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Commémoration : comment faire vivre l'esprit du 8-Mai malgré le confinement ?

Le président Emmanuel Macron lors de la cérémonie du 8-Mai en 2019, à l'Arc de Triomphe, à Paris.
Le président Emmanuel Macron lors de la cérémonie du 8-Mai en 2019, à l'Arc de Triomphe, à Paris. © Christophe Petit Tesson, AFP

En raison du confinement, la cérémonie du 8-Mai, marquant les 75 ans de la capitulation allemande, se déroulera en comité restreint avec le président de la République. En province, les commémorations autour des monuments aux morts seront aussi interdites au public, mais plusieurs associations appellent malgré tout à rendre un hommage individuel.

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Ce 8 mai 2020 ne sera pas comme les autres. Comme tous les ans, des cérémonies étaient programmées pour commémorer la capitulation allemande en 1945, mais à l'occasion des 75 ans de cette date historique, ces commémorations devaient avoir une résonance particulière. "Ce 75e avait une force colossale, car c'est le dernier grand anniversaire où on peut avoir quelqu'un qui dit : 'J'y étais, j'ai vu'. Dans cinq ans, il n'y en aura plus", prévient Serge Barcellini, le président du Souvenir Français.

En raison du confinement et de la situation sanitaire en France et ailleurs, ces rassemblements et cet ultime hommage n'auront pas lieu. Compte tenu de la pandémie de Covid-19, le gouvernement a annoncé le 20 avril que seul le président de la République se rendra à l'Arc de triomphe "en présence d'un nombre restreint d'autorités civiles et militaires".

Dans l'ensemble des départements, un rassemblement au monument aux morts de la commune chef-lieu sera organisé dans "un format restreint", ainsi qu'un dépôt de gerbes dans les différentes communes. Chacune de ces cérémonies sera fermée au public. "Afin de manifester leur participation à cette journée nationale", le chef de l'État demande cependant "aux Françaises et aux Français qui le souhaitent de pavoiser leur balcon aux couleurs nationales".

"Une cérémonie totalement désincarnée"

Malgré ces annonces, Serge Barcellini ne cache pas sa déception. À la tête de l'une des plus anciennes associations mémorielles qui entretient le souvenir des soldats morts pour la France, il considère que ce 8-Mai sera une "cérémonie administrativo-politique". "Par exemple à Paris, il y a aura le président de la République, la secrétaire d'État, le gouverneur de Paris, le maire de Paris et c'est tout. Ce sera une cérémonie totalement désincarnée sans le peuple", regrette-t-il. Il a ainsi officiellement demandé à ce qu'il y ait une représentation conséquente des porte-drapeaux. "Pour l'instant, un seul est autorisé par commune, mais on peut très bien en mettre une dizaine en respectant les distances sanitaires. On ne peut pas faire de cérémonies du 8-Mai sans la présence de ces personnes qui les font vivre tous les ans."

D'autres associations font le même constat. Le Comité parisien de la Libération a ainsi lancé un appel sur les réseaux sociaux pour que les citoyens français aillent "individuellement déposer le 8 mai 2020 une fleur, un bouquet, un dessin, un poème sur les monuments aux morts, au pied des plaques du souvenir de toutes les victimes du nazisme" de leur commune.

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Publiée par Journée nationale de la Résistance sur Samedi 2 mai 2020

Pour le secrétaire général du Comité parisien de la Libération, ce simple geste est possible tout en respectant les règles sanitaires : "Il n'y a rien qui empêche quelqu'un qui va chercher son pain, qui promène son chien ou qui va faire son jogging, de le faire. Cela permet aux gens de marquer leur attachement à ce passé qui est fondateur", estime-t-il. "La grande masse des gens qui sont morts dans les Ehpad dernièrement sont aussi des gens qui ont vécu cette époque. Certains d'entre eux ont résisté, ont combattu. D'autres ont été internés ou déportés. Ce sont eux qui ont reconstruit le pays et qui nous ont donné cette sécurité sociale qui est si utile en ce moment. On leur doit cet hommage. Ce n'est pas seulement sentimental, c'est une question de respect."

"Ne pas oublier le combat de nos aînés"

Cet appel a été entendu par de nombreuses associations qui ont décidé de le relayer. Dans le Morbihan, Maryline Le Sauce, présidente de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance (Anacr) du pays d'Auray y est très sensible. Depuis plusieurs mois, elle avait planifié différentes cérémonies autour du 8-Mai, mais tout est tombé à l'eau. "Nous devions inaugurer une plaque en mémoire de cinq FFI [Forces françaises de l'intérieur] qui ont été au combat à Étel et nous avions aussi prévu de mettre en avant les femmes résistantes lors de nos discours". À défaut de pouvoir le faire, elle va elle aussi demander à la population de déposer une fleur devant un monument ou une plaque : "Il ne faut pas oublier le combat de nos aînés. L'oubli c'est terrible, c'est les tuer une deuxième fois".

Et pour ceux qui souhaitent quand même participer aux cérémonies, certaines collectivités proposent des alternatives. Dans l'Orne, le président du Conseil général, Christophe de Balorre, a décidé de retransmettre en direct la commémoration sur les réseaux sociaux du département : "Nous nous sommes rendu compte que de nombreux élus et des anciens combattants regrettaient de ne pouvoir commémorer ces 75 ans. Cela nous a poussé à proposer une manifestation classique respectant les règles sanitaires avec 10 personnes maximum, mais filmée. Nous voulions quand même partager ce moment avec les Ornais et les Ornaises".

L'Office national des anciens combattants et victimes de guerre a aussi dû s'adapter. Alors que d'habitude, l'Onac récolte des dons lors des cérémonies du 8-Mai en vendant le traditionnel bleuet de France, elle propose aujourd'hui grâce à un "tuto" de le fabriquer à la maison pour le porter malgré tout.

Dépôt de bouquet, retransmission en direct, kit de dessin... Les initiatives se multiplient donc pour faire vivre tant bien que mal cette commémoration. Pour Serge Barcellini, ce 8 mai 2020 peu ordinaire pourrait même se révéler positif pour l'avenir : "C'est par la cérémonie qu'on commémore traditionnellement en France. Le confinement nous oblige à inventer d'autres voies. Il faut profiter de ce moment pour reconstruire une vie mémorielle qui n'est pas seulement construite sur les jours fériés".

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