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En Irak, le gouvernement devant des choix contraints: austérité et coupes salariales

Capture d'écran d'un discours télévisé du nouveau Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi, alors tout juste désigné, le 9 avril 2020 à Bagdad
Capture d'écran d'un discours télévisé du nouveau Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi, alors tout juste désigné, le 9 avril 2020 à Bagdad - IRAQI PRIME MINISTER'S OFFICE/AFP/Archives
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Bagdad (AFP)

L'Irak, qui vient tout juste de se doter d'un nouveau gouvernement, s'enfonce parallèlement dans sa pire crise économique et n'a plus d'autre choix que de sabrer les salaires de ses millions de fonctionnaires, au risque de relancer la colère populaire.

Depuis la chute de la dictature de Saddam Hussein en 2003, l'Irak a connu nombre d'années noires. Mais, économiquement, avec un PIB qui s'est contracté de 9,7% et un taux de pauvreté de 20% qui pourrait doubler, 2020 s'annonce comme la pire de toutes, selon la Banque mondiale.

Le deuxième producteur de l'Opep subit de plein fouet la chute vertigineuse des prix du pétrole, entraînée par la pandémie mondiale de Covid-19.

En avril, il est péniblement parvenu à gagner 1,4 milliard de dollars, cinq fois moins qu'un an auparavant et surtout trois milliards de moins que le nécessaire pour payer ses huit millions de fonctionnaires et pensionnés.

Pour continuer à assurer un revenu à tous ces gens --un Irakien sur cinq--, les autorités envisagent de donner moins à chacun, assurent à l'AFP deux responsables gouvernementaux.

En ne touchant pas aux salaires de base et en supprimant seulement les primes --en argent ou en nature--, l'Etat pourrait économiser deux tiers des 36 milliards de dollars qu'il a dépensés en salaires en 2019.

"Pour les plus hauts salaires, les primes représentent plus de la moitié de la somme versée, pour les salaires les plus bas, 30%", détaille l'un des deux responsables.

De manière plus radicale encore, Bagdad réfléchit à imprimer de nouveaux dinars. Mais cela forcerait à piocher dans les réserves en dollars --60 milliards tout juste-- pour éviter une dévaluation comme les Irakiens en ont déjà connu.

- "Trop peu, trop tard" -

L'idée, assurent les responsables, est de resserrer le budget 2020 au maximum: le ramener à 54 milliards, soit un peu plus du tiers de ce qui était prévu dans un projet qui n'a toujours pas été examiné par le Parlement.

Mais, pour l'économiste Ali Mawlawi, "c'est trop peu et -déjà- trop tard".

Car le problème est ancien. Depuis des années, le clientélisme des dirigeants a creusé le déficit d'un Etat toujours incapable de fournir eau et électricité 24h/24.

Le gouvernement sortant d'Adel Abdel Mahdi n'a pas échappé à la règle. "Le prix du pétrole était élevé alors ils ont gonflé, à leur aise, le nombre de fonctionnaires et c'est cela qui a mené à la crise économique", accuse M. Mawlawi.

Début 2019, le budget voté par le Parlement prévoyait 13% d'augmentation des dépenses de salaires et... 127% pour les retraites, dans un des pays pourtant les plus jeunes au monde.

Et alors qu'à l'automne la rue explosait pour réclamer "sa part du pétrole" à des dirigeants "voleurs et incompétents", le gouvernement en rajoutait une couche: 500.000 embauches supplémentaires pour acheter la paix sociale.

Dans un système hérité du socialisme à la Saddam, où tous les diplômés attendent de l'Etat qu'il les embauche dans ses administrations pléthoriques ou paient de généreux pots-de-vin pour faire accélérer le processus, le secteur privé n'a jamais eu sa chance.

Résultat, résume Waël Mansour, qui suit l'Irak pour la Banque mondiale, "cette économie ne crée aucun emploi". Et surtout, elle n'est pas viable face à l'un de taux de croissance démographique les plus élevés au monde: en 2030, l'Irak aura gagné 10 millions d'habitants.

- "Personne ne veut être responsable" -

Si les salaires sont un tel fardeau, c'est aussi dans cette enveloppe financière que se trouve la solution, préconise M. Mansour, car "c'est le seul poste qui peut être jugulé".

Mais, ajoute cet économiste, une telle austérité "pourrait mener à plus de soulèvements" dans la rue.

Le tout nouveau Premier ministre Moustafa al-Kazimi espérait sûrement que le gouvernement démissionnaire depuis cinq mois procèderait aux coupes les plus impopulaires.

Mais, affirme un responsable gouvernemental à l'AFP, "personne ne veut prendre de responsabilité" dans des réunions où les ministres chargés des affaires courantes se contentent de signer des contrats de dernière minute --de quoi s'assurer des rentrées d'argent avant de quitter leur poste... et compliquer un peu plus la tâche des suivants.

Or, les nouveaux venus ont déjà d'autres problèmes en tête. Après la baisse mondiale de la demande de pétrole, l'Irak va devoir baisser sa production sur ordre de l'Opep.

"Si on ne trouve pas vite une solution, il n'y aura plus d'argent en juin", prévient le haut responsable.

"On sera alors incapable de payer notre administration" et donc de faire fonctionner l'Etat, détaille-t-il. Dans un Irak déchiré depuis des décennies par la guerre et les violences, "ce n'est jamais arrivé" de toute son histoire, relève-t-il.

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