Vaccin de Sanofi contre le Covid-19 : le laboratoire essaie d'éteindre l'incendie

Le siège de Sanofi à Paris.
Le siège de Sanofi à Paris. © Christian Hartmann, Reuters

Le président du conseil d'administration du laboratoire pharmaceutique Sanofi a assuré jeudi soir qu'aucun pays ne sera privilégié quant à la fourniture d'un éventuel vaccin contre le nouveau coronavirus. Le directeur du groupe avait annoncé que les États-Unis seraient prioritaires en raison de leur soutien financier à la recherche.

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Objectif : éteindre la polémique. C'est le président du conseil d'administration du laboratoire pharmaceutique Sanofi, Serge Weinberg, qui s'est prêté à l'exercice jeudi 14 mai sur France 2. "Je vais être extrêmement clair : il n'y aura aucune avance particulière d'aucun pays", a dit Serge Weinberg sur France 2, assurant que les propos du directeur général Paul Hudson avaient été déformés.

Dans une interview publiée mercredi par l'agence Bloomberg, ce dernier avait déclaré que les États-Unis seraient prioritaires dans la fourniture d'un éventuel vaccin en raison de leur soutien financier à la recherche.

Le gouvernement américain "a le droit aux plus grosses pré-commandes", a-t-il expliqué à Bloomberg, car "ils ont investi pour essayer de protéger leur population". Une avance qui sera de quelques jours ou quelques semaines sur le reste du monde, a-t-il précisé.

Des propos qui ont déclenché de vives réactions côté français. Emmanuel Macron s'est "ému" de l'annonce de Sanofi. Le président français a estimé que "les efforts déployés ces derniers mois montrent qu'il est nécessaire que ce vaccin soit un bien public mondial, extrait des lois du marché". Une rencontre doit avoir lieu le mardi 19 mai à l'Élysée avec les dirigeants du groupe pharmaceutique "pour essayer d'aller au-delà et de travailler ensemble".

De son côté, le Premier ministre Édouard Philippe a affirmé que "l'égal accès de tous au vaccin n'est pas négociable".

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La secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, a indiqué avoir "immédiatement contacté" le groupe pharmaceutique français après les propos de son directeur général. "Le patron de Sanofi France m'a confirmé que le vaccin serait accessible à tous les pays et évidemment (...) aux Français, ce d'autant qu'il a des capacités de production en France", a-t-elle indiqué.

Sanofi met l'UE face à ses responsabilités

Dans un premier temps, le géant pharmaceutique avait renvoyé la balle à l'Union européenne jeudi matin. "Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l'UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin", a déclaré sur la chaîne BFMTV le président de Sanofi France, Olivier Bogillot.

Or, "le gouvernement américain s'est fortement mobilisé très tôt financièrement", a-t-il souligné, soulignant que les États-Unis avaient déjà prévu de verser "plusieurs centaines de millions d'euros".

Par contraste, "on est en pourparlers avec les autorités européennes (...) et certains États de l'UE comme la France et l'Allemagne pour accélérer les choses", a-t-il poursuivi, notant qu'il s'agissait aussi de faciliter les procédures réglementaires.

D'autres responsables politiques ont fait part de leur consternation sur les réseaux sociaux. Le président de la région Hauts de France, ex-membre du parti Les Républicains et ancien ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a interpellé Emmanuel Macron sur Twitter, jugeant "impensable qu'une entreprise qui a son siège en France et qui bénéficie de crédits d'impôts recherche délivre un vaccin aux États-Unis avant nous".

"Sanofi veut privilégier le marché US alors que sa recherche est largement financée par le Crédit Impôt Recherche", a aussi relevé le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, sur Twitter.

Collaborations avec GSK et Translate Bio

Concernant les recherches elles-mêmes, Olivier Bogillot a confirmé que l'objectif restait le développement d'un vaccin utilisable d'ici 18 à 24 mois, soulignant qu'un tel calendrier est extrêmement accéléré par rapport à la normale, qui tourne autour d'une dizaine d'années.

Sanofi, l'un des plus grands spécialistes des vaccins au monde, s'est lancé dans la course contre le nouveau coronavirus mi-février, avec l'annonce d'un accord de coopération avec l'Autorité pour la recherche et développement avancée dans le domaine biomédical (Barda), qui dépend du ministère américain de la Santé.

Sanofi utilisera sa technologie de recombinaison de l'ADN pour "accélérer la mise au point d'un vaccin potentiel contre le Covid-19", indiquait-il alors. À cet effet, le groupe s'est allié avec le britannique GSK, une collaboration dont les deux laboratoires espèrent obtenir un résultat d'ici 2021.

Par ailleurs, le laboratoire français collabore également avec Translate Bio, une biotech américaine, qui développe des médicaments à base d'ARN messager, dans le but de mettre au point un autre type de vaccin contre le Covid-19. À travers le monde, plus de 100 projets de vaccins sont actuellement à l'étude, avec une dizaine d'essais cliniques déjà en cours.

Avec AFP

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