Un “Ségur de la santé” pour repenser l’hôpital français post-Covid

L'équipe soignante de l'unité de soins intensifs de l'hôpital  Robert Ballanger, à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le 30 avril 2020.
L'équipe soignante de l'unité de soins intensifs de l'hôpital Robert Ballanger, à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, le 30 avril 2020. © Gonzalo Fuentes, Reuters

Le ministère de la Santé convoque, lundi, des représentants du personnel hospitalier, des Ehpad et de la médecine de ville. Les attentes sont élevées pour cette concertation qui vise à assainir le système de santé français, déjà fragilisé avant cette crise sanitaire sans précédent. 

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“Nous irons vite, nous irons fort”, avait affirmé le ministre de la Santé, Olivier Véran, mercredi, lors de la présentation du “Ségur de la santé”, du nom de l’avenue sur laquelle se trouve le ministère à Paris. Moins d'une semaine après, le gouvernement s'apprête à lancer, lundi 25 mai, une concertation très attendue par le personnel soignant, destinée à tracer la nouvelle feuille de route pour l’hôpital de demain. 

La crise du Covid-19 a mis en évidence les faiblesses du système de santé français, notamment dans les conditions de travail des soignants et les capacités d’accueil des patients. Le président Emmanuel Macron avait promis fin mars "un plan massif d'investissement et de revalorisation". Dès lundi, quelque 300 membres de syndicats et de collectifs de soignants se réuniront par visioconférence.

Pour cela, le gouvernement a placé une alliée pour canaliser ces négociations. Nicole Notat, anciennement à la tête du syndicat CFDT et soutien d’Emmanuel Macron lors de la présidentielle, a été chargée de coordonner les discussions.

“Ce choix est un signal négatif”, a réagi sur Twitter le docteur Jérôme Marty, président du Syndicat de l'Union française pour une médecine libre (UFML), qui rappelle le soutien apporté par Nicole Notat au plan Juppé en 1995. Celui-ci portait sur la réforme de la protection sociale. Ses détracteurs considèrent qu’il a porté un coup dur au budget des hôpitaux. Très controversé, il avait déclenché un mouvement de protestation social inédit depuis 1968

Une pression supplémentaire pour le gouvernement qui doit répondre à plusieurs revendications du secteur médical et soignant. La plupart sont bien antérieures à la crise sanitaire de 2020.

  • La hausse des salaires 

Les primes annoncées par le gouvernement à destination des soignants ont été jugées insuffisantes. Olivier Véran a répondu favorablement à une augmentation des salaires le 17 mai dans un entretien au Journal du Dimanche. Emmanuel Macron avait quant à lui promis de “mettre fin” à la “paupérisation” du personnel soignant. 

À titre indicatif, la rémunération d’un infirmier en début de carrière se situe autour de 1 500 euros nets par mois. Il est parmi les plus bas au sein des pays de l’OCDE au 28e rang sur 32. Dans un sondage réalisé pour le compte de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), 55 % des Français se disent favorable à une hausse de la rémunération des professionnels de santé.

Côté gouvernement, Olivier Véran dit vouloir augmenter les salaires en milieu hospitalier et en Ehpad au "niveau de rémunération correspondant au moins à la moyenne européenne". Les syndicats craignent que la mesure ne s’applique qu’aux infirmiers. 

Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), demande également à “réduire les écarts de rémunérations entre public et privé, qui affaiblissent les hôpitaux”. 

  •  Le temps de travail

Le gouvernement souhaite mettre sur la table l’organisation du temps de travail et affirme vouloir remettre en cause les "carcans qui empêchent ceux qui le souhaitent de travailler davantage". Une revendication de la FHF. 

Les organisations syndicales, elles, refusent de toucher aux 35 heures, mises en place en 2002. Elles expliquent que dans la réalité les vacations sont plus longues et le manque d’effectifs empêche déjà de nombreux salariés de bénéficier de réductions du temps de travail (RTT). Selon le syndicat infirmier (SNPI), relayé par France Soir, les hôpitaux franciliens (APHP) doivent à eux seuls un million de RTT à leurs salariés. 

