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Covid-19 : un test salivaire plus rapide en "phase finale de validation"

Le directeur du laboratoire Sys2Diag, Franck Molina, qui développe avec le CNRS et l'entreprise SkillCell le test salivaire EasyCov, le 30 avril 2020 à Montpellier, en France.
Le directeur du laboratoire Sys2Diag, Franck Molina, qui développe avec le CNRS et l'entreprise SkillCell le test salivaire EasyCov, le 30 avril 2020 à Montpellier, en France. AFP - SYLVAIN THOMAS

Alors que la France a fait du dépistage une pièce maîtresse de son déconfinement, le nouveau test salivaire, plus pratique et moins coûteux, devrait être validé dans les prochains jours. Éléments d'analyse avec Franck Molina, directeur de recherche au CNRS en charge du projet EasyCov.

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Tester systématiquement tous les cas symptomatiques et leur entourage en un temps record. Alors que le déconfinement approche à grands pas, un test salivaire prometteur est en phase de validation.

Ce test permettrait de détecter la présence du virus, sans avoir recours aux laboratoires. Le gouvernement, qui a annoncé, jeudi 7 mai, vouloir pratiquer jusqu’à 700 000 tests par semaine, compte sur ce système. Il pourrait être généralisé à moindre coût et pallier les pénuries de matériel, qui font polémique en France. France 24 s’est entretenu avec Franck Molina, directeur de recherche au CNRS en charge du projet EasyCov.

France 24 : Quels avantages présente le test salivaire ?

Franck Molina : Il s’agit d’un test de terrain pour détecter la présence du virus, qui peut être fait par le patient lui-même et donne un résultat visible à l’œil nu en 30 minutes. Il est plus pratique et moins désagréable que le test dit PCR classique, qui est un prélèvement rhinopharyngé profond. L’avantage, c’est qu’il ne nécessite pas d’analyse en laboratoire et très peu de réactifs. On estime qu’il est dix fois moins cher que le test PCR classique, sans compter les coûts de ce dernier en termes d’infrastructure et de personnel.

Nous visons une fiabilité au moins équivalente, c’est-à-dire 70 % sur les gens symptomatiques, et espérons pouvoir détecter un maximum de patients asymptomatiques, ce qui est plus compliqué car leur charge virale est parfois plus faible.

Où en est-on du processus de validation ?

Nous sommes en phase finale de validation, c’est une question de jours. Nous fonctionnons en double aveugle avec le CHU de Montpellier, chacun fait ses analyses pour ensuite croiser les résultats.

Nous avons pris un peu de retard, environ une semaine et demie, car il y a peu de malades à Montpellier ; il devient difficile de récupérer suffisamment d’échantillons et les échantillons salivaires sont difficilement transportables depuis les zones plus fortement touchées. Le déconfinement risque de provoquer une augmentation douce des cas, ce qui nous permettrait de finir. Nous envisageons également d’élargir nos tests aux hôpitaux environnants si nécessaire. Ce retard est également dû à des problèmes logistiques engendrés par la crise pour obtenir les réactifs.

Pour autant, une fois validée, l’industrialisation de la fabrication devrait être très rapide. Nous souhaitons débuter avec une production de 800 000 tests pour atteindre un million de tests par semaine fin mai. Il devra être pratiqué sous contrôle médical dans un premier temps car, même si nous l’avons conçu comme un autotest pouvant être disponible en pharmacie, les dangers de l’auto-utilisation doivent être évalués et c’est un processus rigoureux qui prend du temps.

Quelle place doit prendre ce test au sein du dispositif de déconfinement ?

La stratégie de l’État est basée sur des grandes plateformes qui produisent massivement du test PCR traditionnel. Notre but est d’ajouter plus d’agilité au système. Il existe beaucoup de domaines où les contacts sont durs à éviter et où il est primordial de tester facilement et rapidement. C’est le cas dans le domaine du sport mais aussi dans les prisons ou les Ehpad.

Plusieurs professions sont également concernées comme les dentistes, qui sont particulièrement à risque de se faire contaminer par leurs patients, que l’on doit pouvoir tester efficacement sans nuire à l’activité des cabinets. Le test salivaire est un processus d’accompagnement à la réponse sanitaire, adapté à des cas à la fois spécifiques et très nombreux.

Avec la crise du Covid-19, la France a fait face à d’importantes pénuries qu’elle peine encore à surmonter. Quelles leçons faut-il tirer à ce stade ?

Pour ce qui est des tests, le problème d’approvisionnement vient principalement des réactifs. Avec la pandémie internationale, tous les pays ont voulu acheter le même type de produit, or il ne s’agit pas d’un dispositif médical de masse et la demande a très largement dépassé la capacité de production. Certains s’en sont mieux sortis que d’autres car ils ont pu s’appuyer sur une production locale, mais la pénurie a touché tout le monde.

Aujourd’hui, on se rend compte qu’il est primordial d’être indépendant en matière de santé et pas uniquement dans les domaines de l’agroalimentaire et de l’énergie. Nous devons sécuriser notre filière de production de réactifs en maintenant notre capacité d’innovation. Cette crise nous invite à être humbles car si certaines leçons peuvent être tirées à ce stade, beaucoup d’incertitudes demeurent à propos du virus et le déconfinement promet d’être un processus extrêmement compliqué.

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