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La tauromachie espagnole encornée par le coronavirus

Un éleveur espagnol de taureaux, Juan Pedro Domecq Morenés avec un employé dans sa ferme en Espagne, le 28 avril 2020
Un éleveur espagnol de taureaux, Juan Pedro Domecq Morenés avec un employé dans sa ferme en Espagne, le 28 avril 2020 CRISTINA QUICLER AFP
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Madrid (AFP)

Les corridas annulées, le nouveau coronavirus en Espagne a porté un coup à la tauromachie, un spectacle populaire basé sur un produit cher et périssable, les taureaux de combat, nombreux à être envoyés à l'abattoir en cette année funeste.

"C'est un drame complet pour la tauromachie", dit à l'AFP depuis sa ferme andalouse l'éleveur Juan Pedro Domecq Morenés, dont les taureaux devaient lutter dans cinq corridas annulées ces dernières semaines.

Même si le pays se prépare pour le déconfinement, toute la saison de tauromachie, de mars à octobre, est menacée par l'interdiction d'agglomérations toujours en vigueur.

Toreros, banderilleros et rejoneadors (cavaliers) se retrouvent ainsi sans travail tandis que les éleveurs et les organisateurs de spectacles jugent la situation catastrophique pour un secteur qui donne près de 20.000 représentations par an, entre les spectacles d'arène (quelque 1.500) et de rues.

La fragilité de cette activité réside dans le caractère périssable du taureau qui ne peut combattre que jusqu'à six ans dans les arènes, et sept ans pour les fêtes de rues.

L'élevage d'un tel bovin coûte entre 4.000 et 5.000 euros, un investissement dont l'éleveur récupère 90% en vendant l'animal pour un spectacle. L'envoi à l'abattoir ne permet de récupérer que 10% du placement: une alternative ruineuse qui pourrait l'obliger à renoncer à l'élevage.

"Les revenus tombent à zéro, il ne reste que des dépenses et ce n'est pas comme une usine qu'on peut arrêter, parce qu'il faut continuer à s'occuper d'eux, à les alimenter", résume Juan Pedro Domecq qui estime que "entre 30 et 40%" de ses 130 bêtes iront à l'abattoir.

Pour le moment, il a gardé les huit employés de sa ferme, les assignant à des tâches comme l'élevage de porcs. Mais si la saison est annulée, il pourrait perdre jusqu'à 600.000 euros selon ses calculs.

Dans un rapport, l'Union des éleveurs de taureaux de combat, qui représente 345 exploitations, estime les pertes à plus de 77 millions d'euros. Cette corporation met en garde contre les "effets dévastateurs sur les élevages de taureaux de combat" qui "génèrent des milliers d'emplois directs et indirects" dans les zones fortement dépeuplées du centre de l'Espagne.

- Appels à l'aide -

Pour les empresarios, la situation est "assez dramatique", affirme l'ex-matador français Simón Casas, directeur des arènes de Madrid, Valence et Alicante, et président de l'Association nationale des organisateurs de spectacles taurins (ANOET).

Il pointe les pertes induites par ces annulations pour des villes comme Séville, privée de sa "feria" en avril, Valence, sans corridas après l'annulation des fêtes des Fallas en mars, ou encore Pampelune, qui n'aura pas de fêtes de la San Fermin en juillet.

Or, l'organisation de ces évènements est "très importante en termes économiques, parce que quand il y a des corridas il y a des ferias, et les ferias sont le support économique d'un nombre important d'activités: tourisme en général, restauration, hotellerie..."

Des entreprises de spectacle ont passé l'hiver à organiser ces évènements, rappelle-t-il, mais avec la pandémie, "tout s'est arrêté" au moment d'amortir leurs investissements.

Les pertes pour les entrepreneurs de la tauromachie pourraient s'élever à 700 millions d'euros d'après M.Casas, également directeur des arènes de Nîmes.

Face au désastre, l'Union des éleveurs a demandé au gouvernement des "aides directes" et d'autres mesures comme l'abaissement de la TVA sur le prix de vente des taureaux.

Pour Simon Casas, l'essentiel est que les banques facilitent la trésorerie et éviter aussi le "chômage permanent" pour "maintenir les entreprises en état de fonctionnement jusqu’à la reprise de l’activité".

Le ministère de la Culture a indiqué à l'AFP être en train d'étudier l'adaptation de mesures générales à ce secteur, comme les garanties de crédit bancaire ou les plans de chômage partiel et subventionné.

Mais Juan Pedro Domecq craint déjà la disparition de nombreuses exploitations et, regardant plus loin, est convaincu qu'"il faudra se réinventer" en promouvant les visites touristiques dans les exploitations afin que le public connaisse le taureau de combat "comme l'attraction culturelle qu'il est".

Résigné, le matador Cayetano Rivera Ordóñez a reconnu à la radio Cope qu'un torero confiné "est un torero de salon". De son côté, Simón Casas confie se sentir désœuvré face à cette situation qui l'a déjà contraint à mettre "au chômage technique" les 500 employés de l'arène de Las Ventas à Madrid.

Pourtant, l'empresario reste plein d'espoir, car après le drame du coronavirus, "les gens auront envie de se divertir".

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