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INTELLIGENCE ÉCO – SÉRIE 3/3

Alerte sur la sécurité alimentaire : Pablo Servigne appelle à ne pas céder au repli sur soi

D'après Pablo Servigne, les systèmes alimentaires du Nord exportent des denrées vers le Sud à très bas prix, détruisant ainsi les agricultures vivrières des pays plus pauvres. (photo d'illustration, dans un champ d'oignons au Cameroun)
D'après Pablo Servigne, les systèmes alimentaires du Nord exportent des denrées vers le Sud à très bas prix, détruisant ainsi les agricultures vivrières des pays plus pauvres. (photo d'illustration, dans un champ d'oignons au Cameroun) AFP - PATRICK MEINHARDT

Le Covid-19 menace-t-il notre sécurité alimentaire ? Pour Pablo Servigne, qui travaille depuis de nombreuses années sur les scénarios d’effondrement de nos sociétés, il est temps de tirer toutes les leçons de la crise sanitaire et économique provoquée par la pandémie. À commencer par remettre en cause la mondialisation économique, tout en évitant le retour à l’égoïsme des États.

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Pablo Servigne est agronome et biologiste, auteur de nombreux best-seller sur l’agroécologie, l’effondrement, la résilience, l’entraide et le renouveau de nos civilisations. Il est également corédacteur en chef du magazine-livre Yggdrasil, dont le dernier numéro est consacré à la sécurité alimentaire. Dans cet entretien à France 24, il appelle les États à élaborer de nouvelles stratégies agricoles pour assurer la sécurité alimentaire de leur population, en partant des réalités locales. Il prône une solidarité renforcée des nations face aux périls du changement climatique.

France 24 : Faut-il mettre en place une stratégie pour que chaque pays retrouve une autonomie alimentaire ?

Pablo Servigne : La question alimentaire nécessite des stratégies locales, régionales, nationales et globales. Et même individuelles ! L’idéal serait de coordonner tout cela, mais c’est d’une complexité extrême, d’où la proposition d’Alexandre Boisson et Stéphane Linou de commencer par ce que nous connaissons : le local, les territoires, puis de passer à d’autres niveaux de coordination. Si d’autres pays le font, c’est formidable, et il serait nécessaire de commencer à coordonner nos efforts. Car le renforcement du local ne doit pas être vu comme un repli sur soi, surtout en matière de résilience. Au contraire, il faut savoir aussi compter sur les autres en cas de pépin. La clé, c’est que nous devons d’abord manger pour pouvoir aider les autres…

Comment éviter alors le repli des nations sur elles-mêmes et continuer à être solidaire par exemple des pays comme l’Algérie, le Maroc ou l’Égypte… qui comptent sur le blé français ?

Le repli identitaire s’est accéléré avec le Covid-19, et c’est un grand risque pour les années à venir. Je ne suis pas dans les secrets des diplomates ni dans les tractations commerciales avec les autres pays, et je pense que les liens de solidarité se feront au cas par cas. Rester solidaire passe d'abord par aider les autres à ne plus dépendre de nous, mais tout cela va à l’encontre de 50 ans d’idéologie néolibérale et de globalisation ! De manière générale, pour éviter un repli sur soi, il faut absolument éviter les sentiments d’injustice, d’insécurité, et de méfiance… de la population, mais aussi des pays entre eux. Autrement dit, il faut de l’équité, de la sécurité, et de la confiance. Partout. Je vous laisse extrapoler ça aux relations internationales…

>>> À lire sur le même sujet : Des collapsologues préconisent de rompre avec la globalisation agricole

La crise financière de 2008 a débouché sur des émeutes de la faim dans certains pays en développement. craignez-vous des phénomènes équivalents à la suite de la crise économique mondiale déclenchée par la pandémie de Covid-19 ?

Oui, mais ce ne sera pas à cause des prix élevés des carburants, ni à cause des récoltes de céréales, qui ont été excellentes en cette année 2020, paraît-il. D’autres signaux sont au rouge : beaucoup d’économies et de systèmes agricoles sont déstabilisés par des revenus familiaux qui ont chuté, par la main d’œuvre agricole qui a manqué, par les frontières fermées, par le secteur de la restauration qui a fermé, parce que certains pays cessent leurs exportations, etc.

Et on attend d’autres catastrophes naturelles pour cette année, dont beaucoup seront climatiques. Sans compter les conflits politiques et sociaux, qui déstabiliseront aussi les chaînes d’approvisionnement. Je pense que cette année marquera un grand retour à l'approvisionnement local. En tout cas je l’espère, car nous n’avons pas le choix. N’oublions pas que le transport et le commerce sont des grands émetteurs de gaz à effet de serre, et des destructeurs de biodiversité.

La crise du Covid-19 confirme-t-elle ce que vous écriviez à propos du système alimentaire du Nord qui fabrique l’insécurité du Sud ?     

Nous n’avons pas assez de recul pour l’instant sur les effets de cette pandémie. Ce que nous disions, mais nous ne sommes pas les seuls, c’est que les systèmes alimentaires du Nord, et en particulier d'Europe et des États-Unis, sont fortement subventionnés, très mécanisés et industrialisés, et donc ils exportent des denrées vers le Sud à très bas prix, détruisant ainsi les agricultures vivrières des pays plus pauvres.

C’est profondément injuste ! Ces pays deviennent ensuite dépendants de nos produits et du commerce mondial, ils s’endettent, et leurs paysans remplissent les bidonvilles. Et nous, ici, en France, ne savons même pas nous nourrir nous-mêmes, nous devons importer nos légumes d’Espagne ! Cette globalisation, c’était vraiment n’importe quoi.

Retrouvez les autres volets de cette série sur la sécurité alimentaire:

Des collapsologues appellent à l’adoption de stratégies locales (2/3)

Des collapsologues préconisent de rompre avec la globalisation agricole (1/3)

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

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