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REPORTAGE

Réouverture des commerces : "Est-ce que les clients vont revenir ?"

Les commerces ont rouvert en France, le 11 mai 2020, après deux mois de confinement. Ici la rue du Commerce, dans le 15e arrondissement de Paris.
Les commerces ont rouvert en France, le 11 mai 2020, après deux mois de confinement. Ici la rue du Commerce, dans le 15e arrondissement de Paris. © Romain Brunet, France 24

Les commerces non essentiels ont pu rouvrir leurs portes, lundi, à condition de respecter un certain nombre de mesures sanitaires. Reportage rue du Commerce, dans le 15e arrondissement de Paris.

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"D'habitude on est fermé le lundi, mais là avec la demande, il a fallu s'adapter, on était obligé d'ouvrir." Cela fait déjà près de trois heures que Jacqueline s'affaire dans son salon de coiffure. Elle et ses huit employés enchaînent les coupes depuis 8h30, lundi 11 mai, après deux mois de fermeture en raison du confinement imposé pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

Pour faire face à l'afflux de la clientèle mais aussi aux restrictions – seuls huit clients sont acceptés à l'intérieur du salon au lieu des vingt habituels –, les horaires d'ouverture ont été allongés d'une heure trente. Gel hydroalcoolique, port du masque obligatoire, vestiaire condamné, marquage au sol, espace de 4 mètres carrés pour chaque poste, blouse à usage unique, désinfection systématique des sièges et des bacs à shampooing : tout a été fait pour limiter au maximum les risques de contamination au Covid-19.

"Il n'y a pas vraiment d'inquiétude, car on a bien préparé la reprise, affirme Jacqueline. On a passé une journée entière la semaine dernière pour tout préparer. Ce matin, tout le monde était content de revenir et de reprendre le travail. Être coiffeur, c'est une passion, ça me manquait. Et puis je ne suis pas vraiment inquiète pour l'avenir : les gens auront toujours besoin de se faire couper les cheveux et on peut difficilement délocaliser notre profession."

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Assise devant Jacqueline, la coupe bientôt terminée après neuf semaines sans passage chez le coiffeur, Sylvie vit cette première journée de déconfinement avec un certain détachement. "Le Covid-19 m'inquiète raisonnablement. Je compte reprendre ma vie en respectant les mesures barrière comme porter un masque dans les transports et les commerces", explique-t-elle. Du moins, si ses lunettes le lui permettent, car au moment de sortir du salon de coiffure, respirer dans son masque crée de la buée sur ses verres. L'hésitation est là : faut-il choisir entre le masque ou les lunettes ? Pour cette fois-ci, ce sera le masque.

"Relancer l'activité de mon quartier"

Un peu plus loin, Benjamin a ressorti ses stands de DVD et de vinyles sur son trottoir. Ses produits sont désormais emballés dans du film plastique. Une cliente venue avec son enfant de 5 ans y cherche un film d'animation, tandis qu'à l'intérieur, un autre client a choisi quelques classiques.

"J'habite dans le quartier depuis pas mal d'années et je tiens beaucoup aux commerces qui s'y trouvent, donc j'essaie de relancer l'activité à mon niveau, en achetant quelques DVD", explique Vincent, 49 ans.

Au total et alors que les commerçants sont souvent fermés le lundi, sur les quelque 140 magasins que compte la rue du Commerce, dans le 15e arrondissement de Paris, un peu plus de la moitié ont ouvert. Il y a parmi eux des noms connus de l'habillement, mais aussi des boutiques indépendantes. Pour ces dernières, les semaines qui viennent seront décisives.

"On va perdre de l'argent, mais si on peut continuer à exister, ça va", juge avec philosophie Melik, à la tête d'une petite boutique de prêt-à-porter. "Dans l'immédiat, il faut liquider les collections installées en février-mars, donc tout est à -30 %. On s'est aussi mis à fabriquer des masques qui suscitent beaucoup d'intérêt. Mais à 8 euros pièce, ça ne remplacera pas les ventes de vêtements à 60 ou 70 euros."

"Une paranoïa ambiante"

Un peu plus haut dans la rue, Sylvie, responsable d'une autre boutique de prêt-à-porter,  se montre encore plus pessimiste. Les clients ne se ruent pas dans sa boutique et la journée s'annonce morose.

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"On se demandait comment les gens allaient réagir au déconfinement et s'ils reviendraient rapidement faire des achats, mais à la mi-journée, on voit que ça va être difficile, reconnaît-elle. Sur un lundi classique, on fait environ 1 000 euros de chiffre d'affaires. Si on parvient à faire 300 ou 400 euros aujourd'hui, ce sera bien."

Ces commerçants sont confrontés à l'inquiétude des Français et ont mis en place des mesures sanitaires pour rassurer les clients. Les vêtements sont passés à la vapeur après chaque essayage et les cintres sont systématiquement lavés avec des lingettes désinfectantes.

"Malgré toutes ces mesures, il y a une paranoïa ambiante, constate Sylvie. Et si ça perdure, ça va devenir complexe, je ne suis pas certaine qu'on pourra garder tous les employés, voire même poursuivre l'activité."

"Reprendre l'activité est une bonne nouvelle, mais on est maintenant confronté à une inconnue : est-ce que les gens vont revenir ?", interroge Melik, par ailleurs inquiet à l'évocation d'une possible deuxième vague qui "pourrait être fatale".

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