“C’est un travail pénible, avec une charge psychologique et physique, car on aide des personnes. Il faut vraiment intégrer l’ensemble de ce qu’est le métier à l’hôpital”, a insisté au micro de RFI le secrétaire général du syndicat Force ouvrière, Yves Veyrier.

  • L’hôpital, “premier désert médical” 

Frédéric Valletoux souligne que 30 % des postes dans les hôpitaux français sont non pourvus. “Le premier désert médical de France, c’est l’hôpital”, dénonce-t-il.  L’exécutif vise à "mieux valoriser toutes les carrières et développer de nouveaux parcours professionnels" afin de rendre l’hôpital public plus attractif. 

Pour Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI : "30% des nouveaux infirmiers diplômés abandonnent la profession dans les cinq ans". Les syndicats pointent du doigt les conditions de travail mais aussi une gestion inadaptée des ressources humaines.

Cette pénurie entraîne des fermetures de lits. Elle exige également d’embaucher des intérimaires, dont la rémunération est supérieure aux grilles salariales. 

Le manque d’effectifs et la saturation de l’activité sont apparus comme le principal défi du système de santé en France. Une crise qui a atteint son apogée durant la crise épidémique de 2020. En décembre dernier, France 24 a donné la parole à un médecin urgentiste ayant démissionné. Il expliquait ne plus vouloir “marcher sur un fil, sans filet de sécurité”.

  • Financement de l’hôpital

Aujourd’hui, les hôpitaux affichent une dette proche de 30 milliards d’euros. Avant la crise, le gouvernement avait annoncé la reprise d’un tiers de cette somme dans son projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2020. Le 20 mai, Olivier Véran a parlé d’un "effort de 13 milliards d'euros". 

Concernant le “plan massif d’investissement” évoqué par le président, le montant de l’enveloppe à destination de l’hôpital et des Ehpad n’a pas été précisé. En mars, Cécile Vigneau, chef de service de néphrologie du CHU de Rennes, avait réagi à l’annonce d’Emmanuel Macron sur France 3, en affirmant que "l'enveloppe de l'ONDAM [objectif national de dépense maladie, NDLR] est cette année de 2,3 %. Alors que les dépenses prévisionnelles étaient de 4 %. Nous demandons son réajustement." Elle et 51 chefs de service de son hôpital avaient démissionné en signe de protestation avant la crise du Covid-19. 

Autre réforme possible : celle de la tarification à l’activité (T2A). Ce mode de financement des établissements de santé, instauré en 2003, est très critiqué. Il consiste à classer les actes médicaux selon des codes, chaque code ayant un tarif spécifique, que la Sécurité sociale rembourse par la suite. Ses détracteurs jugent la T2A dangereuse car elle inciterait les établissements à multiplier les actes ou à choisir les plus onéreux pour augmenter ses financements. Certains considèrent aussi qu’elle monétise les soins et les inscrit dans une “course à la rentabilité”. 

Un collectif de 66 parlementaires, dont certains ex-LREM, se sont prononcés pour une mesure qui réduirait “la part de la tarification à l’acte dans le budget des hôpitaux”, dans un manifeste baptisé “Le Jour d’après” et publié le 13 mai. 

  •  Calendrier

Olivier Véran a précisé vouloir inclure les conclusions du “Ségur de la santé” dans le prochain budget de la Sécurité sociale en septembre. Un calendrier qui pose d’ores et déjà problème aux organisations syndicales. "Si tout doit être bouclé d'ici au 15 juillet, les marges de manœuvre vont être très limitées pour la négociation", regrette auprès de l'AFP un responsable syndical. 

Une manifestation nationale est programmée pour le 16 juin. “Nous tiendrons le cap de nos revendications”, affirme le collectif Inter-urgences dans son appel sur Twitter. 

Avec le “Ségur de la santé”, “la question s’est posée de continuer ou pas. On a finalement décidé de conserver un jalon temporel au cas où les négociations salariales que Véran doit ouvrir tournent court”, a indiqué à Libération, Hugo Huon, cofondateur du collectif.

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