Commémorations de l'abolition de l'esclavage : "C'est notre histoire"

Un mémorial de l'histoire de l'esclavage, inauguré à Bordeaux, le 2 décembre 2019.
Un mémorial de l'histoire de l'esclavage, inauguré à Bordeaux, le 2 décembre 2019. AFP - GEORGES GOBET

Les commémorations de l'abolition de l'esclavage organisées le 10 mai auront lieu malgré la pandémie du coronavirus, mais en comité restreint ou virtuellement. Un Facebook live est notamment organisé par la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, en partenariat avec France 24.

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En raison de la pandémie de coronavirus, la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, instituée en application de la loi dite Taubira de 2001 chaque 10 mai, est bouleversée.

Une cérémonie présidée par le Premier ministre Édouard Philippe, a eu lieu dimanche en petit comité. Elle s'est tenue au jardin du Luxembourg à Paris, en présence notamment des présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat ainsi que du président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage (FME) Jean-Marc Ayrault.

"Nous ne mettrons pas entre parenthèses cette commémoration malgré les exigences sanitaires", a ainsi déclaré sur l’antenne de France 24 l’ancien Premier ministre. "Il y aura des cérémonies nationales modestes, à Paris avec le Premier ministre, mais aussi dans les communes de province et d’Outre-mer avec le concours des associations. Il va se passer beaucoup de choses ce 10 mai avec notamment l’organisation d’un live diffusé sur Facebook", a précisé Jean-Marc Ayrault. Ce direct en partenariat avec France 24 rassemble des politiques, des artistes ou encore des historiens invités à échanger autour de cette histoire.

Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et des abolitions

Commémoration numérique 4h d’échanges de débats et de performance en live sur les réseaux,. Pour une mémoire partagée. Parce que #Cestnotrehistoire. Présenté par Bintou Simpore et Claudy Siar Diffusion sur nos réseaux partenaires et sur les comptes de la Fondation.

Publiée par Fondation pour la Mémoire de l'Esclavage sur Dimanche 10 mai 2020

"Il ne s'agit pas de créer de la division"

Le thème des commémorations cette année est "la page manquante". "On ne sait pas comment ce système a été mis en place. On sait qu’il y a eu l’esclavage et l’abolition, mais on sait moins qu’il a fallu trois révolutions pour obtenir cette abolition", explique Jean-Marc Ayrault.

Pour l’ancien maire de la ville de Nantes, plaque tournante du commerce triangulaire, la commémoration du 10 mai est l'occasion de rappeler la place que l'esclavage occupe dans notre histoire nationale. "Cela laisse des traces profondes et des blessures. Il faut les réparer. Il ne s’agit pas de créer de la division, ni d’opposer les mémoires les unes aux autres", a-t-il souligné en faisant référence aux adversaires de cette journée qui dénoncent un excès de repentance. "C’est notre histoire. Et pour que nous la partagions, il faut la faire connaître".

"L’objectif n’est pas de culpabiliser, mais de donner des clés de compréhension et d’un vivre ensemble basé sur la justice, l’égalité, la lutte contre toutes les formes de discrimination et de racisme, mais aussi la fraternité", a insisté Jean-Marc Ayrault, tout en ajoutant qu’il s’agit "d’un combat d’actualité".

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le président Emmanuel Macron a aussi souligné que cette journée "existe pour que jamais nous n'oublions ces pages de notre histoire. Elle nous rappelle la barbarie de la traite négrière et de l'esclavage colonial, ce crime contre l'humanité qui fut perpétré durant des siècles".

"Mais elle nous rappelle aussi que c'est en dénonçant et en détruisant ce système que nous sommes véritablement devenus ce que nous sommes : le pays des droits de l'Homme, et une République une et indivisible qui puise dans sa diversité la force de l'universel", a ajouté le chef de l'État.

Plusieurs dates commémoratives 

Environ 12 à 18 millions d'esclaves, selon les estimations, auraient été déportés au cours de la traite transatlantique depuis l’Afrique subsaharienne vers les Amériques. Sous l'impulsion des philosophes des Lumières, une critique de l'esclavage et de la traite commence à émerger au XVIIIe siècle. Dans "De l'esprit des lois" (1748), Montesquieu se fait ainsi sarcastique vis-à-vis de "ceux qui se disent chrétiens et qui pratiquent l’esclavage". En 1788, la "Société des amis des Noirs" se crée à Paris et vise l'abolition.

La Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 abolit l'esclavage mais reste sans conséquences dans les Antilles françaises. Il faut attendre février 1794 pour que la "Société des amis des Noirs" obtienne une première abolition. Cependant, Napoléon Bonaparte rétablit très vite l'esclavage et la traite en 1802.

Il faudra finalement attendre le 27 avril 1848 pour qu'un décret du gouvernement provisoire de la Seconde République abolisse définitivement l'esclavage dans toutes les colonies françaises. L'abolition de l'esclavage sera inscrite dans la Constitution le 4 novembre 1848.

La date du 10 mai n'est pas la seule à commémorer l'abolition de l'esclavage. Le 23 mai est officiellement "Journée nationale en hommage aux victimes de l’esclavage colonial" tandis que chacun des départements d'outre-mer dispose de ses propres commémorations : 27 avril à Mayotte, 22 mai en Martinique, 27 mai en Guadeloupe, 10 juin en Guyane et 20 décembre à La Réunion. Tous ces jours sont fériés.

 

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