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Face au Covid-19, Cuba se bat sur tous les fronts

À Cuba, des médecins se rendent chez des habitants de La Havane pour recueillir des informations médicales, le 31 mars 2020.
À Cuba, des médecins se rendent chez des habitants de La Havane pour recueillir des informations médicales, le 31 mars 2020. © Adalberto Roque, AFP

Avec seulement 79 décès recensés à ce jour, l'île de Cuba offre une belle résistance à la pandémie de coronavirus. Elle s'appuie pour cela sur un secteur médical très étoffé, qui lui permet également d'envoyer des médecins à l'étranger pour lutter contre cette maladie.

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Le porte-à-porte des blouses blanches ne faiblit pas depuis deux mois à Cuba. Les habitants des principales villes de l'île reçoivent régulièrement la visite d'étudiants en médecine ou de soignants qui viennent s'enquérir de leur santé, de leurs activités quotidiennes et vérifier qu'ils appliquent bien les mesures de protection contre le Covid-19. Les masques sont pratiquement tous confectionnés localement, tout comme les solutions hygiéniques destinées à se laver les mains. Et les personnes qui ressentent les symptômes de la maladie sont invitées à se rendre rapidement dans le centre médical qui se trouve dans chaque quartier.

Ce travail de détection et d'information, également réalisé lorsque la dengue frappe l'île, est rendu possible par l'importance du secteur de la santé, véritable pilier du régime cubain depuis près de 60 ans. Les autorités lui consacrent environ un quart du budget national. Cet investissement massif a notamment pour conséquence une très forte densité du nombre de médecins sur l'île : Cuba compte, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), 82 médecins pour 10 000 habitants, contre 32 pour la France ou 26 pour les États-Unis. La recherche médicale y est également très développée et les Cubains ont lancé plusieurs essais cliniques pour tenter de trouver un traitement contre le Covid-19, en testant notamment l'efficacité d'un médicament antiviral, Interferón, produit sur l'île et utilisé depuis de nombreuses années pour lutter contre la dengue ou certains cancers.

"La santé est un axe de développement du gouvernement révolutionnaire cubain", explique à France 24 Nils Graber, anthropologue de la santé affilié à l'université de Lausanne. Le régime cubain en a fait une de ses priorités, en mettant sur pied un système capable de s'adapter aux différents risques épidémiologiques de la région Caraïbes et de répondre aux événements climatiques qui frappent régulièrement cette île. Des salles aménagées en cas de cyclone servent ainsi actuellement de lieux de quarantaine pour les personnes infectées.

Des pénuries alimentaires

Selon les statistiques du ministère cubain de la Santé établies au 13 mai, 1 810 personnes ont été contaminées et 79 sont mortes, un bilan faible au vu des quelque 11 millions d'habitants que compte l'île. Et depuis deux semaines, Cuba enregistre plus de guérisons que de nouveaux cas de coronavirus. "Ces chiffres, nous les donnons avec beaucoup de précaution, pour ne pas donner l'impression que le problème est déjà réglé", a insisté mercredi le docteur Francisco Duran, directeur du département Épidémiologie du ministère de la Santé, chargé de présenter les chiffres chaque jour à la télévision. Au contraire, maintenant "c'est le moment le plus important, il ne faut pas baisser la garde".

Les autorités, qui ont interdit tous les transports publics, redoutent notamment les contagions dans les files d'attente pour acheter à manger. Elles se sont considérablement allongées et multipliées ces derniers temps, comme le constate Jose Goitia, correspondant de France 24. "Ils ont fermé les grands supermarchés pour les remplacer par des multitudes de petites boutiques par quartiers. Il y a des queues dès l'aube, beaucoup de revendeurs, les prix ont doublé, voire triplé, au marché noir", explique t-il. Des denrées viennent à manquer et le quotidien s'avère très difficile pour cette île qui souffre durement de la fermeture complète de ses frontières décrétée le 31 mars, le tourisme étant le véritable moteur de son activité économique.

La capacité de résilience de la population s'est maintes fois vérifiée depuis l'avènement du régime castriste dans les années 1960, au fil des crises internationales ponctuées de sanctions économiques qui affectent durement l'île. Et la pandémie n'a pas apaisé les tensions entre le gouvernement cubain et celui Donald Trump. Les autorités américaines ont certes annoncé que les sanctions en vigueur permettent l'envoi "d'aide humanitaire" dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, mais La Havane a annoncé que plusieurs pays avaient renoncé à envoyer du matériel médical par peur des représailles.

La diplomatie médicale de Cuba

Une source de tensions s'est même ravivée entre les États-Unis et Cuba, liée à l'envoi par La Havane de nombreux médecins aux quatre coins de la planète. L'envoi de "blouses blanches" à l'étranger pour témoigner de son excellence médicale et sa solidarité est un des piliers de la diplomatie cubaine depuis des décennies. Mais pour le secrétaire d'État américain, Mike Pompeo, "le régime de La Havane profite de la pandémie de Covid-19 pour continuer à exploiter les soignants cubains. (...) Les gouvernements qui acceptent des médecins cubains doivent les payer directement. Sinon, quand ils paient le régime, ils aident le gouvernement cubain à tirer profit d'un trafic d'êtres humains".

Mike Pompeo a ainsi relancé la polémique autour de la manière dont Cuba tire profit de l'envoi depuis des décennies de bataillons de médecins à l'étranger. Les études médicales sont gratuites pour les Cubains et nombre d'entre eux ont ensuite la possibilité d'aller travailler à l'étranger, dans le cadre de missions durables ou bien à l'occasion de crises sanitaires, comme en Afrique pour lutter contre le virus Ebola. Depuis les années 1990, monnayer l'envoi d'effectifs médicaux est une priorité pour l'État cubain pour maintenir un certain prestige international et soutenir son économie.

"La pandémie a permis à Cuba de maintenir ce système qui était sous tensions avec l'abandon de certaines collaborations", estime Nils Graber. En 2019, près de 9 000 médecins ont ainsi dû rentrer à Cuba après l'expiration de leurs contrats au Brésil, en Équateur ou en Bolivie, privant ainsi le régime d'une entrée considérable de devises. Et de nombreux professionnels ont donc pu reprendre du service avec la pandémie : une cinquantaine de médecins et de soignants sont ainsi arrivés en Italie dès la fin mars. Plus récemment, l'Afrique du Sud en a accueilli 216. Une mission qui, selon plusieurs médias locaux, coûtera plus de 21 millions d'euros à l'Afrique du Sud. Ils ont fait état d'un document de l'administration fiscale prévoyant le versement de cette somme à Cuba pour payer le travail de ce contingent médical et financer son séjour.     

En tout, Cuba aurait envoyé entre 1 500 et 2 000 soignants dans 23 pays. La France devrait bientôt figurer sur cette liste puisque des médecins cubains sont attendus en Guadeloupe et en Martinique. Un décret paru au Journal officiel début avril autorise certains territoires d'Outre-Mer à recourir à des médecins étrangers dans le but de faire face au manque de professionnels de la santé. "Cela fait vraiment sens avec les médecins cubains car ils ont une très bonne connaissance du contexte régional", note Nils Graber. Des échanges scientifiques existent déjà entre ces territoires français et Cuba et les médecins cubains y sont, par endroits, attendus avec impatience.

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