Déconfinement : les artistes ne sont pas à la fête

L'acteur, metteur en scène et président du Festival de Théâtre d'Avignon, Olivier Py, lors d'une séance photo au Théâtre Graslin de Nantes, le 8 novembre 2019.
L'acteur, metteur en scène et président du Festival de Théâtre d'Avignon, Olivier Py, lors d'une séance photo au Théâtre Graslin de Nantes, le 8 novembre 2019. © Loïc Venance, AFP

Emmanuel Macron doit annoncer, ce mercredi, les premières orientations d'un "plan pour la culture", ébranlée par la crise du coronavirus. Des mesures très attendues par les 1,3 millions professionnels qui sont à la peine. 

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Concerts reportés, festivals annulés, théâtres et salles de cinéma fermés… Le monde de la culture subit de plein fouet la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Les petites structures qui la font vivre risquent de déposer le bilan et le chômage menace les intermittents. "On est attentif à l’actualité, on sait que beaucoup d’autres secteurs souffrent, mais on ne parle jamais de nous au premier rang, regrette Philippe Gautier, secrétaire général du Syndicat national d’artistes musiciens (SNAM). Pourtant, il y a un véritable péril social et économique qui guette le monde de la culture." 

Face aux inquiétudes formulées au travers de pétitions et de tribunes d’artistes, Emmanuel Macron doit dévoiler, ce mercredi 6 mai dans la matinée, les premières orientations d'un "plan pour la culture" que "le gouvernement sera amené à mettre en œuvre rapidement", a annoncé l'Élysée mardi soir. Il échangera au préalable avec des artistes de différents domaines, en présence du ministre de la Culture Franck Riester et de ses collègues de l'Économie, Bruno Le Maire, et du Travail, Muriel Pénicaud.

"Aux artistes qui se sont exprimés, je veux dire que je les entends. L'État continuera de les accompagner, protégera les plus fragiles, soutiendra la création. L'avenir ne peut s'inventer sans votre pouvoir d'imagination", avait assuré samedi le président sur son compte Twitter. 

Des trésoreries fragiles 

Les syndicats d’artistes ont justement imaginé une série de mesures pour sortir de l’impasse. Ils souhaitent dans un premier temps un engagement financier de l’État pour aider toutes les structures et institutions qui ont été privées d’activité lors du confinement. "Il faut dire que 95 % des entreprises du milieu du spectacle comptent moins de 10 employés, rappelle Philippe Gautier à France 24. Beaucoup d’entre elles ne disposent que d’une faible trésorerie. Le simple fait d’avoir engagé des frais dans des billets d’avion pour se rendre à un spectacle, et qui n’ont pas pu être remboursés, peut mettre certaines de ces petites entreprises sur la paille". 

Les syndicats d’artistes plaident également pour un prolongement d’un an des droits à l’assurance chômage à compter de la reprise de l’activité. Au début du confinement, Franck Riester, le ministre de la Culture, avait annoncé que la période de confinement n'allait pas être prise en compte pour le calcul des indemnités et des heures, 507 heures étant nécessaires pour pouvoir bénéficier du statut d'intermittent. Or devant les annulations en cascades des représentations, les intermittents réclament une année blanche, c’est-à-dire une mise à zéro des compteurs sur le décompte des droits. "De nombreux interprètes, comédiens ont une activité soumise à forte saisonnalité : beaucoup de festival, de spectacles se jouent pendant la période des beaux jours, poursuit le secrétaire général. Ces derniers ne pourront pas rattraper le nombre d’heures requis. Ils risquent de perdre leurs droits pour l’année suivante".  

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Mardi matin, au micro d’Europe 1, il semble que le ministre de la Culture Franck Riester n’avait toujours pas les réponses à ces questions. "Nous travaillons avec la ministre du Travail Muriel Pénicaud et le gouvernement à prolonger les dispositifs pour que, notamment pendant l'été, les intermittents du spectacle ne soient pas pénalisés. Est-ce que ce sera une année blanche comme certains le disent, je ne le sais pas encore. […] Cela nécessite des évaluations, des discussions avec mes collègues du gouvernement", a-t-il déclaré. 

Deux sièges vides entre deux spectateurs... "Impossible" 

Les artistes souhaitent également connaître les conditions sanitaires de reprise. "On aimerait bien savoir s’il y aura quand même un peu de son cet été en France et comment on pourra jouer", s’interroge Philippe Gautier. À ce titre, des premières mesures sanitaires ont d’ores et déjà été dévoilées dans le rapport du Professeur François Bricaire transmis aux autorités. Mais là encore, ces préconisations laissent certains acteurs culturels perplexes, sinon franchement hostiles. Les recommandations prévoient notamment deux sièges entre chaque spectateur, le port de masque, la suppression éventuelle d'entractes, le nettoyage systématique des instruments de musique, une distanciation des musiciens ou encore des mises en scène adaptées.  

Des mesures impossibles à mettre en œuvre, se désole Jean-Marc Dumontet, propriétaire de six théâtres parisiens. "Le rapport a le mérite de proposer mais pour nous, ça sera blanc ou noir, soit on peut rouvrir totalement, soit on ne peut pas. Je parle du spectacle vivant et du théâtre principalement. Si certains arts peuvent s'y prêter, peut-être un récital avec un pianiste, tant mieux et ça sera formidable car ça sera porteur d'énergie. Mais pour le théâtre, c'est impossible."  

Un accompagnement sur le long terme 

Enfin, les professionnels du spectacle réclament un plan de reprise sur le long terme pour les accompagner financièrement, à l’issue de la crise. "Pendant le confinement, nous avons régulièrement échangé sur la situation avec le ministère de la culture, et quelques rares fois avec Franck Riester. Tous nous ont écoutés. Reste à savoir s’ils nous ont entendus", poursuit Philippe Gautier.   

Il semblerait que oui. Le ministre de la Culture a reconnu mardi matin que les mesures actuelles n’étaient pas "suffisantes pour l'avenir. On travaille avec les organisations syndicales et Muriel Pénicaud" pour permettre "la continuation d'un accompagnement". "Nous sommes déterminés à avoir un dispositif qui les protège sur le temps long". 

Reste à savoir si les paroles ministérielles se traduiront en mesures concrètes. Les artistes l’espèrent. Sinon, ils l’assurent, pour nous tous, "le choc va être violent".  

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