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Déconfinement : l’heure du dilemme pour les grands-parents

Un résident se promenant dans le jardin d'un Ehpad, à Bordeaux, le 14 avril 2020.
Un résident se promenant dans le jardin d'un Ehpad, à Bordeaux, le 14 avril 2020. © Georges Gobet, AFP

Depuis le 11 mai, date du début du déconfinement, les familles peuvent à nouveau se retrouver. Mais beaucoup de grands-parents restent partagés entre la joie de revoir les petits-enfants et la peur du coronavirus.

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Revoir ou ne pas revoir ses petits-enfants ? Telle est la question qui taraude actuellement les grands-parents. Alors que le France a opéré depuis le 11 mai une levée progressive du confinement, les mamie, papou, grand-ma, mounette et pépé, cernés de près par le Covid-19, s’interrogent. À chacun sa stratégie. 

Légalement, chacun peut désormais se rendre où bon lui semble, dès lors que son périple ne dépasse pas les 100 km ou les limites du département. Mais les autorités recommandent la plus grande prudence. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, a appelé chacun, la veille du déconfinement, sur France Inter, au “civisme” et à un “esprit de responsabilité”. “Je pense que peut-être il vaut mieux attendre un mois ou deux plutôt que de proposer à ses grands-parents qui sont en province, de venir nous voir à Paris pour voir le petit dernier qui est né et de s'exposer dans un département qui est encore rouge à un risque de contamination.”  

Dessin d'une petite fille de 5 ans adressé à ses grands-parents.
Dessin d'une petite fille de 5 ans adressé à ses grands-parents. © France 24

Le déconfinement, une “bénédiction” 

Lida, elle, n’a pas tenu. Pas question d’attendre plus longtemps pour rencontrer son petit Mathis, né le 1er mai. Pour cette grand-mère, qui a déjà une petite-fille de 3 ans et un petit-fils de 2 ans, l’attente devenait insoutenable. “Je préférais mourir du coronavirus que mourir de tristesse loin de mes petits-enfants", lâche la mère de famille de 68 ans. Il faut dire que celle que ses proches nomment affectueusement Mamili avait l’habitude de voir chacun de ses petits-enfants toutes les semaines. “Je trouvais toujours une petite excuse pour les voir. Apporter quelque chose, les garder pour dépanner les parents. Alors, ne plus les voir du jour au lendemain a été une vraie souffrance”. Il y a bien les rencontres par écrans interposés pour pallier le manque. “Mais après chaque rendez-vous WhatsApp, j’avais des larmes aux yeux et une boule dans la gorge. Le manque se faisait encore plus grand”. Le temps paraissait infini. “J’en venais même à imaginer mes petits-enfants aller à l’université sans les avoir revus”.  

Puis, l’heure du déconfinement est arrivée. La mesure à peine prononcée, la famille décide de se réunir, profitant d’une période où les risques de contamination sont moindres. Chacun bien décidé à respecter au mieux les gestes barrières. “Dès que je les ai revus, je les ai serrés dans les bras, mon masque est parti, l’amour a fait voler les gestes barrières. Il a pris la place du coronavirus. La fatigue des préparatifs est partie. Mes yeux brillaient. C’était une bénédiction. Un moment exceptionnel.” Dans son pavillon de Créteil, la sexagénaire a depuis repris goût à la vie et attend désormais les prochaines rencontres avec impatience.  

Des liens renforcés 

À Paris, Florence, grand-mère de 68 ans, n’a pas ressenti de manque. Pourtant habituée à rendre régulièrement visite à ses deux petites-filles de 6 et 3 ans qui habitent le même quartier, elle avoue avoir réussi à nouer une relation particulière au fil des semaines. “Paradoxalement, je partage plus de moments avec mes petites-filles depuis qu’elles sont confinées en province que je ne fais à Paris.” Pour tromper l’éloignement, la famille a mis en place un rendez-vous immuable en vidéo. “Tous les soirs, je partage de longs moments avec la grande, en lui lisant des histoires sur FaceTime. Je la vois, elle me raconte sa journée, elle m’emmène partout avec elle. Et je fais écouter des comptines à la plus petite. Ensemble, nous rions énormément. La parole est essentielle, plus importante pour moi que le lien physique”. Même si la jeune grand-mère le reconnaît, elle aimerait tout de même bien pouvoir les retrouver en vrai pour passer quelques jours cet été. 

