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Attaque d'une maternité à Kaboul : "Ils sont venus pour tuer les mères"

Entrée de l'hôpital Dasht-e-Barchi à Kaboul le lendemain de l'attaque survenue le 12 mai 2020.
Entrée de l'hôpital Dasht-e-Barchi à Kaboul le lendemain de l'attaque survenue le 12 mai 2020. © Frederic Bonnot, MSF

Le 12 mai, des hommes en armes ont donné l'assaut sur une maternité de MSF à Kaboul, tuant 24 personnes, dont des mères et des enfants. Une attaque choquante qui fragilise le système de santé, renforce la vulnérabilité des femmes et ravive les tensions entre forces afghanes et Taliban.

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Hajar Sarweri était sur le point de donner vie à son second enfant, mardi 12 mai, aux environs de 10h du matin, quand plusieurs hommes en armes ont pénétré dans la salle de travail de la maternité de Médecins Sans Frontières (MSF), au sein de l'hôpital Dasht-e-Barchi, à Kaboul. Ils lui ont tiré deux fois dans le ventre, la tuant sur le coup, ainsi que son enfant à naître.

Les détails viennent du Washington Post. Ses journalistes ont couvert les funérailles de Hajar Sarweri, qui ont eu lieu dès le lendemain, comme le veut la tradition, dans l'islam. "Sa famille l'a enterrée au sommet d'une colline, sous un ciel couvert, à la sortie de la capitale afghane. L'enfant était toujours dans son ventre", peut-on lire dans l'article.

"C'était méthodique"

Dans cette "attaque abjecte", comme la qualifie MSF, 24 personnes au total ont été tuées et au moins 20 blessées par ces individus armés – dont le nombre reste incertains. Ils ont donné l'assaut pendant plus de quatre heures, "à coup de tirs et d'engins explosifs", précise l'ONG. 

"Ils sont entrés dans les chambres de la maternité, en tirant sur les femmes qui étaient dans leurs lits. C'était méthodique. Les murs étaient criblés d’impacts de balles, il y avait du sang sur le sol des chambres, des véhicules brûlés et des fenêtres cassées", raconte Frédéric Bonnot, responsable des programmes de MSF en Afghanistan, dans un communiqué du 14 mai.

Parmi les morts, on compte onze femmes, dont trois étaient en salle d’accouchement, sur le point de donner naissance à leur bébé. Figurent aussi deux jeunes garçons et une sage-femme afghane qui travaillait avec MSF. Deux nouveau-nés ont été blessés, dont l'un d'une balle dans la jambe. Parmi les survivants, une femme et son enfant, né au cours de l'attaque. "La mère et son bébé se portent bien", précise MSF.

"Un symbole pris pour cible"

En cellule de crise deux jours après le drame, MSF essayait toujours, jeudi, de comprendre ce qu'il s'est passé dans sa maternité de Kaboul. Des bébés ayant perdu leur mère dans l'attaque ont pu être confiés à leurs proches, mercredi, dans un hôpital de l'ouest de la ville. Mais l'ONG cherche toujours à réunir des familles ainsi qu'à tracer des patients et du personnel. "Nous sommes encore dans l'urgence", explique à France 24 la chargée des relations presse, Assia Shihab.

Les activités médicales de la maternité de Dasht-e-Barchi sont, quant à elles, toujours suspendues. D'une capacité de 55 lits, la maternité qui a été ciblée le 12 mai a vu naître près de 5 500 enfants depuis son ouverture en 2014 dans ce quartier pauvre de l'ouest de Kaboul, et a soigné plus de 500 nourrissons.

"C'est tout un symbole pris pour cible (...) L'hôpital était le plus fréquenté du quartier de Dasht-e-Barchi, largement habité par la minorité hazara, communauté chiite d'Afghanistan souvent prise pour cible par l'organisation État islamique (EI)", précise Sonia Ghezali, la correspondante de France 24 à Kaboul.

Accès aux soins limités, femmes vulnérables

Mais cette attaque dépasse tout ce qui a été vu précédemment. "C'est tellement choquant. Nous savons que ce quartier a été la cible d’attaques par le passé, mais personne ne pouvait s'attendre à ce qu'il y ait une attaque sur une maternité. Ils sont venus pour tuer les mères", ajoute Frédéric Bonnot.

Sa fermeture, même temporaire, inquiète l'ONG alors que "plusieurs maternités sont fermées en ce moment en raison de l'épidémie de Covid-19", précise Assia Shihab. Et cette conjoncture sanitaire ne fait qu'aggraver l'ordinaire où l'accès aux soins est particulièrement difficile dans ce pays politiquement instable et économiquement dépendant.

Pour les femmes, qui plus est enceintes, l'offre de soins de santé maternelle est très limitée, "voire inexistante", dans les provinces du pays comme dans la capitale, qui a connu une explosion démographique ces dernières années. Le pays possède l'un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, avec 396 décès pour 100 000 naissances, selon les données de l'OMS en 2016. 

Le processus de paix en péril

Choquante pour l'ensemble de la communauté internationale, la brutalité de l'attaque de la maternité ne l'est pas moins pour les autorités afghanes. D'autant que quelques heures plus tard, une nouvelle attaque à la bombe survient lors de funérailles, dans l'est du pays. Revendiquée par le groupe État islamique, celle-ci fait 32 morts et plus de 133 blessés.

Les Taliban ne revendiquent aucune des deux attaques. Pourtant, les autorités afghanes associent les drames du 12 mai aux offensives, nombreuses, menées ces dernières semaines par le groupe insurgé – plus de 3 700, selon les renseignements afghans, depuis la signature de l'accord americano-taliban, le 29 février 2020.

Le 12 mai, le président Ashraf Ghani a donné l'ordre de reprendre "les opérations contre l'ennemi". Mercredi, alors que des familles endeuillées enterrent leur femme, enfant dans le ventre, les Taliban se disent prêts à une contre-offensive. Des passes d'armes qui remettent en question un processus de paix déjà incertain, dans un pays où le don de la vie la vie se confond désormais avec la menace de la mort.

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