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Covid-19 : l'Afrique subsaharienne lutte contre la stigmatisation des malades et des soignants

Dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, au Kenya, une inscription appelle les Kenyans à la solidarité face au Covid-19.
Dans le bidonville de Kibera, à Nairobi, au Kenya, une inscription appelle les Kenyans à la solidarité face au Covid-19. © Baz Ratner, Reuters

Dans les pays d’Afrique subsaharienne, les autorités n’agissent plus seulement sur le plan sanitaire face au Covid-19. Pour combattre efficacement la pandémie, elles doivent également lutter contre la stigmatisation des personnes suspectées d’être malades et des soignants.

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Du Sénégal au Kenya, l’urgence n’est plus seulement au confinement et à la recherche d’un traitement contre le Covid-19. À travers l’Afrique subsaharienne, les autorités se sont engagées contre la stigmatisation des personnes suspectées d’être malades et des soignants. "Le coronavirus n'est pas une maladie honteuse", répètent-elles.

Une mise au point nécessaire car des personnes suspectées d'avoir contracté le virus sont pointées du doigt au travail, dans leur quartier et jusque dans leur foyer et sur les réseaux sociaux.

Il y a un mois, Fatou, une Sénégalaise d'une vingtaine d'années, qui préfère ne pas donner son vrai prénom, en a fait l'amère expérience. Après avoir été en contact avec un malade, la jeune femme — qui s'est immédiatement confinée dans sa chambre — a été mise au ban de son quartier.

"Des messages ont circulé sur les réseaux sociaux, avec mon prénom, mon nom et mon adresse", explique la jeune fille, qui ne veut même pas préciser dans quelle ville du Sénégal elle habite. Puis, des jeunes du quartier ont commencé à propager des mensonges, affirmant qu'elle "avait contracté le virus en couchant avec des Blancs", confie-t-elle.

Fatou, qui n'a jamais quitté sa chambre avant d'être testée négative, a quand même dû passer deux semaines en isolement dans un hôtel, alors qu'elle ne présentait aucun symptôme. Les médecins qui la suivaient avaient reçu "des appels anonymes", selon elle. Cela lui a au moins permis de souffler, "loin des cancans".

Discrimination quotidienne

Les professionnels de santé et de la recherche sont eux aussi victimes de stigmatisation. Au Gabon, Jocelyn — là aussi un prénom d'emprunt —, un biologiste qui teste les cas suspects à Libreville, subit "cette discrimination chaque jour".

Avec son équipe, il essaye de rester discret lorsqu'ils se rendent dans les domiciles, quitte à se mettre eux-mêmes en danger. "On s'équipe avec nos combinaisons à l'intérieur plutôt que sur le perron", affirme-t-il.

"Les Gabonais sont paniqués à l'idée qu'on vienne chez eux", alors on essaye d'organiser des tests "ailleurs, dans des endroits neutres", raconte-t-il.

Car la situation peut vite dégénérer. Dans le pays voisin, au Cameroun, la deuxième personne testée positive a été expulsée par son propriétaire, témoigne le professeur Yap Boum, épidémiologiste à Yaoundé.

La stigmatisation n'est pas l'apanage de l'Afrique et a été observée partout ailleurs, nuance-t-il.

Des actes racistes en Chine

Effectivement, des Africains vivant en Chine ont eux-mêmes été victimes de stigmatisation et d’actes racistes. Début avril, des affiches "interdit aux Noirs" se sont, par exemple, multipliées dans la province de Canton.

Des Africains ont également été chassés de chez eux et forcés de dormir dans la rue car aucun hôtel ne les acceptait. Ce déferlement d’actes et de propos racistes a commencé après que cinq Nigérians de Canton, testés positifs au Covid-19, se sont échappés de leur quarantaine. L'affaire avait déclenché un tollé et provoqué un déluge de commentaires xénophobes sur Internet.

À lire >> "Nous sommes traités comme le virus" : dans une ville chinoise, des Africains chassés de chez eux

"Il faut prendre en compte le volet psychologique si nous voulons gagner cette bataille", assure Yap Boum. D’autant plus que les soignants ne sont pas épargnés. "Ils sont doublement stigmatisés", explique-t-il. Au travail, où le personnel des autres services refuse parfois de leur "adresser la parole ou d'utiliser les mêmes toilettes qu'eux" et, à la maison, où ils sont parfois "vus comme des pestiférés".

Des infirmières camerounaises ont été quittées par leur époux, chassées de leur foyer car elles travaillaient dans des unités coronavirus, assure la psychiatre Laure Menguene Mviena, chargée de la réponse psychologique au Covid-19 à Yaoundé.

Sensibilisation de la population

Pour faire face à ces discriminations qui visent aussi les personnes ayant contractées la Covid et qui sont sorties de l’hôpital, les autorités africaines et les ONG mettent l’accent sur la sensibilisation. La gestion de l'épidémie en dépend car, craignant d'être mis au ban de leur communauté des personnes porteuses du virus pourraient renoncer à se faire dépister, porter un masque ou s'isoler pour ne pas contaminer leurs proches.

Bien souvent, la sensibilisation passe par le témoignage de personnes guéries après avoir contracté le Covid-19. En Côte d’Ivoire, une jeune femme a raconté à la télévision avoir été rejetée par ses proches après avoir été détectée positive à la maladie. "Évitez la stigmatisation des personnes infectées du coronavirus. La stigmatisation est beaucoup douloureuse et tue plus vite que la maladie elle-même", a-t-elle témoigné.

Le footballeur ivoirien Franck Kessiéa a, lui, participé à une campagne de sensibilisation lancée par la Croix-Rouge ivoirienne. "Personne n'est responsable du #coronavirus #COVID19. Soyons solidaires avec les malades", déclare-t-il dans une courte vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

De son côté, le bureau de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du centre a publié sur son site un "mini-guide pour éviter la stigmatisation liée au coronavirus". L’agence onusienne pour la protection de l’enfance appelle notamment à "adopter un langage positif et souligner l’importance de prendre des mesures de prévention efficaces".

Avec AFP

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