Dessin réalisé pendant le confinement.
Dessin réalisé pendant le confinement. © France 24

Non loin de là, à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, on n’a pas vraiment eu le choix. Après trois semaines de confinement, Aïcha, infirmière libérale qui commence tôt le travail, n’a eu d’autres solutions que de confier la garde de ses deux enfants de 4 ans et 11 mois à ses parents, à Troyes. “Pour eux, il n’aurait de toute façon pas été question de refuser de les garder. La notion de cocon familial est très forte chez nous. D’ailleurs, ma sœur leur a également laissé ses deux enfants.” Depuis, la joyeuse tribu coule des jours heureux dans le Grand Est. 

“Avec leurs cousins, les enfants profitent de la grande maison et du vaste jardin bordé par un bras de Seine. Mes parents, eux, sont enchantés de cette situation. C’est la fête !” Bien sûr, chacun observe les précautions sanitaires d’usage. “Mes parents et les petits ne sont pas sortis un seule fois depuis le début du confinement. Et lorsqu’on leur rend visite le week-end, on se lave les mains, on porte des masques et garde nos distances.” Bientôt, la parenthèse enchantée s’achèvera. “Ma fille reprendra l’école en juin et on a trouvé une personne pour s’occuper du petit. En attendant, ils comptent bien tous en profiter jusqu’au bout”. 

Dessin de
Dessin de © Eliah

"Tant pis pour l’interdiction de voyager au-delà de 100 kilomètres” 

Autre famille, autre stratégie. En Touraine, on prend son mal en patience. “Nous n’avons pas l’habitude de voir souvent nos trois enfants et nos huit petits-enfants tous installés en région parisienne, confient Marie-France et Jean-Marie, un couple de septuagénaires. Alors on attend.” Même si cette fois, l’attente est plus longue que d’habitude. “On ne sait pas quand nous pourrons les revoir. Pour le moment, on préfère rester prudent. Mais si les enfants avaient besoin de nous pour garder les petits, nous n’hésiterions pas un seul instant pour les accueillir. Et tant pis pour l’interdiction de voyager au-delà de 100 kilomètres”.  

Sans motif familial impérieux ou professionnel, chacun encourt une amende de 135 euros s'il tente de se déplacer à plus de 100 km de son domicile. Une mesure qui n’est pas du goût d’Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l’école des grands-parents européens. Elle milite pour son retrait. “Les grands-parents ne sont pas seulement là pour se faire payer leur retraite. La France a été à l’arrêt, elle doit repartir et tout le monde doit se mettre un coup de pied aux fesses. Et dans ce contexte inédit, les seniors ont toute leur place à prendre. S’occuper des petits-enfants pour que les parents puissent retravailler en fait partie.” 

Depuis le confinement, la plateforme d’écoute téléphonique – “allo grands-parents.fr” – dont elle est responsable est assaillie de témoignages de grands-parents en proie au doute. “Comment ne s’interrogeraient-ils pas ? Depuis le début de l’épidémie, on n’a cessé de leur répéter qu’au-delà de 65 ans, on était indésirable. Qu’ils devaient se confiner jusqu’à ce que mort s’en suive.” Or “les grands-parents ne sont pas tous en Ehpad. Que ceux qui ont peur pour diverses raisons restent confinés. Et que ceux qui veulent revoir leurs petits-enfants le fassent librement car on sait désormais que les plus jeunes ne transmettent pas le virus. À notre âge, on est assez grand pour savoir ce qu’on doit faire”. 

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