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Cushing, petite ville d'Oklahoma au coeur d'un monde pétrolier bousculé

Un drone piloté par Dale Parrish près des cuves de stockage de pétrole, le 4 mai 2020 à Cushing, dans l'Oklahoma
Un drone piloté par Dale Parrish près des cuves de stockage de pétrole, le 4 mai 2020 à Cushing, dans l'Oklahoma Johannes EISELE AFP
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Cushing (Etats-Unis) (AFP)

Avec ses drones, Dale Parrish traque l'une des informations les plus sensibles du monde pétrolier actuellement: le niveau de brut stocké dans les gigantesques cuves en acier blanc de la petite ville de Cushing, en Oklahoma.

Sous des toits fixes ou flottants, le liquide noir n'est pas visible de l'extérieur. Mais les images en couleur et en infrarouge captées en vol quatre fois par semaine par l'ancien professionnel de la gestion des incendies, ou ses salariés, permettent d'en observer les variations.

Le précieux liquide sert de référence au brut acheté et vendu sur papier à New York par des producteurs du Texas, des raffineurs en Asie, des hedge funds à Londres ou des traders de Wall Street sous le nom de "WTI".

Avec la pandémie de Covid-19, les vols annulés et l'économie paralysée, la demande en carburant s'est effondrée tandis que les puits de pétrole continuaient à pomper. Les cuves de Cushing se sont remplies à toute allure.

Perdue au milieu de l'Amérique rurale et entourée d'une campagne verdoyante, la ville de 7.500 habitants a fait trembler les marchés financiers.

Ceux qui avaient acheté du pétrole sur papier et devaient, comme une fois tous les mois, le revendre pour ne pas être obligés d'en prendre physiquement possession, n'ont pas trouvé preneurs faute de place à Cushing.

Ils ont dû payer pour s'en débarrasser et le baril de WTI, dont le prix influence celui de l'essence à la pompe, est pour la première fois de son histoire tombé le 20 avril sous zéro dollar. Un phénomène inconcevable pour de nombreux acteurs du secteur.

- 384 cuves -

"Il n'y a plus d'espace de stockage disponible actuellement et c'est là que nous intervenons, pour savoir quand ce sera de nouveau le cas", explique Dale Parrish.

Pilote averti de 64 ans, il prend toutes les précautions pour faire décoller son drone depuis le parking d'une école abandonnée, en face d'un ensemble de cuves.

Il en a recensé 384 au total, réparties au sud et au nord de la ville, le long de routes pas toujours bitumées, dans des parcs grillagés. Pas question d'y entrer sans y être dûment autorisé par leurs propriétaires, des géants du pétrole comme Enbridge, Magellan ou BP.

La taille de ces piscines de pétrole hors-sol varie mais elles peuvent contenir en moyenne l'équivalent de 250.000 barils du liquide noir. Le brut arrive du Canada, du Texas ou du Wyoming, par une vingtaine d'oléoducs. Des gros tuyaux blancs surmontés de valves et de robinets colorés qui émergent du sol par intervalle.

L'agence américaine d'informations sur l'énergie indique chaque mercredi le volume de pétrole entreposé à Cushing, une information qui peut faire bouger les marchés. Les cabinets de données auxquels l'entreprise de M. Parrish, Hover Visions, vend ses images veulent habituellement "apporter à leurs clients une idée de ce chiffre à l'avance, pour qu'ils puissent investir en fonction".

"Certains prédisent que les cuves seront remplies à 95% fin mai", ce qui pourrait créer de nouveaux remous sur les marchés, dit-il, tout en soulignant être bien incapable de deviner les aléas du secteur.

- "Carrefour mondial des oléoducs" -

Des ouvriers s'affairent actuellement à la construction d'une douzaine de cuves supplémentaires sur le nouveau complexe du terminal Wildhorse, au sud de la ville. Mais le site bruisse encore du passage incessant des camions de chantier.

Le destin de la ville est lié à celui du pétrole, qu'il s'agisse de l'extraction de brut au début du 20e siècle ou de raffineries aujourd'hui fermées, raconte le directeur général de la mairie Terry Brannon.

Devant le bâtiment municipal se dresse une conduite blanche sur laquelle est inscrit le surnom de Cushing: "le carrefour mondial des oléoducs".

La route principale est bordée de commerces et de restaurants à l'allure modeste mais bien entretenus.

La ville a toujours entreposé du pétrole mais le business du stockage "a explosé au cours des quinze dernières années", dit M. Brannon. Avec les nouvelles techniques d'extraction du pétrole et du gaz de schiste, la production d'or noir s'est envolée aux Etats-Unis.

Le soudain intérêt porté à sa ville, au coeur d'un monde pétrolier désarçonné par un pétrole aux cours négatifs, "est excitant". Mais "on continue à gérer la réalité de tous les jours", ajoute-t-il aussitôt, énumérant toutes les mesures prises pour faire face à la pandémie.

Voir les cours chuter sous zéro, "ça fait mal", confie le responsable. "Je sais l'impact que ça a. Pas seulement sur les finances de la ville mais aussi sur les gens qui travaillent dans la production. Et il n'y a rien de pire que des travailleurs pauvres au chômage."

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