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Bataille judiciaire entre Caracas et la Banque d’Angleterre autour d’un pactole en or

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, exhibe plusieurs lingots d'or en 2018. Une partie des réserves du pays sont stockés à la Banque d'Angleterre.
Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, exhibe plusieurs lingots d'or en 2018. Une partie des réserves du pays sont stockés à la Banque d'Angleterre. © Présidence du Venezuela, AFP

Le Venezuela poursuit la Banque d’Angleterre en justice pour récupérer ses réserves en or, qui valent près d’un milliard d’euros afin, officiellement, de lutter contre le Covid-19. Depuis plus d’un an, ce pactole est une épine politique dans le pied de la banque centrale britannique.

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Le Venezuela veut récupérer son or qui dort au Royaume-Uni pour lutter contre le Covid-19. Dans ce qui constitue le dernier acte d'une bataille de longue haleine entre le président vénézuélien Nicolas Maduro et la Banque d'Angleterre, Caracas a décidé de traîner la vénérable institution britannique en justice afin de pouvoir rapatrier 930 millions d'euros en lingots d'or stockés à Londres depuis 2008, a rapporté le Financial Times, jeudi 21 mai.  

La plainte, déposée devant la chambre commerciale de la Haute Cour de justice britannique, soutient que le refus de la Banque d'Angleterre de libérer l'or "empêche le Venezuela de faire face à une situation sanitaire d'urgence". Pour couper l'herbe sous le pied aux détracteurs du régime de Nicolas Maduro, Caracas a précisé que l'argent devait être directement versé au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), qui l'utiliserait pour acheminer du matériel médical et de l'aide aux plus démunis.

De l'or contre le Covid-19

L'Organisation des Nations unies considère, en effet, ce pays d'Amérique du Sud, ravagé par une crise économique depuis cinq ans, comme une "zone prioritaire" à soutenir en cette période de pandémie. Dans son rapport sur le Programme d'aide humanitaire, publié début avril, l'ONU cite le manque de matériel médical, l'immigration des médecins, les fréquentes coupures d'électricité comme autant de facteurs qui fragilisent le système de santé vénézuélien. En outre, les mesures de confinement en place depuis mi-mars et la fermeture des frontières ont encore aggravé la situation économique précaire de la population.

Même si le Venezuela ne fait pas partie des pays les plus durement touchés par le Covid-19, avec seulement 1 121 cas officiellement recensés, l'ONU estime que faute d'aide urgente, la situation pourrait rapidement devenir explosive.

Mais pour faire face à ces défis, Caracas a besoin de fonds, et les caisses de l'État sont vides. Ses réserves de devises étrangères ont fondu à la faveur de la crise économique, tandis que l'effondrement des prix du pétrole a privé le régime de sa principale source de revenus. Les sanctions drastiques imposées par les États-Unis l'ont isolé sur la scène commerciale internationale, et ses alliés traditionnels, comme la Russie ou l'Iran, font face à leur propre urgence sanitaire.

La crise de légitimité politique que traverse le Venezuela depuis janvier 2019 a encore compliqué la situation. Ainsi, le Fonds monétaire international a rejeté, en avril, la demande de Caracas de lui prêter 5 milliards de dollars pour lutter contre le Covid-19, arguant qu'accéder à cette demande reviendrait indirectement à prendre position pour Nicolas Maduro dans sa lutte de pouvoir qui l'oppose à son rival et président autoproclamé, Juan Guaido.

Plus de 900 millions d'euros en or, mais pour qui ?

C'est ainsi que la Banque d'Angleterre s'est retrouvée dans la position inconfortable d'être la dernière bouée financière de secours du Venezuela. Elle n'a pas donné suite à la demande, reçue fin avril, de libérer les fonds, et les avocats de Caracas l'accusent de n'offrir aucune explication à son silence radio. Contactée par plusieurs médias, l'institution financière britannique s'est contentée d'affirmer "ne pas commenter les situations individuelles". "En gardant les réserves d'or, elle met en danger des milliers de vies au Venezuela", a affirmé Sarosh Zaiwalla, l'un des avocats qui représentent le pays d'Amérique du Sud.

La Banque d'Angleterre ne s'attendait sûrement pas à devoir jouer un jour un rôle d'arbitre dans une situation d'urgence sanitaire lorsqu'elle a accepté l'or vénézuélien en 2008. Pour elle, conserver en lieu sûr l'or de pays étrangers n'a rien d'extraordinaire : elle détient les deuxièmes plus importantes réserves de ce métal précieux au monde après la Banque centrale des États-Unis. 

Au fil des ans, le Venezuela, qui n'avait pas encore été mis à l'index par les États-Unis, a lentement augmenté la quantité d'or conservée dans les coffres britanniques. Ce pactole est devenu une épine politique dans le pied de la Banque d'Angleterre fin 2018, quelques mois après la réélection controversée de Nicolas Maduro à la présidence du Venezuela en mai de la même année. Deux représentants du gouvernement vénézuélien devaient discuter en secret, le 7 décembre 2018, de la possibilité de liquider les comptes avec des responsables de la Banque d'Angleterre. Mais les détails de ce rendez-vous ont fuité dans la presse, et des parlementaires britanniques ont demandé à la vénérable institution financière de refuser de rencontrer des membres d'un gouvernement qui n'avaient pas été confirmés par l'Assemblée nationale vénézuélienne.

La rencontre a tout de même eu lieu, mais la situation s'est compliquée quelques semaines plus tard, lorsque Juan Guaido s'est proclamé, début janvier, président légitime du Venezuela avec le soutien d'une partie de la communauté internationale, notamment de la part du gouvernement britannique. Plus question alors de laisser Nicolas Maduro mettre la main sur l'or vénézuélien tant que l'horizon politique du pays sud-américain ne s'était pas éclairci.

Pour autant, faut-il laisser Juan Guaido mettre la main dessus ? La question s'est rapidement posée, puisque ce dernier a officiellement demandé, le 28 janvier, au gouvernement britannique de débloquer les fonds. Londres a alors opté de ne pas choisir et a laissé le soin à la Banque d'Angleterre de trancher.

Ce qu'elle s'est empressée de ne pas faire… jusqu'à ce jour encore. Et c'est ainsi que la Banque d'Angleterre est devenue, bien malgré elle, un acteur de premier plan de la crise politique et économique au Venezuela. Et avec l'urgence sanitaire, sa position attentiste est devenue de plus en plus difficile à tenir. Que les tribunaux soient amenés à se prononcer à sa place délestera la Banque d'Angleterre d'un poids.

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