Brésil : l'ex-ministre de la Justice entendu par la police après ses accusations contre Bolsonaro

Sergio Moro a démissionné de son poste de ministre de la Justice en accusant Bolsonaro d'ingérence judiciaire.
Sergio Moro a démissionné de son poste de ministre de la Justice en accusant Bolsonaro d'ingérence judiciaire. © Evaristo Sa, AFP

L'ancien ministre de la Justice du Brésil, Sergio Moro, a été interrogé pendant huit heures samedi après émis ses accusations d'ingérence dans les institutions judiciaires contre le président, Jair Bolsonaro.

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L'ancien juge anticorruption brésilien Sergio Moro a subi un interrogatoire de près de huit heures par la police samedi 2 mai. L'ancien ministre de la Justice a proféré graves accusations contre le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui tentait selon lui d'interférer dans des enquêtes policières.

Sergio Moro est arrivé au siège de la Police fédérale de Curitiba (sud du pays) peu avant 14 h et n'en est sorti que tard dans la nuit. Peu avant son arrivée, plusieurs dizaines manifestants pro-Bolsonaro ou pro-Moro se sont rassemblées devant l'entrée et la police a dû séparer les deux camps.

Le contenu de la déposition n'a pas été dévoilé, mais le quotidien Estado de S. Paulo a indiqué sur son site que l'ex-ministre avait montré des échanges de messages et de courriels avec le chef de l'État. Le contenu de ces messages n'a pas été révélé.

Auparavant considéré comme un atout maître du gouvernement Bolsonaro, Sergio Moro a démissionné avec fracas le 24 avril, après le limogeage d'un de ses plus proches collaborateurs, le chef de la police fédérale, Mauricio Valeixo.

"Le changement à la tête de la police fédérale sans cause réelle est une ingérence politique qui entame ma crédibilité et celle du gouvernement", avait-il lancé en conférence de presse le jour de sa démission.

"Le président m'a dit qu'il voulait nommer une personne avec qui il aurait un contact personnel, qu'il pourrait appeler pour obtenir des informations sur les enquêtes", avait-il ajouté, des accusations que Jair Bolsonaro juge "infondées".

Plusieurs enquêtes de la police fédérale visent des proches du président, notamment ses fils.

Ces révélations explosives ont poussé le procureur général à réclamer l'ouverture d'une enquête, autorisée dans la foulée par la Cour suprême qui avait ordonné que Sergio Moro soit interrogé sous 60 jours, un délai réduit à cinq jours par la suite.

Cette enquête pourrait ouvrir la voie soit à une procédure de destitution contre Jair Bolsonaro, soit à des poursuites pour dénonciation de délit imaginaire contre Sergio Moro.

Samedi matin, le chef de l'État a traité son ex-ministre de "Judas" sur Twitter.

Dans un entretien publié vendredi dans l'hebdomadaire Veja, Sergio Moro a déclaré qu'il présenterait des preuves de ses accusations lors de son interrogatoire. Il a également affirmé que la lutte contre la corruption n'était "pas la priorité" du gouvernement.

Jair Bolsonaro s'est pourtant fait élire en octobre 2018 en promettant un combat sans merci contre la corruption et la criminalité.

Sergio Moro a accepté de mettre fin à une carrière de 22 ans dans la magistrature pour entrer au gouvernement, alors qu'il était considéré comme l'emblème de la lutte anticorruption dans le cadre de l'opération "Lavage-express", qui a mis des dizaines de dirigeants de tous bords sous les verrous.

Son image avait toutefois été ternie en juin dernier, quand le site d'investigation The Intercept Brasil a révélé des échanges de messages avec des procureurs, ayant gravement remis en doute son impartialité dans le cadre de la condamnation à une lourde peine de prison de l'ex-président Luiz Inacio lula da Silva, pour corruption.

Avec AFP

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