'un hôpital de Rome.

"Nous faisons des gardes de six heures ou de douze heures la nuit mais là nous sommes deux", explique à l'AFP ce médecin de 54 ans, marié et père de deux adolescents, en arrivant comme tous les jours au bâtiment B de l'hôpital San Filippo Neri, dans le nord de la capitale.

Depuis le début de la pandémie, lui et ses collègues, médecins, infirmiers, aide-soignants sont astreints à des mesures d'hygiène draconiennes qui passent par les masques, les gants, les lunettes et les blouses stériles qui à force d'être portées deviennent insupportables.

"Travailler 12 heures d'affilée dans ces conditions est impossible", témoigne le praticien.

"Ces outils vous oppressent, les masques vous empêchent de respirer correctement, les lunettes se couvrent de buée, il est difficile de lire, d'écrire. Au maximum, j'ai pu tenir cinq heures et je suis sorti épuisé", dit-il.

"Mais on essaie de ne pas dépasser trois heures et demi ou quatre heures dans cette tenue", explique-t-il.

Le service Covid où Marino exerce compte 20 lits dont 14 étaient occupés mercredi. C'est une unité de soins intensifs, non de réanimation. Certains patients sont ventilés mécaniquement mais pas intubés.

"Le contact avec le patient n'est que visuel. On lui parle, il décrit ses symptômes, ce qu'il ressent, nous avons un outil qui nous permet de mesurer son taux d'oxygène dans le sang, ce qui nous donne une idée de l'évolution de son insuffisance respiratoire".

"Mais il manque l'examen proprement dit car il est difficile, voire impossible, d'utiliser un instrument fondamental, le stéthoscope. Alors nous avons amélioré l'usage de l'échographie qui, en l'occurrence, nous donne des informations presque aussi éclairantes", raconte-t-il.

- Oublier la peur -

Au fil des semaines passées au chevet des patients atteints par le coronavirus, sa peur d'être contaminé s'est estompée, du moins il dit l'avoir "mise de côté". Quelque 150 de ses confrères sont morts de Covid-19 ces deux derniers mois en Italie.

"J'ai deux garçons, une épouse, j'essaie d'être prudent alors je dors dans un appartement près de chez moi pour limiter au maximum les contacts quotidiens. Et quand je suis à la maison, je porte des gants et un masque pour les protéger".

S'il s'efforce d'oublier la peur, Marino De Rosa dit aussi avoir beaucoup appris ces dernières semaines.

"L'idée de faire partie de ces gens qui sont vraiment utiles aux autres m'exalte", confie-t-il.

Confronté au défi que représente cette nouvelle maladie, le médecin qu'il est se dit "galvanisé" mais aussi inquiet de ne pas pouvoir se consacrer aux autres patients, ceux qui ont été "laissés seuls" à cause de cette pandémie meurtrière.

Marino ne se hasarde pas à faire des prévisions sur la suite, sur le tant attendu retour à la normale. Mais comme nombre des ses confrères, il s'attend à "un nouveau pic" épidémique après la fin du confinement, prévue lundi en Italie.

"Si on redémarre la semaine prochaine, il y aura une croissance des nouveaux cas entre fin mai et début juin", prévient-il.

"Mais désormais, nous avons une plus grande capacité à intercepter précocement les malades", dit-il.

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