RD Congo : le Covid-19 ne doit pas faire oublier les massacres dans l'Est, prévient le Dr Mukwege

Des soldats de la Monusco patrouillant dans la région d'Ituri (RD Congo) en mars 2020
Des soldats de la Monusco patrouillant dans la région d'Ituri (RD Congo) en mars 2020 © Samir Tounsi, AFP

Le prix Nobel de la Paix 2018 a publié, mardi, un communiqué dans lequel il appelle les autorités de la RD Congo à "démontrer", comme pour la crise du Covid-19, une "réelle volonté politique pour mettre fin à l'insécurité à l'Est de la RDC".

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"La crise du Covid-19 ne doit pas nous faire oublier les atrocités qui se poursuivent dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) dans l'indifférence", a prévenu, mardi 19 mai, le gynécologue Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018.

"Les massacres sur les populations civiles" se poursuivent en Ituri et au Nord-Kivu, accuse le médecin congolais dans un communiqué.

Plus de 400 civils ont été massacrés par le groupe armé d'origine ougandaise ADF depuis novembre dans le Nord-Kivu où de nouvelles violences sont rapportées depuis plusieurs jours.

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Mardi, au moins cinq personnes ont encore été tuées, lors d'une incursion d'assaillants à Mayi Moya à 40 km au nord de Beni, ont indiqué l'administrateur du territoire et la société civile à un correspondant de l'AFP.

Au total, "15 civils ont été massacrés en moins de 48 h par les ADF", selon le décompte, mardi, de l'ONG locale de défense des droits de l'Homme Cepadho.

Près de 300 civils massacrés en 2020 en Ituri

Près de 300 civils ont été massacrés depuis le début de l'année en Ituri, dont une vingtaine dans la nuit du 16 au 17 mai. Des violences attribuées à un groupe ethnico-mystique, la Codeco (Coopérative pour le développement du Congo).

"Au Sud-Kivu, les armées rwandaises et burundaises se battent par groupes armés interposés dans les hauts-plateaux de Minembwe, détruisant tout sur leur passage", poursuit le docteur Mukwege.

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"Et dans le Tanganyika, les Zambiens qui, jusque-là, avaient entretenu de bonnes relations de voisinage avec la RD Congo, à l'instar de nos voisins de l'Est, ont récemment envahi notre territoire avec des conséquences incalculables pour notre population", ajoute-t-il.

"Les forces armées de la RDC sont en alerte" à la frontière avec la Zambie où "l'armée poursuit l'occupation de deux localités" en territoire congolais, avait indiqué, vendredi dernier, le ministre de la Défense, selon le compte-rendu du Conseil des ministres.

Le docteur Mukwege souhaite "un tribunal international pénal pour la RDC"

"Face au Covid-19, le gouvernement a montré qu'il pouvait faire preuve de volonté politique", reprend le docteur Mukwege, lui-même chargé des équipes de prise en charge dans sa province du Sud-Kivu.

"Il y a urgence pour nos autorités à démontrer également une réelle volonté politique pour mettre fin à l'insécurité à l'Est de la RDC", enjoint-il.

Il plaide pour "l'établissement d'un tribunal international pénal pour la RDC" et une "réforme profonde des secteurs de la sécurité et de la justice", des solutions contre l'impunité contenues, selon lui, dans un rapport onusien datant d'il y a dix ans.

Des dizaines de groupes armés sont actifs dans l'est de la RDC, petites milices locales et grosses structures très armées et très meurtrières (Codeco en Ituri, ADF et FDLR au Nord-Kivu).

Onze groupes armés actifs dans le territoire de Lubero (Nord-Kivu) ont déclaré, lundi, dans un communiqué "l'arrêt immédiat des hostilités dans toutes les zones sous notre contrôle".

Avec AFP

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