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Brexit : les négociations sur l’accord commercial sont dans l’impasse

Le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, lors des discussions sur l'accord commercial du Brexit à Bruxelles, le 15 mai 2020.
Le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, lors des discussions sur l'accord commercial du Brexit à Bruxelles, le 15 mai 2020. © Francois Lenoir, Reuters

Au terme d’une nouvelle semaine de négociations sur l’accord commercial du Brexit, le Royaume-Uni et l’Union européenne n’ont pas trouvé de terrain d’entente. Si la tension monte, Londres juge qu’il est encore possible d’éviter une sortie sèche de l’UE.

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Après une semaine de négociations sans résultats, les tensions entre Londres et Bruxelles sont montées d’un cran concernant le Brexit. "J'ai invité le Royaume-Uni à changer de tactique s'ils veulent vraiment un accord avec nous" a prévenu vendredi 15 mai le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

"Il y a encore aujourd'hui, pour tout vous dire, une réelle incompréhension" avec Londres, a ajouté le Français. "Nous sommes prêts à toutes les options", y compris au "no deal" (l'absence d'accord, NDLR), a-t-il prévenu.

Au même moment, son homologue britannique David Frost fustigeait le "peu de progrès" accomplis et réclamait lui aussi "un changement d'approche" de Bruxelles avant les prochaines discussions.

Les pourparlers doivent reprendre le 1er juin et toute prolongation de la période prévue pour s'accorder sur la nouvelle relation doit être demandée avant le 1er juillet.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui a remporté les législatives de décembre sur sa promesse de "réaliser le Brexit" à tout prix, exclut catégoriquement d'étendre les discussions au delà de la fin de l'année 2020. Les Britanniques souhaitent que cela soit enfin "réglé", a-t-il répété cette semaine.

Un accord sans droits de douane ni quota proposé

Le Royaume-Uni a quitté officiellement l'UE le 31 janvier, après 47 ans d'un mariage houleux mais pour l'instant et jusqu'à la fin de cette période de transition, il continue d'en suivre les règles sans avoir voix au chapitre.

Faute d'accord et de prolongation, les échanges seraient régis par les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), érigeant brutalement de nouvelles barrières commerciales et causant d'importants coûts pour les entreprises importatrices des deux côtés et des retards à la frontière.

Pour éviter un tel scénario, Bruxelles propose un accord sans droits de douane ni quota en échange de concessions jugées inacceptables par Londres, notamment un alignement sur certaines normes européennes et un large accès aux eaux britanniques pour les pêcheurs européens.

Faute de succès, les autorités britanniques se disent prêtes à ce qu'elles comparent au cadre régissant les échanges entre l'UE et l'Australie, ce qui revient quasiment aux règles de l'OMC.

"C'est parfaitement faisable et satisfaisant", a assuré vendredi une source britannique proche des négociations, rejetant de nouveau une prolongation de la période de transition : "Même si on nous la proposait nous ne l'accepterions pas".

"Conserver une liberté de régulation" après le confinement

Nombreux sont ceux qui pensaient que Boris Johnson ferait marche arrière et se plierait à une prolongation en raison de la pandémie de Covid-19, qui a contraint les négociateurs à discuter par vidéo interposée et causé une crise économique historique au Royaume-Uni, rendant peu souhaitable un nouveau choc.

Mais la pandémie, pour certains, a aussi renforcé l'argument selon lequel le Royaume-Uni, deuxième pays le monde le plus endeuillé (33 000 morts), doit être libre de ses décisions.

Une source proche des négociateurs britanniques a indiqué à l'AFP que Londres ne voudra être lié à aucune des mesures de redressement européennes sur le long terme, à propos desquelles il n'aura pas son mot à dire. Le gouvernement britannique voudra au contraire mettre en place ses propres dispositifs, renforçant son opposition aux demandes de Bruxelles d'inclure des normes communes dans un accord commercial.

"Si le Royaume-Uni veut pouvoir réagir efficacement et rapidement à la récession économique faisant suite au confinement, il doit conserver autant de liberté de régulation que possible", souligne Leila Simona Talani, professeure d'économie politique internationale au King's College London.

Selon elle, le coronavirus "rend une extension moins viable et l'issue d'une absence d'accord plus probable", du moins du point de vue britannique.

Il y a aussi la vision cynique que les conséquences d'un "no deal" seraient de toute manière réduites par rapport au désastre économique et social qui commence.

Accord de dernière minute ?

Mujtaba Rahman, expert du cabinet Eurasia Group, est d'avis que Boris Johnson ne fera pas de demande d'extension car il table sur la possibilité d'un accord de dernière minute "à l'approche de décembre, vu à Downing Street comme la véritable échéance".

"Le Premier ministre est prêt à prendre le pari que l'UE se sentira davantage sous pression que le Royaume-Uni, dans le monde du nouveau coronavirus, pour conclure un accord", ajoute-t-il dans une note d'analyse. 

L'UE est coutumière des accords de dernière minute, et une source européenne souligne auprès de l'AFP qu'il ne faut "jamais sous-estimer l'ingéniosité des fonctionnaires quand il s'agit de trouver des solutions imaginatives".

Avec AFP

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