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Covid-19 : l'Amérique latine reste sur ses gardes

Une distribution alimentaire dans un quartier du nord de Quito, en Équateur, le 29 avril 2020.
Une distribution alimentaire dans un quartier du nord de Quito, en Équateur, le 29 avril 2020. © Cristina Vega Rhor, AFP

L'Amérique latine s'apprête à assouplir les mesures de restrictions à la recherche d'une "nouvelle normalité" face à l'épidémie de coronavirus. Mais la menace reste forte et certains experts avertissent que baisser la garde pourrait s'avérer "désastreux".

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Deux mois après l'apparition d'un premier cas à Sao Paulo, la maladie a fait plus de 10 000 morts et infecté quelque 200 000 personnes en Amérique latine, qui compte plus d'un milliard d'habitants. C'est le Brésil qui dénombre le plus lourd bilan, avec 5 017 victimes du Covid-19, suivi du Mexique (1 732 ), du Pérou (943), de l'Équateur (900), de la République dominicaine (301) et de la Colombie (278), selon un décompte de l'AFP établi jeudi 30 avril à partir de sources officielles.

Avec 25 000 cas confirmés, l’Équateur est proportionnellement le pays d'Amérique latine le plus touché. Dans la ville de Guayaquil, la capitale économique , le virus a semé le chaos dans un système de santé public déjà fragile. Et les autorités de cette ville ont dû gérer mi-avril l'évacuation de plusieurs centaines de cadavres enveloppés dans des sacs plastiques noirs qui se trouvaient dans des habitations ou étaient abandonnés dans la rue. Difficile dans ces conditions d'établir un bilan précis.

Plusieurs pays de la région ont en effet manqué de réactivité et de transparence, notamment en Amérique centrale, et les bilans précis de cette épidémie sont parfois difficiles à établir. Au Nicaragua, seul pays de la zone à n'avoir adopté aucune mesure de confinement, les autorités ne reconnaissent ainsi qu'une poignée de personnes contaminées. Et le gouvernement est notamment accusé par l'organisation Amnesty international d'avoir "exposé la population" aux risques de la contagion en organisant notamment des défilés et des rassemblements.

À l'inverse, les pays voisins ont su réagir très vite en adoptant rapidement des mesures visant freiner la propagation du virus. Une stratégie dictée par la faiblesse du secteur de la santé et l'incapacité à faire face à un grand nombre de malades. "Au global, l'épidémie a été relativement contenue jusqu'à présent", estime Kevin Parthenay, professeur des universités à Tours. Ce spécialiste de l'Amérique centrale suit de près l'évolution de l'épidémie dans cette zone qui compte environ 50 millions d'habitants. Et il s'attend à de lourdes conséquences sociales dans cette région déjà fragile où le travail informel est très développé. "Le confinement est très dur à supporter pour beaucoup. Il s'agit avant tout pour les familles de pouvoir manger", explique-t-il à France 24.

Un pic toujours pas atteint

Cette question de l'équilibre entre les mesures de restriction et la réalité sociale se pose dans de nombreux pays latino-américains. Et certains d'entre eux, après avoir limité le plus possible les effets du confinement, commencent déjà à le lever. Un assouplissement qui, selon Marcos Espinal, directeur du département des maladies contagieuses à l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS), pourrait se révéler désastreux s'il est réalisé de manière trop brusque. Les pays "ne devraient pas baisser la garde tant que, non seulement, nous ne voyons pas de signes que l'épidémie a atteint son pic, mais aussi tant que nous n'avons pas plusieurs jours avec une baisse constante de cas", ajoute-t-il.

Au Mexique, où le président Andres Manuel Lopez Obrador s'est montré d'abord réticent à prendre des mesures restrictives, les infrastructures hospitalières pour soigner les infections respiratoires graves sont occupées à moins de 30 %, mais le manque de personnel médical reste un problème. "Nous devrions avoir 3,4 médecins pour mille habitants et il y a des régions (...) où nous avons malheureusement 0,6 médecin", relève Alejandro Svarch, de l'Institut de la santé.

Dans certaines zones rurales du Brésil, le système de santé public est au bord de l'effondrement. À Manaus, capitale de l'État d'Amazonie qui compte la plus grande population indigène, plus de 95 % des lits en réanimation sont occupés et la région présente le taux de létalité du Covid-19 le plus élevé. Et les grandes villes du pays ne sont pas épargnées puisqu'à Rio de Janeiro, plus de 70 % des lits en réanimation sont occupés et les difficultés d'accès aux services de santé pour les 1,5 million d'habitants des favelas est un facteur supplémentaire de vulnérabilité.

Selon Marcos Espinal de l'OPS, le dépistage pour isoler les porteurs asymptomatiques est désormais essentiel pour contrôler la courbe des contaminations. Le Chili, 18 millions d'habitants et 227 décès dus au virus, "a ouvert la voie en veillant à ce que le dépistage soit accessible à tous ses citoyens", se félicite l'expert. Et le port du masque est aussi devenu obligatoire dans de nombreux pays de la région.

Avec AFP

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